« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

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jeudi 13 mai 2010

Ebayana: Senault, Voltaire sur 121 cm, les frères Lortic, et la culbute de la semaine... au fond du sac

Amis Bibliophiles bonjour,

Nous sommes jeudi, voici une sélection d'ouvrages proposés sur ebay:

























Bonnes enchères,

H

mardi 11 mai 2010

Labarraque, Maxime du Camp, un chameau, un empereur, un roi et l'eau de Javel

Amis Bibliophiles bonjour,

Chameau, dromadaire, chameau, dromadaire... La question s'était posée sur le blog suite à l'article de Bernard sur Charles Perrault, mais elle avait également suscité la curiosité de René qui voudrait vous présenter un tout petit opuscule, mince par la taille mais d'une importance capitale par son contenu.
Le 15 septembre 1915, La Chronique Médicale publiait cette lettre inédite de Maxime Du Camp, qui se piquait de quelques notions médicales.

"Louis 18 était si gâté et dégageait une telle infection que nul n'osait approcher du cadavre ; on fit venir Labarraque, pharmacien célèbre de ce temps, membre du conseil de salubrité, etc., et inventeur du fameux chlorure désinfectant qui porte son nom. Il trempa un drap dans le susdit chlorure, et le tendant devant lui comme une sorte d'écran, il marcha jusqu'au cadavre et le couvrit tout entier. Pendant près d'une heure, il l'aspergea de chlorure; puis, requis par le grand maitre des cérémonies de procéder à l'embaumement, et voyant le grand maitre s'éloigner, il lui fit observer que sa charge le forçait à recevoir les entrailles du roi sur un plat d'or ou d'argent (?). Le grand maitre n'y consentit pas et l'autopsie fut plus que rapide.

J'ignore le nom du grand maitre. Voilà, cher ami, ce que ma mémoire me rappelle et encore je n'affirme pas pour le dernier fait relatif aux entrailles de ne pas faire confusion, car voilà que j'ai souvenir d'avoir lu quelque chose d'approchant touchant la mort de Louis 15. Vous pourrez facilement vérifier le fait et voir si je fais erreur.

Quant au chlorure et à Labarraque, j'affirme : c'est ce dernier qui m'a conté l'anecdote.

Max."

L'article de la Chronique était intitulé : Vieux-Neuf médical. La liqueur de Labarraque.
Voilà qu'il se relève d'un discrédit, d'ailleurs injustifié, ce vieux médicament de nos pères, qui rend actuellement tant de services dans le traitement des blessures, Il n'est, à vrai dire, de meilleur désinfectant des plaies et l'on ne s'explique guère pourquoi on a été si longtemps à l'oublier.

L'inventeur de la recette n'était pas le premier venu : Antoine Germain Labarraque était un chimiste de renom, pharmacien de l'Empereur, puis de Louis XVIII avant de procéder, comme nous l'avons lu, à la désinfection de son cadavre.

Né en 1777, arraché à ses études par la guerre, il s'engage a 18 ans dans les armées de la République où il fut distingué en raison de ses connaissances chimiques. Les pharmaciens militaires étant rares et les autorités militaires n'étant pas trop regardantes, le sergent Labarraque fut nommé pharmacien, puis pharmacien en chef de l'hôpital espagnol de Barra. Il avait vingt ans.

Licencié après une longue maladie, il suivit à Montpellier les cours de Chaptal et à Paris ceux de Vauquelin. Il fut reçu officiellement pharmacien en 1805 et sur les conseils de Cadet de Cassicourt étudia le chlore et ses applications.

Ses recherches conduisirent Labarraque à employer le "chlorure d'oxyde de soude et de chaux", obtenu par l'action du chlorure de chaux sur le carbonate de soude, pour traiter dans les boyauderies les intestins animaux, matériaux éminemment sujets à la pourriture. L'un des produits de la réaction faisait cesser toute putréfaction.

Les expériences du pharmacien firent sensation. On le sollicita pour le nettoyage des écuries de l'armée, on brûlait jusqu'alors tout le matériel contaminé. On appliqua ses chlorures à l'assainissement des Halles, des abattoirs, des hôpitaux, des amphithéâtres. On en fit usage dans les étables et les égouts.

Il publia donc, en 1825, le petit ouvrage intitulé De l'Emploi des Chlorures d'Oxide de Sodium et de Chaux. Plaquette de 48 pages, imprimée à Paris par Madame Huzard. Petit ouvrage fort rare et dont la couverture est presque toujours absente.

