« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

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vendredi 11 mai 2007

Votre blog a été piraté!!!!

Ce message émane du Front de Libération des Femmes de Bibliophiles... Mon mari étant absent, je pirate son blog pour vous livrer mon avis sur la bibliophilie... Un avis de femme de bibliophile, ça compte aussi, non?

Et c'est de bonne guerre, puisqu'il pirate la majeure partie de la place dans nos bibliothèques, notre salon, notre bureau, notre table à manger, notre couloir pour entreposer ses livres.

Que dis-je ? Pour exposer Ses trésors.

Tel un chasseur ramenant ses trophées, un pêcheur vantant ses prises, un bibliophile expose ses merveilles. Ahhhh telle reliure ayant appartenu à Napoléon se retrouve ainsi entre la souris et le clavier, tel exemplaire peuplé de monstres siège à nos côtés lors d'un dîner ou encore un petit recueil de poésies fait irruption quelques temps sur ma table de chevet ...

Cernée, je le suis, insensible, hélas, et pardonnez moi tous et toutes pour mon ingratitude, je le reste. Heureusement qu'il en est un à la maison qui compense bien cet outrage !

Ainsi je regarde souvent avec amusement le ballet incessant de sa cour ....
Il y a bien quelques privilégiés, nobles reliures qui depuis des années siègent au firmament de nos bibliothèques sans en être inquiétées (les "Cook", les "causes célèbres" ou oeuvres de "Buffon", j'en oublie sûrement, je ne les connais pas toutes) , mais il y a les autres .... dont la place et le rang évoluent, à un rythme et pour des raisons qui pour moi restent obscures.

Ce savant arbitrage du maître de maison qui sans relâche regarde, soupèse, photographie, renifle, range, re-range, au gré de ses humeurs ou de ses arrivages reste, après des années d'observation, une pratique nimbée de mystère.

Plusieurs fois mon mari m'a confié, lors d'un voyage ou de vacances prolongées, qu'il s'ennuyait de ses livres anciens, qu'il lui tardait de les retrouver... Pour quelles raisons ? Je ne le sais pas bien : je ne le vois jamais les lire ! Et savez-vous le comble ? Mon mari passe sa vie à me dire "pfffff je n'ai plus rien à lire" ! C'est à ne plus rien comprendre !

Car oui, une caractéristique me vient à l'esprit : le bibliophile collectionne, le bibliophile ne lit pas, ou peu, ou en tout cas pas chacun de ces livres qu'il chérit. (ce qui, soit dit en passant pose d'autres problèmes de rangement car il nourrît aussi un appétit pour les livres plus contemporains. A raison d'un livre voire deux par jour en vacances, je vous laisse faire le calcul de ce qu'il nous faut entreposer chaque année sur nos minces rayonnages !).

Mais c'est vrai, il est des passions bien moins nobles et c'est toujours avec plaisir que je lis à mes filles quelques mots de vieux françois dont nous ne nous lassons pas de rire et qui nous font fofoter en coeur. "Charles qui fentoit qu'il avoit dans fon fang la femence des qualités qui font le héros ....".

Enfin et pour finir, je vais vous faire une confidence : j'ai moi aussi une passion, plus encombrante (encore que ...), plus bruyante (ça c'est sur), non moins prenante (c'est certain aussi). Elle est dotée de 2 yeux, 2 oreilles, 4 pattes et un caractère changeant. Un tout petit cheval anglo-arabe de 6 ans rangé tout simplement dans un box .... Mon mari, beau joueur, m'a attribué un joli bout de placard en guise de sellerie. Et s'il m'offrait bientôt le Manège royal de Pluvinel ? Zuttt voilà que je m'y mets moi aussi !


Anne-Catherine.
Ouvrage présenté : pas de photos, je les ai mangées! Vengeance! :)

jeudi 10 mai 2007

Bibliographie PDF gratuite pour les lecteurs du blog / Merci Bertrand!

Nous parlions récemment de bibliographie et j'évoquais les catalogues des libraires, qui peuvent également constituer des sources bibliographiques très utiles.

