« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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mardi 7 février 2012

La belle histoire de "l'ouvrage le plus rare de l'année 1897": les commentaires de la Guerre Gallique de la Société des Bibliophiles François

Amis Bibliophiles bonjour,

Au lendemain de Marignan, le Roi François 1er se souvint que quinze siècles auparavant un grand capitaine avait vaincu les Suisses et raconté sa campagne dans un livre immortel.

Le Roi voulut le lire et commanda qu’on lui mît en bon français le récit de ce prédécesseur.


C’est à sa royale fantaisie que nous devons les trois volumes de l'ouvrage qui nous intéresse aujourd'hui... et je vous livre un message à quatre mains, les miennes et celles du Baron de Noirmont.

La Société des Bibliophiles François, sous l’inspiration d’un Prince issu du même sang glorieux que le Roi François 1er, décida de reproduire ces trois volumes, et ils furent réimprimés pour ses vingt-neuf membres.

Précieux monuments de l’art du miniaturiste au XVIe siècle, ils ont mérité l’attention des écrivains qui ont étudié l’histoire des arts sous la Renaissance et particulièrement le Comte de Laborde, qui leur a consacré plusieurs pages du plus haut intérêt…


Le destin de cet ouvrage fût cahotique... On suppose ainsi qu'il fut sorti du trésor royal au temps de la Ligue, soit par le pillage du cabinet du roi Henri III dont les dépouilles furent vendues à l’encan devant l’Hôtel de ville, soit par les vols commis dans la bibliothèque du Roi, transportée de Fontainebleau à Paris sous le règne de Charles IX.


Jean Gosselin qui était à cette époque garde de la bibliothèque, dans une note écrite au verso de la reliure d’un manuscrit intitulé La Marguerite des vertus et des vices, accuse le président de Nully « de s’être saisi de la bibliothèque Roi environ la fin du mois de septembre, ayant fait rompre la muraille pour entrer en ladite librairie, laquelle il a possédée jusqu’environ la fin du mois de mars de l’an 1594… Durant le temps susdit ont été emportés de la dicte librairie plusieurs livres dont le commissaire Chenault fit enquête après que le dict Président eut rendu cette librairie ». A la suite et dans une seconde note, Jean Gosselin signale les tentaives faites par le célèbre ligueur Rose, évêque de Senlis, familier ami du Président susdit, et d’autres ligueurs de moindre importance « pour posséder la dicte librairie. Mais feu de bonne mémoire le président Brisson, à ma requête et sollicitation, a empêché leur intention ».

Ce certificat délivré au président Barnabé Brisson est en contradiction avec un passage des lettres de Scaliger qui l’accuse d’avoir transporté à son hôtel beaucoup de livres et de manuscrits de la librairie du Roi qu’après sa mort sa veuve avare vendit pour un morceau de pain (vidua avara frustro panis, si ita loqui fas est, dividendi).

Nous ne pouvons dans ce rapide aperçu éclaircir un point d’histoire qui n’intéresse d’ailleurs que la mémoire du président Brisson. Il nous suffit de constater ici que de nombreux livres furent détournés, et qu’il nous est permis de compter l'ouvrage qui nous intéresse parmi ceux dont inutilement « le commissaire Chenault fit enquête ».

Dispersés par les événements, les trois volumes des Commentaires de Guerre Gallique sont restés séparés. Et ils le sont toujours.


Le tome premier reparaît peu de temps après dans la bibliothèque de Christophe Justel, conseille et secrétaire du Roi, ainsi que l’apprend une note écrite au recto du premier feuillet (bibliothecae Christofori Justelli)… Quelque temps avant la révocation de l’édit de Nantes, Justel passa en Angleterre avec sa bibliothèque. Il devint bibliothécaire du Roi d’Angleterre et mourut en 1698. Après lui ce premier tome passa dans la bibliothèque de lord Harley et entra avec la collection Harléienne au British Museum.


Le deuxième volume est arrivé aux mains de M. Van Praet d’une source inconnue. Il a été acheté par lui pour le compte de sfrères de Bure, les grands libraires, qui l’ont légué à la Bibliothèque Nationale où il est entré en 1852.

Le troisième était la propriété d’un Tourangeau, qui après l’avoir gardé quarante ans dans son armoire, le donna au colonel Lacombe sans dire d’où il était venu (NDLR: j'adore ce passage, qui stimule mon imagination fertile). Il fut acheté par le libraire Téchener, qui l’a revendu en 1854 à Mgr le duc d’Aumale. Il est maintenant un des joyaux de la bibliothèque de Chantilly.


Ils seront donc séparés à jamais. Heureusement, grâce aux Bibliophiles François, les trois livres furent rassemblés le temps de réimprimer l'ouvrage à 31 exemplaires: 29 exemplaires pour les membres - celui-ci étant l'exemplaire du Prince de Metternich - , un pour le British Museum, un pour la Bibliothèque Nationale.
L’œuvre consiste en un dialogue entre François 1er et César. La première apparition du romain au roi de France est supposée avoir eu lieu « le dernier jour d’Avril, ung moys après la nativité de son second fils en son parc de Saint-Germain-en-Laye ». S’ensuivent plusieurs apparitions dans des forêts ou des parcs.

Au-delà des qualités de l’impression, c’est la beauté de l’illustration qui frappe le lecteur : les miniatures sont magnifiques, admirablement réhaussées par les miniaturistes Benard et Guerrier, et le style de Godefroy est superbe, qui mélange les costumes romains, comme on les comprenait à la Renaissance, et les costumes italiens des premières années du XVie siècle. Ils ont d’ailleurs beaucoup d’analogie avec ceux des personnages antiques figurés par Donatello et Mantegna.