Le présent exemplaire comporte un envoi au Dr Récamier.

Durant l'épidémie de choléra de 1832, de nombreux Parisiens durent leur salut à l'usage de ce premier et précieux désinfectant. L'année suivante ce fut encore Labarraque qui participa à l'exhumation des combattants de Juillet, ensevelis à la hâte sous les plates-bandes du Louvre.

Le chlorure d'oxyde de sodium fut livré en flacons avec le mode d'emploi : " Soit pour panser les plaies de mauvaise nature, soit comme moyen d'assainissement des lieux insalubres... "

Labarraque mourut, riche et décoré en 1850, des suites d'une attaque d'apoplexie.
Cette précieuse "liqueur", qui n'est autre qu'une solution d'hypochlorite de sodium, fut d'abord tout naturellement connue sous le nom "Eau de Labarraque" puis sous celui d' "Eau de Javel".

En effet, avant Labarraque, un autre chimiste français célèbre, Claude Berthollet avait étudié les propriétés oxydantes du chlore et des hypochlorites pour un tout autre usage, celui du blanchîment des toiles textiles. Sa manufacture de produits chimiques se trouvait à Paris dans le quartier de Javel.

Si le pauvre Claude Perrault, hélas trop tôt disparu, avait connu l'Eau de Labarraque quand il a procédé à la dissection de son chamadaire septique, il eut conservé la santé, pour la plus grande gloire de la Science.

Merci René,
H

samedi 8 mai 2010

Que faire des catalogues?

Amis Bibliophiles bonjour,

Oui, que faire des catalogues, qui sont presque aussi envahissants qu'utiles, et vice versa?
Comme mon ami Lauverjat, je me pose très souvent la question et ceci pour une raison très simple: entre les catalogues de libraires et les catalogues de vente, je reçois 2 à 3 catalogues par semaine, qui viennent s'ajouter aux catalogues que j'ai achetés pour des raisons bibliographiques (Rahir, Chadenat, Bérès, etc.). 
Si on compte environ 35 à 40 semaines par an (trêve des confiseurs, été, etc.) on atteint sans problème la centaine. Si vous avez cette infortune depuis 5 ans... on parle déjà de 500 catalogues à lire (le bonheur), à relire (re-bonheur), à laisser traîner (bonheur égoïste quand on est père et mari, mais seul bibliophile du foyer), puis à trier et finalement à ranger. Et je ne parle pas des forêts entières qui sont sacrifiées sur cet autel...

L’intérêt bibliographique des catalogues anciens de bibliothèques, de ventes ou de libraires est évident. Certaines séries ou collections sont devenues à leur tour des sujets de bibliophilie ou des ouvrages de référence qu’il faut consulter et rechercher.

Citons pêle-mêle les ventes des bibliothèques Lavallière, Didot, Esmérian, Bérès, les catalogues Fatou, Roth, Sourget, etc. Mais même ces catalogues fort utiles finissent par prendre une place importante au fils du temps. Leur exploitation s’en trouve compliquée, leur classement également.

Faut-il tous les conserver ou sélectionner seulement les plus précieux, les plus illustrés, les plus prestigieux? Sur quels critères portent vos choix? Quels modes de classement adoptez-vous? Pratiquez-vous des “désherbages”?

Lauverjat de son côté, en dehors de la conservation pure et simple, pratique aussi le découpage ou la copie et le collage dans des classeurs spécifiques. Monsieur Christian Gallantaris procède ainsi pour sa documentation sur la reliure.

En ce qui me concerne, je photocopie ou je découpe (car j'en reçois certains en double, envoyés par l'expert et part la SVV), les catalogues de vente ou de libraire dans lesquels j'ai acquis et j'ajoute le paragraphe concerné au livre acheté.

J'avoue que pour les catalogues récents, j'effectue un tri totalement subjectif, en conservant volontiers les catalogues thématiques et ceux bien illustrés au détriment des autres. Et donc... je jette assez rapidement pour ne pas me retrouver envahi.

Mais vous, que faites-vous des catalogues?

Lauverjat & Hugues

jeudi 6 mai 2010

Ebayana: gravures sur bois, Rabelais, La Fontaine, Diderot et les autres

Amis Bibliophiles bonjour,

Voici de quoi chiner, quelques livres sélectionnés sur ebay:



























Bonne chance, bonnes enchères,

H

mardi 4 mai 2010

Bibliophilie et Sciences: théories sur la lumière... matière, onde ou corpuscule?

