« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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mercredi 7 septembre 2011

Ebayana: impressions des 16 et 17ème siècles, reliures aux armes, grands classiques, livres illustrés...

Amis Bibliophiles bonjour, 

Voici une sélection d'ouvrages intéressants actuellement en vente sur ebay:

Les neuf livres anciens les plus suivis sur ebay:










Une dizaine de reliures aux armes, dont certaines très prestigieuses... Hoym, Pompadour...












Quelques ouvrages anciens intéressants:

















Six ouvrages que nos équipes sont allées dénicher pour vous à l'étranger!







H

lundi 5 septembre 2011

Bibliophilie et Sciences: c'est la rentrée... discussion autour d'une bouteille

Amis Bibliophiles bonsoir,

"- Tiens, c'est cool de te revoir, t'as passé de bonnes vacances?
- Tranquilles, et toi, et ce matin... alors t'as qui?
- Martin en allemand, je suis contente... Barrière en français, la galère.
- Aie... t'es peut-être avec moi en latin, ça serait top, j'ai Textor.
- Ah ouais, trop bien. Et en sciences?
- En maths je sais pas, mais en physique j'ai Bernard.
- Bernard! Tas trop de chance..."

En 1745, le Hollandais Andreas Cuneus, ressent une violente douleur en essayant d’accumuler de l’électricité dans une bouteille remplie d’eau. Il relate la chose à Pétrus Van Musschenbroeck, professeur de physique à Leyde (voir un précédent article) qui s’empresse de réitérer l’expérience … et subit lui aussi une forte commotion.



Un modèle de Bouteille de Leyde avec feuilles d’or .


Musschenbroeck relate cette découverte extraordinaire à Réaumur dans une lettre le 20 avril 1746 :

« Je veux vous communiquer une expérience nouvelle mais terrible, et que je ne vous conseille pas de tenter vous-même. Je faisais quelques recherches sur la force de l'électricité. Pour cet effet, j'avais suspendu à deux fils de soie bleue un canon de fer qui recevait par communication l'électricité d'un globe de verre que l'on faisait tourner rapidement sur son axe, pendant qu'on le frottait en y appliquant les mains ; à l'autre extrémité pendait librement un fil de laiton dont le bout était plongé dans un vase de verre rond, en partie plein d'eau, que je tenais dans ma main droite ; avec l'autre main, j'essayais de tirer des étincelles du canon de fer électrisé. Tout d'un coup, ma main droite fut frappée avec tant de violence que j'eus tout le corps ébranlé comme d'un coup de foudre... Le bras et tout le corps sont affectés d'une manière terrible ; en un mot, je croyais que c'en était fait de moi. »

Il s’agissait de la première électrocution observée en laboratoire. La bouteille appelée depuis « bouteille de Leyde » est l'ancêtre du condensateur. Ce phénomène relança en France les recherches sur l’électricité, en particulier celles de l’abbé Nollet. En 1745, celui-ci présente à l'Académie des sciences, un long mémoire ayant pour titre Conjectures sur les causes de l'électricité des corps. L’année suivante  il publie son premier ouvrage d’électricité où il développe une nouvelle théorie qui, selon lui, explique le phénomène de commotion électrique.



Essai sur l’électricité des corps.
Paris, Frères Guérin. 1746. 1 volume in-12 ; frontispice, XX, (4), 227, (1) pp, 4 pl.

Les travaux de Nollet sont rapidement critiqués , en particulier par trois auteurs, dont deux anonymes.

- Le premier est un jeune homme de 22 ans, Claude François Félix Boullanger (ou Boulanger) (1724-1758), seigneur de Rivery, membre de l’Académie d’Amiens. Son mémoire ne compte que 24 pages :


Mémoire sur l’électricité.
Paris, Vve David. 1746. 1 volume in-12 ; 24 pp.

