« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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lundi 7 avril 2008

Dorure et finesse des pièces de titre

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Vos commentaires sur mon message d'hier, sur le fait qu'un doreur puisse faire figurer ou non le titre en entier au dos d'un ouvrage m'ont fait réfléchir.

Je suis allé chercher dans mes rayonnages de quoi alimenter cette réflexion. Finalement, à bien y regarder, j'ai l'impression que cela dépend plus de la dextérité du doreur, ou de la finesse de ses outils, que de la largeur du livre (sans parler de la longueur du texte, même si cela ne semble pas décisif, comme le montrent les images).

Ainsi le titre pourra être incomplet au dos d'un ouvrage en plein veau du 18ème siècle et qui fait 3 cm de large, et complet sur une reliure de maître de la fin du 19ème siècle, qui fait elle moins de 0,4 cm.

Le triomphe de Pradon, 1684, in-12, maroquin signé Duru et Chambolle. Largeur du dos 8 mm.

D'un côté on a une reliure assez courante, de l'autre une reliure de luxe. Voici quelques exemples.
Histoire Générale des Larrons, 1640. Largeur du dos : 33 mm

La Guerre des Dieux, Parny, in-12, maroquin Lavallière signé Lortic. Largeur du dos : 11 mm


Mémoires et avantures d'un homme de qualité, in-12, maroquin rouge signé Lortic. Largeur du dos : 23 mm


La Lanterne Magique Nationale, in-8, maroquin rouge signé Chatelin, largeur du dos : 7 mm.

Les Disputes, par Ruhlières, 1796, in-8, maroquin rouge signé Trautz-Bauzonnet, largeur du dos : 4 mm, et tout le titre est lisible!

Quoi qu'il en soit, je ne suis pas comme PierreG, un titre incomplet ne me dérange pas : si le livre m'appartient, je sais qui il est, si le livre n'est pas à moi, au contraire, cela excite ma curiosité. Quant aux titres "en long", j'imagine qu'ils ont été abandonnés pour cause de torticolis chroniques (essayez donc de parcourir un rayonnage entier de titre en long...). Ces titres en long sont d'ailleurs un héritage de l'époque où les livres étaient rangés à plat.

Exemple de titre "en long".

Les titres incomplets sont même d'ailleurs assez amusants, combien de fois ai-je frissonné en prenant sur l'étal d'un libraire un volume à la pièce de titre prometteuse du type "hist. ven."... Hélas, pas de place Saint-Marc à l'intérieur, mais une histoire in-extenso du vendredi saint.

Au moment de conclure, après avoir ajouté les images, je me rends compte que même sur une plaquette extrêmement fine (largeur du dos : 0,45 cm et 16 feuillets), un atelier comme Trautz-Bauzonnet parvient à dorer le titre sur le dos, et il reste parfaitement lisible. Je crois que la démonstration est faite... la netteté du titre au dos dépend plus de la qualité du doreur et du relieur que de la longueur du titre. La qualité des matériaux employés dans les exemples que j'ai utilisés tend également à le prouver.

H

dimanche 6 avril 2008

Un Livre à l'honneur : Le Cousin de Mahomet, de Nicolas Fromaget

Amis Bibliophiles Bonsoir,

L'ouvrage que je vais évoquer ce soir est un de ces ouvrages que l'on croise régulièrement, sans vraiment savoir en quoi il consiste, mais que le titre, forcément, interpelle : il y a l'Alcoran des Cordeliers, et il y a le Cousin de Mahomet.
Le Cousin de Mahomet, de Nicolas Fromaget, est paru en 1742. En quelque sorte en plein milieu du 18ème siècle français, puisqu'on pratiquement changera d'époque 11 ans avant le tournant du siècle. C'est le moment des Lettres Persanes, mais aussi des voyages de Thévenot ou de Tavernier, autant de titres, relations de voyages ou essais/fictions qui nous emmènent vers la Grande Porte, aux portes de l'Orient, à Istanbul.