Amis Bibliophiles bonsoir,

Bernard a entrepris la tâche ardue d'éveiller nos consciences aux beautés méconnues des sciences physiques par le biais insidieux de la bibliophilie... et nous nous laissons faire avec joie. Je lui cède donc la parole...

Au cours du dernier repas des bibliophiles, dans le brouhaha des conversations, une interrogation « vitale » entre deux convives (et entre deux gorgées de Brouilly) a porté sur la nature des êtres qui constituent notre univers …. Pendant que d’autres parlaient Savoie, Humanisme, Reliures, Nouvelle Revue … D’abord quelques mots sur la lumière, « vue » par trois maîtres : Descartes, Newton et Huygens et cela, bien sur, à partir de leurs ouvrages.

Descartes imagine l’espace rempli d’une matière subtile formée de particules sphériques et contiguës. Ces particules transmettent instantanément les vibrations des corps lumineux à notre œil. En 1637 il publie ses idées à la suite son fameux Discours de la Méthode. Le titre complet est : Discours de la méthode pour bien conduire sa raison, et chercher la vérité dans les sciences. Plus la Dioptrique, les Météores, et la Géométrie. Qui sont des essais de cette Méthode.

La Dioptrique, premier appendice au Discours, traite de la lumière, de l’œil, de la vision et des moyens de perfectionner cette vision, mais surtout il énonce à la fin du discours premier, deux lois physiques fondamentales : la loi de la réflexion et la loi de la réfraction, développée dans le discours second. C'est ce que l'on appelle depuis « les lois de Descartes », capitales dans le domaine de l'optique géométrique.
L’édition originale étant inaccessible, je me contente de l’édition de 1668 dans laquelle la Mécanique apparaît pour la première fois.

Discours de la Méthode pour bien conduire sa raison, & chercher la vérité dans les Sciences. Plus La Dioptrique, les Météores, la Méchanique, et la Musique, Qui sont des essais de cette Méthode. Paris, Angot. 1668. 3ème édition. 1 volume in-4 ; 303, (23), 127, (1) pp.
Pour Newton l’espace est vide. La lumière émise par le soleil est composée de particules de masses différentes qui provoquent sur notre rétine des sensations distinctes appelées couleurs. La propagation rectiligne de la lumière et la réflexion s’interprètent facilement ce qui n’est pas le cas de la réfraction. En 1672, la théorie des couleurs est lue à la Royal Society. Les critiques incitent Newton à retarder la publication.

Ce n’est qu’en 1704 que Newton publie Opticks, ouvrage qui explique en détail ses théories. La seconde édition anglaise parait en 1717. Newton y ajoute des compléments sur la pesanteur. Pierre Coste (1668-1747), réfugié en Angleterre à la suite de la révocation de l’édit de Nantes et ami de Newton fait la première traduction française de cette édition. Les dernières pages donnent le catalogue des livres imprimés chez Pierre Humbert, libraire à Amsterdam.
L’autorité de Newton imposera cette conception jusqu’au début du XIXème.

Traité d’optique sur les réflexions, réfractions, inflexions et couleurs de la lumière.
Amsterdam, Pierre Humbert. 1720. 1ère édition française. 2 volumes in-8 ; XV, (1), 328 pp, 9 pl. - (2) pp, pp 331 à 583, (17) pp, 3 pl.
Une seconde édition française de la traduction de Coste, « beaucoup plus correcte que la première », parait en 1722.
Paris, Montalant. 1722. 1 volume in-4 ; (20), 495 (mal chiffrée 595)*, (1) pp, 12 pl.
Christian Huygens, imagine la lumière comme une onde se transmettant de proche en proche dans l’espace. Il suppose que la lumière se propage sous la forme d'ondes sphériques et que chaque point atteint par l'onde devenait une nouvelle source. Il publie ses idées en 1690 dans son Traité de la lumière. Traité de la Lumière. Où sont expliquées les Causes de ce qui luy arrive dans la Réflexion, et dans la Réfraction. Et particulièrement dans l’étrange Réfraction du Cristal d’Islande. Avec un Discours de la Cause de la Pesanteur.
Leide, P. van der Aa. 1690. 1 volume in-4 ; (8), 124, (2) pp, pp 125 à 128, (2) pp, pp 129 à 180.
Cette théorie, opposée à celle de Newton, rencontre peu de crédit à l’époque. Newton triomphe jusqu’au début du XIXème, époque à laquelle Fresnel revient à la théorie ondulatoire. Cette théorie l’emportera jusqu’au début du XXème.

