« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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samedi 13 juin 2015

Ebayana: belles reliures, EO, livres à planches, éditions du 16ème au 20ème siècle et curiosités

Amis Bibliophiles bonjour,

Des ouvrages de Verlaine avec des envois, des papyrus, des livres aux armes, des curiosités, il y a de quoi se faire plaisir cette semaine sur ebay. Voici une sélection de lots intéressants actuellement en vente.


SEMAINE SAINTE MAROQUIN ARMES MADAME ADELAIDE DE FRANCE RELIURE PASDELOUP?






































Et aussi...










Vous pouvez en retrouver beaucoup plus sur http://encheresbibliophiles.fr/ 


En passant, j'ai ajouté de nouvelles catégories sur http://encheresbibliophiles.fr/, si vous aimez le militaria, la numismatique ou les antiquités en général, vous pourrez retrouver sur le site les objets de ces catégories toujours classés par critères: les plus suivis, les plus chers, les plus enchéris.




H

jeudi 11 juin 2015

Connaissance de la reliure: les rares reliures d'agonothètes

Amis bibliophiles bonjour,

On rencontre parfois de ces impressionnantes reliures à décor doré aux petits fers ou au semé et  aux armes dorées poussées aux centres des plats. La reliure est le plus souvent en basane ou en veau fauve, souvent fragile, et porte des pièces d’armes au dos isolées ou en semé. Le charme du décor tient plus à son effet d’ensemble qu’à la précision du travail de dorure. Les tranches sont dorées. 

Armes de Jean de MONTPEZAT de CARBON, archevêque de Bourges. 

La garde est un papier peigne, la contre garde un papier blanc si elle existe. Ensuite figure l’ex-praemio.  Il s’agit de la dédicace manuscrite du livre au lauréat, en latin, d’une quelconque discipline scolaire. En bas un cachet ou timbre à froid authentifie la provenance. On y apprend  le nom du lauréat, le nom de son établissement et de son directeur ou du dirigeant des études qui signe l’ex-praemio.  L’ex-praemio s’adresse au destinataire du livre, à son premier possesseur en somme. Surtout le nom  du donateur du livre est mentionné ce qui permet une identification rapide des armes. Plus rarement se sont les armes du collège qui sont poussées sur la reliure.


Ex-praemio 1682, le récipiendaire est Jacques Bengy,
futur conservateur des privilèges royaux de l'université de Bourges,
vicomte des Porches, l'agonothète François de Rohan prince de Soubise.

Dans l’antiquité grecque les agonothètes étaient des magistrats qui garantissaient le bon déroulement des concours, le plus souvent ils se transformèrent en mécènes soutenant de leur générosité et de leurs libéralités bénévoles (au sens premier du terme) les réalisations.

La reliure d'agonothète est donc le fruit de ce généreux donateur.

Le donateur est un protecteur de l’établissement scolaire. Les évêques, archevêques, cardinaux sont bien représentés, ainsi que les gouverneurs, baillis voire seigneurs influents du lieu. Des corps constitués peuvent aussi  tenir ce rôle, comme le parlement de Rouen.

Armes de Jean du MESNIL-SIMON, abbé de Beaulieu, ex-praemio du collège des Jésuites de Bourges de 1656, Une roulette est attribuée par Esmerian à « un imitateur de Le Gascon »
La plupart des reliures richement décorées rencontrées datent du milieu du XVIIe siècle.

Ces livres de prix n’ont donc jamais figuré dans la bibliothèque du donateur, sous cette livrée en tous cas. Les livres sont très variés, parfois anciennes éditions parues 80 ans plus tôt, parfois éditions récentes. Cependant les ouvrages religieux et les classiques latins dominent et les grands formats également, ce qui va de pair, s’agissant d’un livre de récompense scolaire. La fragilité de la peau utilisée et le format important expliquent aussi la rareté des exemplaires parfaitement conservés, d’autant que leur premier possesseur n’était pas obligatoirement bibliophile.