De Fromaget on sait encore aujourd'hui peu de choses : il est mort jeune en 1759 et il fût l'ami, peut-être même le nègre du célèbre Alain-René Lesage auquel on doit par exemple Les Aventures de Gil Blas de Santillane. Fromaget signa plusieurs ouvrages, mais seul Le Cousin de Mahomet est passé à la postérité, puisqu'il fût immédiatement interdit par la censure.
Cela tient probablement au fait que comme pour les Lettres Persanes, il est plus simple (et plus prudent) de critiquer les moeurs de son époque en transposant l'action en Orient, plutôt que dans une cour où des susceptibilités puissantes peuvent rapidement nuire à un auteur.

La curiosité de cet ouvrage tient à d'ailleurs au fait qu'il tient à la fois de la satyre et de la relation de voyages (certains de ses contemporains le tinrent pour véridique). En réalité on suit les aventures philosophiques et libertines d'un adolescent espiègle, qui a déserté Paris, abandonnant étude et héritage bourgeois pour rejoindre Constantinople sous la protection d'un convoi de bagnards. Sur place, devenu esclave, il sera rebaptisé « Parisien L'Ecolier » et pénétrera l'intimité des harems de ses maîtres et même du sérail.
Là, la hardiesse d'un jeune parisien fera le reste et « ses yeux me parlaient, mais je n'entendais pas encore si bien ce langage que l'idiome turc... je me hazardai pourtant à porter une main tremblante sur sa gorge... » On devinera que les ennuis ne faisaient que commencer. Aah, que d'incompréhensions auront fait naître les langues étrangères... heureusement, Parisien L'Ecolier sera utilement secondé par son fidèle ami, Mustapha, qui aura la tâche difficile, car comme à la cour du Roi de France, les femmes sont libertines et insaisissables, quand elles ne sont pas comme l'aimée de notre héros, proche un puissant entre les puissants, ici la soeur du sultan, le Cousin de Mahomet, justement.
C'est un admirable roman initiatique, plus léger que les autres oeuvres philosophico-littéraire du siècle, et qui se parcoure comme un véritable roman. Le turc, la femme, l'ami, le chrétien peuvent y être cruels, généreux ou fidèles, amis ou ennemis, et on est loin des schémas classiques. C'est une vraie fiction, qui se lît comme telle. Elle prône en tout cas une grande tolérance qui mériterait d'être remise à la mode.
J'ai souvent croisé cet ouvrage et j'ai finalement craqué hier pour cette originale édition, datée de 1757, avec 5 gravures hors-texte, 2 volumes in-12 en plein veau glacé de l'époque, originale notamment pour cette étonnante dorure, bien labyrinthique. 100 euros à Brassens. Lu dans la journée.

H

samedi 5 avril 2008

Le Marché : Ebayana et autres ventes

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Voici quelques informations sur les deux grands marchés, Drouot d'un côté, Ebay de l'autre.

Au niveau des ventes en salles, deux très belles ventes à signaler à Paris :

Chez Pierre Bergé, une très belle vente de livres anciens de grande qualité, le 23 avril à 14h30, vous pouvez trouver le catalogue en suivant le lien suivant :

http://catalogue.gazette-drouot.com/flash/index.jsp?id=1392&idCp=32&lng=fr

Chez Renaud-Giquello, une autre très belle vente, le catalogue est disponible ici :

http://www.bibliorare.com/cat-vent_drouot10-04-08.htm

Au niveau d'ebay, voici une petite sélection :

- Livres Anciens :

La Nouvelle Maison Rustique de Liger, avec 38 planches, édition de 1755

Histoire de L'Inquisition, Marsollier, 1693

Une très belle édition du voyage de Labat (Espagne et Italie), 1730

Bordelon, La côterie des anti-façonniers, 1716, je lui ai consacré un article sur le blog

Les oeuvres complètes de Buffon, 52 volumes, plus de 700 gravures

Elemens de la Philosophie de Neuton, par Voltaire, 1752

Pour les bibliopégimanes et autres amateurs de reliures :

Une reliure mosaïquée, signée Flammarion, sur Amour de Paul Verlaine

Cher, mais une référence : Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliures, de Léon Gruel

Son jumeau, La reliure française depuis l'invention de l'imprimerie jusqu'à la fin du XVIIIe siècle par Marius Michel

Une belle reliure estampée à froid du 17ème siècle

Un Office de l'Eglise de 1698, en maroquin bleu aux armes, avec fermoirs

Apologie pour Mr Maimbourg ou Critique du Jesuite Sécularisé, dans une reliure au chiffre des jésuites, non?