En fait, les deux théories sont complémentaires : dans certains cas la lumière agit comme un ensemble de particules appelés photons et dans d’autres comme une onde : c’est la dualité onde-corpuscule.

Cette dualité a été généralisée à tous les constituants intimes de la matière par Louis de Broglie en1923. Il publie trois notes dans les « Comptes rendus de l'Académie des sciences », trois notes qui constituent le point de départ de la mécanique ondulatoire. De Broglie associe une onde à toute particule. En particulier il établit la relation fondamentale entre le mouvement d'un corpuscule libre et la propagation de l'onde qu'il propose de lui associer :
λ = h/p. Cette relation est à placer au même niveau que la relation d’Einstein E = mc2.
La mécanique ondulatoire, est l'un des plus grands événements scientifiques depuis Galilée. De Broglie a été élu à l'Académie des sciences en 1933 et à l'Académie française en 1943. Il a reçu le prix Nobel de physique en 1929.

Paris, Gauthier-Villars. 3 brochures in-4 ; 10 septembre 1923 - 24 septembre 1923 - 8 octobre 1923.
Pour conclure, la matière se présente à nos yeux comme formée de particules. Une division ultime montre que ses composants ont une double nature. Les expériences le confirment chaque jour. Dès la TS on montre qu’en ajoutant de la lumière à de la lumière on peut, dans certains cas, obtenir de l’obscurité, de la même manière qu’en ajoutant deux sons on peut obtenir du silence ! A un certain niveau la physique rejoint la philosophie (métaphysique ?).

Merci Bernard,

H

samedi 1 mai 2010

Jacques Auguste de Thou, bibliophile, chroniqueur mis à l'index, et homme de son temps

Amis Bibliophiles bonjour,

Thou. Le nom est familier des bibliophiles qui ont plusieurs opportunités de le croiser, que ce soit à travers son oeuvre, ses armes ou encore les multiples ouvrages qui lui ont été consacrés.
Jacques-Auguste de Thou est probablement le plus célèbre des bibliophiles du 16ème siècle, et est comparable à Grolier, dont son père fut d'ailleurs un proche.
portrait de Thou
L'homme. Jacques-Auguste de Thou (1553-1617) est né à Paris. Il est le fils de Christophe de Thou (1508-1582), premier président du parlement de Paris et le neveu de Nicolas de Thou, évêque de Chartres de 1573 à 1598. Après des études de droit dans plusieurs universités françaises et quelques voyages au cours desquels il croisa Muret, Paul Manuce, Montaigne et Henri de Navarre, le futur Henri IV, il épousa la carrière promise par sa position de cadet en devenant chanoine du cloître Notre-Dame en 1573, puis conseiller clerc au Parlement en 1578.

En 1584, il abandonne la carrière ecclésiastique pour devenir maître des requêtes au Parlement de Paris en 1585 et démarrer ainsi sa carrière politique, puis conseiller d'État en 1588. Il s'oppose à la Ligue et suit Henri III à Chartres.

Après l'assassinat du duc de Guise, il travaille à la réconciliation d'Henri III et d'Henri de Navarre en avril 1589. Logiquement, à la mort du roi, il rejoint le service d'Henri de Navarre. En 1593, le nouveau roi, qui se nomme désormais Henri IV le nomme grand maître de la Librairie du Roi. C'est enfin Jacques-Auguste de Thou qui se chargea de l'enregistrement d'un édit capital pour la France, l'édit de Nantes (1598). Il était auparavant devenu président à mortier en 1595.
portrait de Thou
Après la mort d'Henri IV, il devient conseiller d'Etat et oeuvre encore pendant la régence de Marie de Médicis. Un homme proche du pouvoir donc, qui aura pris part aux événement majeurs de son temps.