Ce rare ouvrage est souvent attribué, à tort,  à Jean Baptiste Secondat, fils de Montesquieu. Boullanger y critique les matières affluentes et effluentes de l’Abbé Nollet. Nollet consacre deux pages, à la fin de son Essai, au Mémoire de Boullanger : « Depuis que cet ouvrage est achevé d’imprimer, il m’est tombé entre les mains une brochure qui a pour titre Mémoire sur l’Electricité ; à Paris, chez la Veuve David, rue Dauphine. L’Auteur qui ne se nomme point, et qui paraît être dans le dessein de faire une suite à son Ouvrage, annonce dans la préface, qu’il s’est souvent écarté de mon système d’explications ; et je m’en suis bien aperçu en lisant son écrit. »  En 1750, l’auteur développera sa théorie dans son  Traité de la cause et des phénomènes de l’électricité.

- Le second, Antoine Louis (1723-1792), n’a que 24 ans. Son ouvrage est plus étoffé :


Observations sur l’électricité, où l’on tache d’expliquer son mécanisme et ses effets sur l’économie animale ; avec des remarques sur son usage.
Paris, Delaguette. 1747. 1 volume in-12 ; (2), XXIV, 175, (1) pp.

Dans ce très rare ouvrage sur l’électricité, Louis critique certaines théories de l’abbé Nollet exposées dans son  Essai. Nollet se moque de ce jeune prétentieux qui ose entrer en joute avec un académicien ! Louis publie une réponse amère :


Lettre à M. l’abbé Nollet de l’académie royale des sciences...
[Paris]. 1749. 1 brochure in-12 ; 19 pp.

« Ce n’est point ainsi que M. de Réaumur vous a formé, monsieur.  Ce grand homme sait trop combien l’opprobre avilit l’âme et flétrit le courage. Il sait que cinq ou six touches aussi vives que la sortie que vous faites sur moi vous eussent révolté, dégoûté des sciences, et eussent privé la France d’un bon physicien. »

Nollet réplique violemment dans la troisième édition de son Essai ( page 246) : « En vain Mr Louis s’imagine toucher ses lecteurs, en disant qu’il est jeune et qu’il ne fait que commencer on lui répondra que c’est une raison de plus pour être modeste et circonspect. »

Antoine Louis abandonnera la physique et sera chirurgien. Il est connu surtout pour avoir amélioré l’instrument inventé par Guillotin pour décapiter les condamnés à mort. Il remplace le couperet en forme de croissant par un couperet en forme de trapèze. L’Assemblée constituante décrète la construction de la machine en 1792. La « Louisette » se révèle être efficace et instantanée. Les journalistes parlementaires, mécontents du docteur Guillotin qui, à l'Assemblée, leur demandait de bien se tenir, la baptisèrent «guillotine».

- Le troisième, Jean Morin (1705-1764), était professeur de philosophie au Collège de Chartres et déjà l’auteur, en 1735,  d’un Abrégé du mécanisme universel.


Nouvelle dissertation sur l’électricité des corps...
Chartres, Vve J. Roux. 1748. 1 volume in-12 ; 200, (16) pp.

Ici encore, l’auteur ose critiquer Nollet qui réplique immédiatement. « Il résulte de tout cela que je n’ai pas l’avantage d’entendre les écrits de Mr Morin, que son style n’est point à ma portée, que je ne puis ni ne dois disputer contre lui ».

En 1752, Nollet rencontrera un adversaire moins facile en la personne de Benjamin Franklin, dont la théorie de l’électricité positive ou négative supplantera la sienne. 

Comme souvent, les échanges entre scientifiques étaient assez rudes. Il peut sembler  étonnant que des jeunes gens entrent en lisse avec des académiciens. Beaucoup de savants étaient très jeunes. Par exemple Clairaut a présenté, à 12 ans, un premier mémoire à l'Académie des Sciences au sein de laquelle il est admis à 18 ans ! 

Merci Bernard.
H

samedi 3 septembre 2011

Miscellanées bibliophiles de Monsieur H.: des livres pauvres, des "livres pour riches" et de l'amateur inconnu

Amis Bibliophiles bonjour,

L'une de mes découvertes de ces vacances est finalement assez éloignée des turpitudes habituelles d'un blogueur bibliophile, mais puisque rien de ce qui touche au livre ne me laisse indifférent, je trouvais intéressant de la partager. Cette découverte, ce sont les livres pauvres.