Laissons la parole à Janin dans l'Almanach du bibliophile pour l'année 1898, pages 131-132.
« Terminons enfin cet exposé critique des livres de l'année, sur le dernier volume des Commentaires de la Guerre Gallique, réédités aux frais de la Société des Bibliophiles François. Les Commentaires de la Guerre Gallique ne sont point un livre, mais un manuscrit, en trois tomes, que les Bibliophiles françois ont reproduit en fac-simile, pendant le cours des années 1895, 1896 et 1897.


Mais c'est, à coup sûr, une curiosité de bibliothèque, et plus encore une œuvre de grand art, par le soin minutieux qui a été apporté à la reconstitution exacte de l'original. Les nombreuses et superbes miniatures que fit Godefroy le Hollandais pour illustrer la traduction libre de Albert Pighe, de Campen, en Hollande, mathématicien ami d'Erasme, à qui François 1er avait confié le texte, — première traduction française de l'ouvrage de Jules César, — ont été rendues avec la fidélité scrupuleuse que permettent aujourd'hui les procédés photographiques mis en œuvre avec habileté, et corrigés par un artiste. Le texte, manuscrit dans l'original, est imprimé, dans la reproduction, avec un corps antique de noble aspect. L'ouvrage ainsi transposé a un caractère de réelle grandeur, et mérite les éloges les plus absolus.

Les manuscrits sont, l'un au British muséum, l'autre à la Bibliothèque Nationale, le troisième à Chantilly ; la réédition n'a été faite qu'à 31 exemplaires, dont deux seulement ont été déposés dans les collections publiques, du British, à Londres, et de la Nationale, à Paris. C'est certainement l'ouvrage le plus rare de cette année 1897, qui, en fin de compte, n'aura pas été l'année de la Comète du livre. »

H

dimanche 5 février 2012

Agenda du Bibliophile: le salon du livre ancien à la halle Freyssinet, Paris

Amis Bibliophiles bonjour, 


À Paris l’édition hivernale du salon du vieux papier s’est transportée en la halle Freyssinet, proche de la station de métro Chevaleret. Le lieu est vaste, il s’agit d’anciens entrepôts qui contrairement à une précédente édition ne souffrent plus ni du froid ni du manque de lumière. L’intitulé de cette manifestation demande du souffle: “Antiquité Brocante, Livres et papiers anciens, photos et collections”!  En effet, deux salons sont couplés.Les très nombreux exposants se répartissent en antiquaires, bouquinistes et libraires. 



La gamme est large mais on note avec plaisir la présence de bonnes adresses parisiennes ou provinciales venues avec de belles et très belles choses. Que ceux qui ne seront pas nommés me pardonnent mais j’ai passé beaucoup de temps sur les stands de Anne Lamort, la librairie Cambon, la librairie Bertran de Rouen, la librairie Cluzel, la librairie Le Meur de Dijon, la bouquinerie Aurore, etc. 



Côté souvenirs, restent d’exceptionnelles reliures de Marius Michel chez Cluzel ou son associé du moment, une reliure de P-L Martin à la Bouquinerie Aurore, ailleurs le Rabelais en 3 tomes in-4° de 1741 illustré par Picart en trois volumes, et encore une reliure historiciste à la fanfare signée du relieur Chamagne en 1897 à Dijon sur “l’art du relieur” de Bosquet 1890, chez Le Meur…


Au final beaucoup de belles vitrines, difficile de ne pas passer un bon moment et de ne pas trouver quelque chose dans ce salon composite qui dure du 2 au 12 février.

Lauverjat

samedi 4 février 2012

Le Nom de la rose: une nouvelle version proposée par Umberto Eco

Amis Bibliophiles bonjour,

Les bons romans autour du livre sont rares, ceux qui résonnent dans le coeur des bibliophiles le sont encore plus. Le Nom de la rose, avec Club Dumas, et très probablement l'un des meilleurs, et des plus connus, pusiqu'il s'en est vendu près de 30 millions d'exemplaires dans le monde.

Or, fait peu commun, Umberto Eco va proposer une nouvelle version du roman, revue et corrigée, 32 ans après sa parution.


Le sémiologue et bibliophile italien est facétieux et lors de la présentation de l'ouvrage à Paris, il a prévenu ses lecteurs "N’achetez pas ce livre, parce que la publicité fait croire que c’est un livre différent !”. En fait, cette réédition, parue chez Grasset, comporte bien quelques changements: l'auteur a remanié le texte, supprimé de longues citations latines et des répétitions synthaxiques que l'informatique lui a permis de détecter, et surtout corriger quelques anachronismes: ainsi dans la première version Guillaume de Baskerville comptait-il les secondes, alors que cette unité de mesure du temps n'existait pas au Moyen Age.  


Umberto Eco a également profité de cette présentation parisienne pour revenir sur le débat concernant l'avenir du livre, entamé dans son ouvrage publié avec Jean-Claude Carrière.

“Aucune invention technologique n’a supprimé l’invention précédente. La photo n’a pas aboli la peinture, ni le cinéma le théâtre... Je préfère le livre sur papier, évidemment, mais quand je voyage, j’emmène mes titres de référence sur un iPad. C’est quand même plus pratique, surtout après une sciatique !” En revanche, Internet lui fait peur : “Cette surcharge d’informations doit être filtrée pour ne pas nous rendre stupides.” Surtout quand on nous faire croire que Le Nom de la rose a été réécrit ? “Re-vu et corrigé", martèle-t-il.

Umberto Eco. Je vous adore.

H

jeudi 2 février 2012

Ebayana, livres anciens en vente sur ebay: éditions anciennes, originales, reliures, books on books

Amis Bibliophiles bonjour,
Voici une sélection de quelques ouvrages intéressants en vente sur ebay:

























Et pour finir quelques lots autour du livre:







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