L'auteur. Jacques-Auguste de Thou est réputé avoir tout lu et notamment tous les grands auteurs grecs et latins. C'est d'ailleurs un latiniste distingué et il publie plusieurs ouvrages de poèmes dans cette langue. Il passera néanmoins à la postérité pour ses Historiae sui temporis, chroniques portant sur les années 1543 à 1607, traduites du latin en français au 18ème. Il s'y révèle un grand partisan de la tolérance religieuse, critique les excès du clergé catholique, la papauté et observe vis-à-vis des protestants une attitude compréhensive. La réaction est logique, paru en 1604, l'ouvrage est mis à l'index. Le Parlement de Paris rendit la politesse en condamnant le livre du Cardinal Robert Bellarmin sur le pouvoir du pape.
Histoire Universelle de Thou
L'Histoire Universelle de Thou fût publiée selon le rythme suivant:
1604: années 1546-60
1606: années 1560-72
1607: années 1572-74
1608: années 1574-84
De Thou mourut sans avoir mené son oeuvre jusqu'au bout, et la dernière partie inachevée fut publiée en 1620 par ses amis Pierre Dupuy et Nicolas Rigault.

Le "bibliothécaire", le bibliophile. Jacques-Auguste de Thou aura vécu toute sa vie au milieu des livres. Il hérite des bibliothèques de son père et de son oncle, qu'il enrichira tout au long de sa vie pour bâtir sa propre bibliothèque, sans rivale à l'époque. Il contribuera également à l'enrichissement de la bibliothèque du roi en faisant l'acquisition de la collection de manuscrits de Catherine de Médicis. Mais revenons à sa bibliothèque privée, qui fît l'objet de nombreuses études, notamment de la part de Jérôme Pichon. De Thou accordait une attention particulière aux reliures de ses ouvrages, et il se distingue également par l'évolution de ses habitudes avec les livres.

Ainsi, sur ses premiers ouvrages, on trouve sur le plat ses armes d'argent entourées de branches de laurier, timbrées d'une tête de chérubin avec son nom Jac. August. Thuanus sous l'écusson; voire simplement l'écusson, avec deux lys au naturel. On rencontre également ses armes plus simples d'argent au chevron de sable, accompagnés de trois taons du même, deux en chef et un en pointe; avec l'ajout éventuel de ses initiales au dos A. D. T. (Auguste de Thou).

Après son 1er mariage, les armes des deux époux sont accolés sur les plats (gueules à trois lions couronnés d'argent), avec souvent les trois initiales J.A. et M (pour Marie de Barbançon-Cany) au bas de l'écusson et sur le dos du volume.

Après son second mariage avec Gasparde de la Chastre, il appliqua la même logique en remplaçant les éléments de sa première épouse par ceux de la seconde, armes et initiales (le G. remplace alors le M.).

La très riche bibliothèque Thuanienne était ouverte aux étudiants et aux étrangers. Elle resta dans la famille jusqu'en 1679-80, fut mise en vente par ses descendants (ruinés et contraints) et fut presque entièrement rachetée par le président de Ménars. Il fallut deux ans pour rédiger le catalogue Au XVIIIe siècle elle passa à la famille de Rohan-Soubise. Elle contenait alors 12 729 volumes. En fait, le président de Ménars sauva littéralement cette bibliothèque par cet achat conséquent et les bibliophiles de l'époque (une fois la jalousie passée, je l'imagine), lui rendirent hommage. Ainsi Santeuil publia un poème latin de 200 vers intitulé "Plainte sur la vente honteuse de la bibliothèque de M. de Thou, sauvée par les soins de M. de Ménars". Plus tard, la bibliothèque enrichie par Ménars, puis Rohan puis Soubise connut à nouveau le feu des enchères.... pendant 4 mois de vente, du 12 janvier au 22 mai 1789 (catalogue de Leclerc). Depuis, les ouvrages n'attendent plus que les bibliophiles pour perpétuer l'amour qui leur fut prodigué au 16ème siècle.

Aimé des bibliophiles, De Thou fut aussi aimé de son époque et de ses deux épouses, dont les statues ornent encore aujourd'hui le tombeau, visible à Paris. Un ouvrage du 17ème lui est consacré, "La Vie de Jacques-Auguste de Thou" (ici en maroquin). 
Vie de Thou maroquinVie de Thou maroquin
Elle est supposée avoir été écrite par un ami et est une réponse à la mise à l'index de son Histoire. Trois manuscrits subsistent encore aujourd'hui.

Son fils François-Auguste eut moins de chance, puisqu'il fut décapité pour avoir conspiré avec Cinq-Mars.
C'était Jacques-Auguste de Thou, humaniste, homme de son époque, chroniqueur et bibliophile.

H

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