Rabelais, Les Oeuvres, 1663. Elzevir - Superbe

Plus modernes :

Un envoi du Bibliophile Jacob à Octave Uzanne, pour les amateurs

Une belle édition de la Princesse de Clèves, truffée de gravures du 17ème au 19ème

Les Français peints par eux-mêmes, Grandville, Daumier... Bien relié

Les Oeuvres complètes de Victor Hugo, chez Hetzel

Pour Bergamote, cuisinière de talent et relieuse, et spécialement pour elle :

Un manuscrit de recettes de cuisine très très intéressant je trouve.

Bonne chine

H

vendredi 4 avril 2008

La Reliure Papillotante

Amis Bibliophiles Bonsoir,

La reliure dite "papillotante" est l'une des formes les plus raffinées de reliures décorées du 18ème siècle. Ces reliures, réalisées notamment par Derôme, Dubuisson (au milieu de ses plaques) et Padeloup sont des reliures de luxe.
En pratique, la reliure papillotante se compose d'une reliure classique, en veau ou en maroquin (voire en soie), proposant un décor, généralement au centre des plats, qui est soit peint soit métallique et protégé par une fine lame de mica. Le plus souvent, ce sont des armes que l'on trouve sous cette lame de mica, mais on rencontre également des miniatures, et des portraits.
Ces reliures sont évidemment très recherchées mais finalement pas si rares que cela, si vous êtes un visiteur assidu de l'hôtel Drouot, vous en croiserez quelques exemplaires par an.
A défaut de pouvoir y consacrer un ou deux milliers d'euros, vous pourrez toujours les caresser lors des expositions.

H

jeudi 3 avril 2008

Identification

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Un troisième message pour ce soir, pour vous demander votre aide.
Cet ouvrage vient de rejoindre ma bibliothèque, mais n'ayant pas l'OHR, je suis incapable de d'identifier les armes.
L'ouvrage : Lettres de la Marquise de M*** au Comte de R*** par M. de Crébillon, à La Haye, chez Henri Scheurleer, 1738. Un volume in-12. Joli dos à la grotesque, mais je n'en sais pas plus.
Merci à vous,

H

Déjeuner des Bibliophiles

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Il y a quelques mois je vous avais proposé de nous retrouver lors d'un dîner des bibliophiles, dans un restaurant parisien. Finalement, une douzaine d'entre nous s'est réunie et nous avons passé un excellent moment.

Je vous propose une nouvelle fois de nous retrouver, cette fois-ci pour un déjeuner des bibliophiles, qui aura lieu "en plein milieu" du Salon du Livre Ancien du Grand Palais à savoir le 19 avril, à Paris donc.

Comment cela se passe-t-il? C'est tout simple : la décontraction et la simplicité sont de règle, j'essaie si possible de réserver une salle d'un restaurant, avec pour contrainte que le repas doit essayer de ne pas dépasser 30 euros par personne, pour que nos amis étudiants par exemple puisse se joindre à nous facilement. Comme lors du premier dîner, vous pouvez venir avec un livre, pour le faire découvrir aux autres convives.

Je vous garantis un moment très convivial (tout snobisme est absolument exclu), un vrai moment de bibliophilie, et ce qui n'est pas rien, vous pourrez mettre un visage sur les noms de Bertrand, Gonzalo, Z1k, Pilou et d'autres, qui seront présents.

Venez! Si vous souhaitez nous rejoindre, contactez moi à blog.bibliophile@gmail.com, je vous donnerais tous les détails.