Armes et monogramme  de Michel PONCET de la RIVIERE,
Archevêque de Bourges ex-praemio du collège des jésuites de Bourges de 1676. 
L’esprit de ces reliures clinquantes  (d’aspect luxueux mais de réalisation économique, rarement ou jamais en maroquin,  à l’ornementation dorée exubérante mais pas toujours soignée) sera repris dans les livres de prix en percaline du XIXe siècle. Au  XVIIIe siècle pourtant  les reliures se firent  plus sobres, seulement frappées des armes du donateur.

Il faut soupçonner une reliure d'agonothète  privée de son ex-praemio quand la page de garde manque.

Voici en illustrations  quelques exemples tirés de ma bibliothèque avec ex-praemio berrichons et d’autres découverts en ligne sur le site de  la bibliothèque médiathèque de Nancy (http://bmn-renaissance.nancy.fr)

Armes de François de ROHAN prince de SOUBISE,
gouverneur de Berry, ex-praemio du collège des jésuites de Bourges 1682.
Restent des questions pratiques. Les établissements d’enseignement passaient-ils commande auprès de leur libraire habituel qui fournissait à sa convenance livre et reliure ou le livre pouvait-il être fourni  et choisi par le donateur ?

Quels ateliers réalisaient ces reliures ? Je n’ai pas trouvé d’étude ayant abordé la question. Par exemple, confiait-on la réalisation aux ateliers locaux ou à des ateliers de grands centres urbains (Paris, Lyon, Rouen…) spécialisés dans ces travaux ? La comparaison de mes exemplaires  offerts à Bourges au XVIIe ne met pas en évidence de fers communs aux différentes reliures. L’étude sur un large corpus de livre pourrait-elle être plus concluante?

Lauverjat

lundi 8 juin 2015

Enquête bibliographico-pégimanique sur les traces du relieur Fock

Amis Bibliophiles bonjour,

Ce petit billet tente de répondre à deux questions laissées en suspens depuis trop longtemps.

Le 29 juillet 2010, dans ces colonnes, Hugues lisait les Caprices d'un Bibliophile, d'Octave Uzanne. Son exemplaire de l’édition originale de 1878, se présentait sous la forme d’un volume in-12 en demi-maroquin à coins vert bouteille, reliure signée "Fock Fils". Hugues précisait ne jamais avoir rencontré auparavant cette signature.


De mon côté, je possède d’Henri d’Orléans duc d’Aumale, l’Histoire des Princes de Condé pendant les XVIe et XVIIe siècles, édité à Paris chez Michel Levy frères. La publication des sept volumes et de la table s’étira sur les années 1863-1864, 1869, 1886 et 1896. Les volumes en demi-maroquin rouge, dos à nerfs ornés de caissons dorés d’arabesques dans le style du XVIIe siècle, semblent avoir été réalisées au fil des parutions. Ils présentent donc des nuances de décor et de peau. La signature dorée en bas du dos des deux premiers volumes est difficile à déchiffrer. Pour y être revenu récemment, je l’identifie :« Fock ». Notons pour la suite que les volumes de cette série portent le cachet des cadeaux du duc d’Aumale : « de la part de l’auteur ».

 


Nous retrouvons un Frédéric Fock, (Nicolas Frédéric à l’état civil), relieur à Paris, 28, rue Mazarine dès 1847. Il est parfois qualifié de relieur-doreur. En 1862 il indique dans le Bottin « reliure en tout genre de luxe spécialement pour les livres de piété ». Le succès de Gruel faisait des émules. La signature « Fock » peu fréquente, en lettres dorées en queue du dos, se rencontre tout au long des décennies 1860-1870. J’ai trouvé trace d’une unique occurrence de la signature « R. P. Fock rel. ». L’essentiel de sa production identifiable consiste en demi-reliures peu ornées. Nous trouvons une seule reliure signée de lui, en « maroquin tête-de-nègre janséniste » dans la collection Esmérian provenant de celle de Beraldi.