Les "livres pauvres" sont des livres d'artistes "hors commerce" qui associent le texte manuscrit d'un écrivain et l'illustration originale d'un peintre. Cette aventure lancée en 2003 a permis la création de plus de mille "livres pauvres", rassemblant de grands auteurs de langue française (Michel Butor, Bernar Noël, Michel Tournier, Annie Ernaux, etc.) puis étrangers et des peintres et artistes divers (Pierre Buraglio, Georges Badin, Coco Texèdre et d'autres).

L'appellation "livres pauvres" trouve son explication dans le fait que ces livres sont conçus de façon artisanale, sans les investissements financiers habituels de l'édition: l'auteur compose à la main sur papier vierge chacun des exemplaires, tous originaux et uniques donc, et choisit le peintre qui illustrera son oeuvre: aucun éditeur, aucun imprimeur, aucun graveur n'intervient donc dans le processus. Le tout en six exemplaires: deux pour l'auteur, deux pour l'illustrateur, un exemplaire pour le Prieuré de Saint-Cosme, centre de l'activité du "livre pauvre" (cf. ci après), le sixième étant destiné à des expositions dans le monde entier (il n'en reste donc pas pour les bibliophiles!).

Nous sommes donc bien en présence de livres de bibliophilie... auxquels les bibliophiles n'auront jamais accès. Pour en savoir plus, je vous invite à visiter http://revue-texture.fr/spip.php?article268, ou à lire les deux ouvrages de Daniel Leuwers, l'inventeur du "livre pauvre", La belle aventure des livres pauvres, ou Les très riches heures du livre pauvre.

Vous pouvez également regarder ceci:


Bien sûr, n'oubliez pas que le Prieuré de Saint-Cosme fût la demeure de Ronsard... ce qui ne me console qu'à moitié de ne pas avoir levé la main une fois de plus à Montignac, et de m'en vouloir encore...

Et les livres pour riches alors, me direz-vous? Derrière ce titre un peu racoleur se cache en fait une nouvelle vente de nos amis munichois, la maison de ventes Hampel. A la mi septembre ceux-ci disperseront 1604 livres anciens, pour la plupart en langue française... mais en deux lots seulement. Le premier lot regroupe 1001 ouvrages des 17 et 18ème siècles en langue française, proposé à une estimation de 80.000 à 90.000 euros, ce qui peut paraître intéressant d'un point de vue purement arithmétique, mais a un côté un peu effrayant à mes yeux. 


Ce qui est cocasse, c'est que certains d'entre vous retrouveront avec plaisir les livres qu'ils ont vendus à Hampel sur ebay, puisque la méthode est désormais connue: Hampel achète des livres sur ebay, les rassemble en bibliothèque puis les vend tous les six mois. Et la formule fonctionne, en tout cas c'est fort probable, puisque la maison de ventes renouvelle la chose. On appréciera la description du premier lot de 1001 livres: la bibliothèque représente 50 rayons sur une longueur totale de 30 mètres. A vous de voir: cela ne fait même pas 2900 euros le mètre, et moins de 100 euros le livre.... 


Le deuxième lot est plus rentable, 603 ouvrages pour 15000 euros, même pas 25 euros du livre. Aha, je sens que les appétits se réveillent!

Passons à quelque chose de plus sérieux, une lectrice du blog, chercheuse, travaille sur la bibliothèque de Montaigne mais rencontre un problème que même la BNF n'a pas été en mesure de résoudre. Barbara cherche à identifier un amateur au catalogue duquel figure l'Appianus ayanat appartenu à Montaigne (n°121): cat Drouot, Bibliothèque d'un amateur. Livres anciens, rares ou précieux des XVIe au XIXe siècles (17-18 mars), Paris Lecomte, 1975. Mais il semble impossible d'identifier l'amateur, qu'en pensez-vous?


Enfin... trois catalogues de vente reçus hier, ça fait du bien!


H

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