H

Ci-gît le Livre... débat (re)

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je crois que nous en avons déjà débattu, et que certains ont du mal à s'y résoudre, mais au fil des jours, j'ai trouvé d'autres informations sur la disparition annoncée du livre (et donc des bibliophiles?).

Voici :

1. La première piste est celle du format pdf, qui accélèrerait le déclin du livre papier. Ainsi, dans son article du 28 mars 2008, sur ZDnet, Philippe Astor nous apprend que "l'éditeur O'Reilly, qui distribue à la fois ses livres par correspondance, et en version PDF sur son site web depuis un an, constate que les ventes des uns ne cannibalisent pas celles des autres. Le format numérique attire même de nouveaux clients."

Le plus intéressant est que "60 % des clients ont choisi le livre électronique de préférence au papier, ce qui démontre qu'il existe bel est bien un public pour les formats numériques payants ».

2. Le second constat est celui que livre Frédéric Beigbeder dans un très article que vous pourrez retrouver sur le site de lire : http://www.lire.fr/chronique.asp/idC=52222/idR=142/idG

Je trouve son point de vue très intéressant. Qu'en pensez-vous?

H

mercredi 2 avril 2008

Portrait d'un scientifique bibliophile, ou d'un bibliophile scientifique : Bernard.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Quittons un moment le capitaine James Cook pour revenir à un autre domaine de prédilection des bibliophiles, les ouvrages scientifiques. Je vous propose en effet ce soir le joli portrait d'un bibliophile qui vient presque quotidiennement sur le blog : Bernard. Je sais que vous êtes plusieurs à vous passionner pour les ouvrages scientifiques, et je ne doute pas que ce portrait vous intéressera autant que moi. On sent bien que Bernard est à la fois passionné et un vrai connaisseur.

Bonjour Bernard, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?

Je suis un « ancien » professeur de physique-chimie, depuis peu à la retraite. Le cœur de ma bibliothèque est constitué actuellement de plusieurs centaines de livres de physique du XVIIème au XIXème siècle. Cette bibliothèque a été constituée pendant une quarantaine d’années.

Quelques livres de ma bibliothèque.

Planches du début du XVIIIème représentant des expériences de physique ; on reconnaît la fameuse expérience des hémisphères de Magdebourg prouvant la pression atmosphérique.

Depuis quand la passion de la bibliophilie s'est-elle emparée de vous?

J’ai commencé très tôt, et par hasard. J’avais une quinzaine d’années, j’habitais dans un petit village de Franche-Comté et mon milieu ne me prédisposait pas du tout à la bibliophilie. J’assistais un jour à une vente aux enchères dans un village voisin, vente qui dispersait la totalité du contenu de la maison de l’ancien médecin décédé. Lors de la visite j’avais remarqué dans le grenier, une vielle malle en bois qui, nettoyée, serait du plus bel effet dans ma chambre. Cette malle contenait un tas de « vieux livres » très sales. Ce lot n’intéressait personne et je fut le seul enchérisseur. Les « vieux livres » étaient des livres de médecine et de chimie du XVIIème et XVIIIème. Ils étaient « dans leur jus », très poussiéreux et les cuirs très secs. Sans aucune idée de leur valeur je les ai lavés vigoureusement à l’eau savonneuse et graissés à la cire familiale! Ils ont pris une très belle teinte sombre qu’ils ont gardé depuis. J’en frémis encore quand j’y pense. Ils servirent de décoration pendant plusieurs années. Je n’ai lu les ouvrages de chimie que lors de mes études à Paris. Et la, le virus de la collectionnite m’a atteint. Je me mis à fréquenter assidûment les quais de la Seine, et sans complexes les librairies anciennes spécialisées en Sciences à Paris. J’achetais alors essentiellement des ouvrages de physique et de chimie des XVIIème et XVIIIème.

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de cœur?