Frédéric Fock est marié avec Marie Rosine Albertine Knecht « relieuse ». Frédéric est né en 1812 à Meldorf en Schleswig-Holstein, aussi faut-il l’ajouter à cette longue liste d’ouvriers relieurs allemands arrivés en France sous la Restauration, parmi lesquels se comptent Muller, Ihrig, Koelher ou Trautz. Frédéric Fock est mis en faillite pour insuffisance d’actifs le 26 août 1880. Il meurt à Paris le 4 janvier 1884.

Frédérick Fock et Marie Rosine Albertine Knecht ont deux fils qui pratiquent le métier de relieur, Albert (Frédéric Albert à l’état civil) et Émile (Frédéric Émile à l’état civil).
Émile Fock est né à Paris le 16 avril 1845. Il est relieur et habite au 15, rue de la Bûcherie dès1871.

Albert Fock est né à Paris le 28 juillet 1848. Albert est un des deux membres, avec C. Chapalain, de la délégation de la corporation des ouvriers relieurs envoyés à Vienne à l’occasion de l’exposition universelle de 1873. Il semble que sa connaissance de la langue allemande était un atout pour cette mission. Il habite rue Guénégaud au n° 27 dès 1871. En 1881 il est doreur et en 1884 il habite au 3, rue du Four.

Une de leurs sœurs, Berthe Antonia, née le 16 novembre 1854 à Paris, épouse le 17 août 1878, Henri Geens (né à Anvers) doreur, demeurant 15, rue du Four, (ancien n°17) c’est-à-dire chez Trautz qui selon Fléty n’avait pas de doreur! Voilà peut-être le doreur inconnu, qui
avec Motte, couvreur, livra les clients endeuillés de Trautz.

Une autre sœur, Caroline Emma, née à Paris le 3 avril 1847, épouse le 23 juin 1866, Henri Guillaume Jacques Urspruch, relieur à Paris 7, rue Guénégaud. Il est né à Korbach, principauté de Waldeck aujourd’hui en Hesse. Fléty signale ce relieur, orthographié par mauvaise lecture ou mauvaise transcription, Henri Urspuech, au 13 puis 7, rue Guénégaud. (Signalons que Kleinhans exerçait 33, rue Guénégaud et que Thibaron s’installe au 15 de la même rue en 1874).

Dès 1889, Emile Fock est employé par l’atelier de reliure du château de Chantilly créé par Gustave Macon sous la direction d’Aumale. Avec Goblet doreur, tous deux s’attachent surtout à entretenir les registres et établir les archives du château mais pas seulement. En effet des ouvrages de la bibliothèque de Berthe de Clinchamps, dame de compagnie du duc d’Aumale, sortent de cet atelier (Condé, Monographie du château de Montataire, 1883, reliure de 1895, Vente Hippodrome de Chantilly, 24 mai 2015, n°54). Emile Fock meurt à Chantilly en son domicile aux Grandes Ecuries le 21 mars 1902.



Quant à la signature « Fock fils » elle reste exceptionnelle. Je n’ai trouvé qu’un autre ouvrage ainsi signé en dehors de celui d’Hugues. Il faut croire qu’un fils aurait tenté de prendre la succession du père Frédéric Fock. Albert s’est-il installé à son compte ou Émile a t’il fermé son atelier pour venir travailler à Chantilly ?

Parmi les spécialistes de la reliure, seul Uzanne nomme, en passant, Fock, relieur de demi-reliures, dans son ouvrage la reliure moderne, en 1887. Beraldi, Fléty et Devauchelle n’en parlent pas. J’identifierais volontiers, à la faveur des dates, le Fock d’Uzanne avec le Fock fils du livre d’Hugues.

Il est assez curieux de constater qu’aussi bien le livre d’Hugues que le mien ont quelque chose à nous apprendre de l’histoire et de l’étude de cette famille de relieurs peu connue.


Lauverjat

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