Très rapidement, je me suis rendu compte que le nombre d’ouvrages intéressants était trop important et qu’il fallait se limiter à un thème. J’ai d’abord choisi de m’intéresser au passage du Cartésianisme au Newtonianisme en France entre 1650 et 1750. Puis j’ai recherché tout ce qui concernait les théories successives des « fluides impondérables », c’est à dire le feu, la lumière, l’électricité, la chaleur…Actuellement je cherche à compléter certaines revues scientifiques telles que le Journal des Sçavans (Edition parisienne, partie XVIIème), le Bulletin des Sciences par la Société Philomatique de Paris (Début XIXème), etc.
Je fonctionne très peu au coup de cœur. Chaque ouvrage lu me parle d’autres ouvrages antérieurs et ce sont certains de ces ouvrages que je recherche.


[IMG_0420.JPG] Jean-Baptiste de La Borde (1730-1777), jésuite, construit en 1759 un clavecin électrique, instrument avec clavier qui utilise l'électricité statique pour frapper des cloches avec de petits clapets métalliques. Cette invention marque le début d'un enthousiasme sans précédent pour toutes les formes d'innovations technologiques en rapport avec la musique.

Joachim Dalance [ou d’Alance] (1640-1707). Traitté de l’aiman.Amsterdam, Henry Wetstein. 1687.
Les figures sont dues à Adriaan Schoonebeek (1651-1705).

Voltaire. Elémens de la philosophie de newton, mis à la portée de tout le monde. Amsterdam, Jacques Desbordes et Cie. 1738.
Voltaire découvre Newton lors de son séjour en Angleterre entre 1727 et 1729. A Cirey, où il installe un laboratoire, il se consacre à la physique et y rédige cet ouvrage. Voltaire se propose de convertir les français au newtonianisme.

William Watson (1715-1787). Expériences et observations pour servir à l’explication de la nature et des propriétés de l’électricité. Paris, Sébastien Jorry. 1748.

Jean Paul Marat. Mémoires académiques ou nouvelles découvertes sur la lumière… Paris, N.T. Méquignon. 1788. Selon certaines sources, les figures ont été colorées par Marat.

Jacques Rohault. Traité de physique. Paris, Chez la Veuve de Charles Savreux. 1671.
Jacques Rohault (1620-1675), physicien, donnait à Paris des conférences sur la physique, substituant les nouveautés cartésiennes aux commentaires de la physique aristotélicienne enseignés par les universités.

Pierre Sylvain Régis. Système de philosophie contenant la logique, la métaphysique, la physique et la morale. Paris, Anisson, Posuel et Rigaud. 1690.
[Isaac Newton] - Gabrielle Émilie le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet (1706-1749). Principes mathématiques de la philosophie naturelle...Paris, Dessaint et Saillant. Lambert. 1759.

Marin Cureau de la Chambre. La lumière...Paris, Rocolet. 1657.

Pierre Bouguer.Traité d’optique sur la gradation de la lumière... Paris, Guérin et Delatour. 1760.

Où achetez vous vos livres.? Internet, salons, libraires?

J’ai acheté beaucoup chez les libraires et je remercie la plupart d’entre eux d’avoir permis à un amateur débutant de parcourir régulièrement les rayonnages de leurs librairies ; j’ai pu constater que les plus grandes maisons étaient souvent les plus accueillantes. Je fréquente les salons mais y achète peu maintenant. Internet, et plus particulièrement ebay, me permettent d’acquérir de petits ouvrages ou de compléter quelquefois certaines séries. A partir d’un certain prix il faut que je touche et feuillette les livres.

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?

Je ne rêve plus ! Est-ce le coté scientifique de mes recherches ? Les livres scientifiques ont pour la grande majorité été écrits pour être lus et utilisés pour la recherche ou l’enseignement. Ils sont rarement dotés de superbes reliures et leur utilisation intensive les a souvent abîmés. Les planches déplantes par exemple ont beaucoup souffert. Ce que je recherche, c’est l’exemplaire en meilleur état que le mien. Si je ne devais garder qu’un ouvrage, il devrait contenir le maximum de choses ; je crois que les dictionnaires de Physique, de Chimie et de Mathématiques de l’Encyclopédie Méthodique me suffiraient car ils donnent l’état détaillé des ces sciences au début du XIXéme. Ces dictionnaires ont paru entre 1786 et 1824. Il est très rare de rencontrer une série complète. Ils faisaient l’objet de souscription et la plupart des souscripteurs ont disparu à la révolution.

Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?

Une anecdote? A une époque où je m’intéressais particulièrement à Ampère, j’étais « polarisé » par un de ses ouvrages Recueil d’observations électro-dynamiques contenant divers mémoires, notices, extraits de lettres ou d’ouvrages périodiques sur les sciences...
Paris, Crochard. 1822 [1823]. Ce recueil est formé par la réunion de tirages à part des premiers articles relatifs à l’électrodynamique parus, soit dans les Annales de Chimie et de Physique, soit dans la Bibliothèque Universelle de Genève. Au premier jour d’un salon qui avait lieu à la Mutualité, certains libraires terminaient encore leur installation. J’étais dans un stand, devant le rayon «Sciences », une main pose devant moi un livre dont l’étiquette indiquait simplement Ampère. Le livre est resté deux secondes en place puis est passé entre mes mains. Vous avez deviné, il s’agissait du livre tant recherché. Cette fois là, j’ai très peu discuté.

Enfin, vous êtes un visiteur fidèle du blog... qu'en attendez-vous?

Je lis le blog pratiquement tous les jours. La variété des thèmes abordés, le sérieux des textes, et l’humour quelquefois des commentaires rendent ce blog incontournable pour les amateurs de livres anciens. Entre les amateurs de belles reliures, de belles gravures, de grands textes, les obsédés de sciences, de montagne, d’histoire… le courant passe. Que Hugues continue de faire vivre ce blog et que chacun sans complexe y apporte sa pierre. La rubrique identification ou recherche de livres a de l’avenir. Peut-être faudrait-il penser à un moyen pour mettre en contact les bibliophiles ayant des centres d’intérêt communs ?

Oui, bonne idée, n'oubliez pas que si vous souhaitez entrer en contact direct les uns avec les autres, vous pouvez passer par moi, je vous transmettrai vos coordonnées mutuelles.

H

mardi 1 avril 2008

Un Livre à l’honneur : les voyages de Cook – Le 3eme voyage

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je termine aujourd'hui l'épopée de Cook. J'espère que ça n'a pas été trop long pour vous.

Le troisième voyage de Cook marque la fin de l'épopée du navigateur anglais, c'est aussi le plus émouvant. Cook y semble plus humain, et il perdra malheureusement la vie au cours de l'expédition.

A la demande des autorités, Cook quitte ses fonctions au Greenwich Hospital (obtenues en remerciement de ses recherches contre le scorbut) et reprend le commandement d'une expédition dont l'objectif officiel est de ramener Omai à Tahiti, mais dont l'objectif réel est de découvrir le passage du Nord-Ouest (un passage entre l'océan Atlantique et l'océan Pacifique par le nord du continent américain). Il commande à nouveau le HMS Resolution, et navigue aux côtés du HMS Discovery, capitaine Charles Clerke.

Les deux navires quittent Plymouth le 12 juillet 1776.

L'expédition descend dans un premier temps aux îles Kerguelen où elle accoste le jour de Noël 1776, puis elle fait escale en Nouvelle-Zélande. Cook rend ensuite Omai aux siens et met le cap au nord pour découvrir le passage du Nord-Ouest. Il fait escale à Hawaï en 1778 puis progresse ensuite le long des côtes américaines. L'expédition rencontre les populations indiennes de l'île de Vancouver, des côtes de l'Alaska, des îles Aléoutiennes et des deux rives du détroit de Béring.

Il fait froid, c'est un euphémisme, et le moral de l'expédition s'effrite après plusieurs tentatives infructueuses de franchir le détroit de Béring, pris par les glaces, même en plein mois d'août. Cook montre des signes d'impatience, il souffre d'une affection de l'estomac, et perd parfois la confiance de son équipage, notamment lorsqu'il veut le contraindre, sans succès, de consommer de la viande de morse.

Finalement, il faut renoncer et l'expédition redescend vers Hawaii où il explore l'archipel. Il séjourne un mois à Kealakekua Bay sur l'actuelle Grande Île mais il est pressé par les autochtones de reprendre la mer. Hélas, quelques jours après son départ, une avarie du mât de misaine contraint Cook à rebrousser chemin pour réparer. Il choisit (apparemment contre l'avis de ses officiers) de retourner sur le lieux de leur dernier séjour. Au cours de cette seconde escale, les tensions redoublent entre les indigènes et les Britanniques et plusieurs bagarres éclatèrent. Le 14 février 1779, des Hawaiiens volèrent une chaloupe. Cook décide de prendre en otage le chef de Hawaii, Kalaniopu'u. Une altercation éclata cependant avec les habitants qui attaquèrent à l'aide de pierres et de lances. Les marins anglais ripostent avec quelques coups de feu, mais sont contraints à se replier de façon désordonnée vers la plage. Cook est alors atteint à la tête et s'écroule. Les Hawaiiens le battirent à mort, puis enlevèrent son corps.

L'équipage put cependant récupérer quelques restes pour les inhumer en mer avec les honneurs militaires. L'emplacement où Cook a été tué est marqué par un obélisque blanc et a été au Royaume-Uni.

C'est alors à Clerke d'assumer le commandement de l'expédition. Il va effectuer une dernière tentative de franchisssement du détroit de Béring, mais c'est également un échec. Il s'éteint lui même, atteint par la tuberculose en août 1779. C'est le lieutenant Gore qui prend le commandement et conduit les navires sur la route du retour via les côtes asiatiques. Le Resolution et le Discovery arrivèrent en Grande-Bretagne le 4 octobre 1780.
On notera avec intérêt qu'un jeune officier accompagne Cook dans ce 3ème voyage, William Bligh, qui commandera plusieurs années plus tard le HMS Bounty, qui fut le théâtre de la plus célèbre mutinerie de l'histoire de la Navy.
Cook a épousé Elisabeth Batts (née en 1741) en 1762. Ils ont eu six enfants dont seul l'aîné est parvenu à l'âge adulte, mort à 31 ans sans descendance.

Sur le plan bibliophilique, le troisième voyage est évidemment lui aussi très recherché. L'Edition originale française est parue en 1785 à l'hôtel de Thou en 4 volumes in-4, et propose 20 cartes ou plans et 68 superbes gravures (indigènes, paysages, scènes de genre, histoire naturelle). La traduction en est due à Demeunier. Il paraît sous le titre "Troisième Voyage de Cook, ou voyage à l'Océan Pacifique, ordonné par le Roi d'Angleterre, pour faire des Découvertes dans l'Hémisphère Nord, pour déterminer la position & l'étendue de la Côte Ouest de l'Amérique Septentrionale, sa distance de l'Asie, & resoudre la question du passage au Nord. Éxécuté sous la direction des capitaines Cook, Clerke & Gore, sur vaisseaux la "Résolution" & la "Découverte", en 1776, 1777, 1778, 1779 & 1780." Comme les deux premiers voyages, cette édition in-4 est doublée d'une édition in-8, accompagnée d'un atlas in-4, parue à la même date.
On connaît également le récit du voyage par John Rickman, lieutenant à bord du HMS Discovery, qui fût publié avant la relation officielle. L'édition originale française est parue en 1782 à Paris chez Pissot et Laporte sous format d'un volume de format in-8, illustrée d'un frontispice gravé représentant la mort du capitaine Cook et d'une carte gravée dépliante. Le titre complet est "Troisième Voyage de Cook, ou Journal d'une expédition faite dans la mer pacifique du sud et du nord, en 1776, 1777, 1778, 1779 et 1780.". C'est un ouvrage rare.


H

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