Bertrand Hugonnard-Roche, de la Librairie L'amour qui bouquine à Alice-Sainte-Reine m'a contacté, et a pris la décision très généreuse de mettre en ligne gratuitement l'intégralité des catalogues de la librairie Morgand et Fatout de 1876 à 1904, soit plus de 70.000 notices à prix marqués de livres tous plus rares et luxueux les uns que les autres.

Au total, plus de 10.000 pages scannées avec reconnaissance de caractères par Bertrand, ce qui a nécessité plus de 6 mois de scanning intensif... et plusieurs dizaines d'heures d'OCR (reconnaissance de caractère par logiciel performant).

J'ai testé ce formidable outil il y a quelques heures, et je peux vous assurer que c'est vraiment très très utile et surtout très simple d'emploi. De plus, via le système d'OCR, vous pouvez rechercher n'importe quel mot dans les 70 000 notices, y compris sur les notes en très petits caractères, comme vous pourrez le constater...

Bertrand offre cette bibliographie en version PDF en téléchargement sur son site :
http://www.librairie-amour-qui-bouquine.com. Je répète ce lien à la fin du message.

Attention le fichier pèse 430 Mo, et l'ADSL est plus que conseillé pour effectuer le téléchargement en un temps raisonnable (il m'a pris 20 minutes).

Dernière chose, n'hésitez pas à étaler vos téléchargements, voire à les déclencher avant d'aller vous coucher au cours des prochains jours, afin de ne pas faire "sauter" le serveur de Bertrand.

Merci encore à Bertrand pour cette initiative, c'est vraiment un geste de passionné! Vous pouvez le remercier via le blog en ajoutant un commentaire, ou sur son site, via son email. Comme dirait quelqu'un que connaît Bertrand... C'est un vrai travail de ouf ce qu'il a réussi à réaliser là!

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Pas d'image... mais l'adresse du site de Bertrand :
http://www.librairie-amour-qui-bouquine.com/

mercredi 9 mai 2007

Nouveau Sondage

Voici un nouveau sondage destiné à mieux vous connaître. Je compilerai les résultats de tous ces sondages hebdomadaires dans une étude que je mettrai sur le blog.
Vous pouvez cocher plusieurs réponses.
Merci pour votre participation!
Ci-dessous, le message du jour : les reliures à la Fanfare.
H

La reliure à la Fanfare

Amis bibliophiles bonjour,

Les reliures dites à la Fanfare sont apparues au début des années 1570, probablement avec l'accession au trône de France du Roi Henri III (1551 - 1589) qui fût un grand bibliophile.


Pour le roi et sa cour, les plus grands relieurs de l'époque se mirent à exécuter des reliures avec un nouveau type de décor, le décor "à la fanfare". Les dorures des reliures à la fanfare recouvrent complètement les plats, elles sont formées de compartiments délimités, chacun par des filets parallèle, l'intérieur de ces surfaces étant garni de de branches de feuillages, de volutes ou de palmettes. Au centre du plat se trouve un ovale ou un médaillon, qui est soit laissé vide, soit aux armes, des rubans rayonnent depuis ce centre et délimitent les dorures évoquées ci-dessus.

Ces décors peuvent être très denses et les reliures à la fanfare ont la particularité de ne jamais être signées (ce qui est de toute façon rarissime pour des ouvrages du 16ème ou du 17ème)... en fait, chaque atelier disposait de ses propres fers et c'est ainsi qu'on les identifie.

A ne pas confondre avec les reliures à semis, ou à éventail.

C'est un procédé qui était réservé aux reliures de luxe et a perduré jusqu'à la fin du 18ème. Pour autant, le terme "fanfare" n'est apparu qu'au 19ème. Il illustre le succès remporté par une reliure exécutée par Thouvenin pour Nodier, écrivain et bibliophile, et qui pastichait ces compositions du la fin du 16ème siècle?

Ce sont aujourd'hui des reliures particulièrement recherchées, et il est vrai qu'elles sont très belles.

H

Ouvrages présentés : quelques exemples de ces reliures.

mardi 8 mai 2007

Oexmelin et la Flibuste : le chef d'oeuvre du genre

Enorme succès d'édition dans toute l'Europe à sa parution, "l'Histoire des avanturiers flibustiers" d'Alexandre-Olivier Oexmelin est l'ouvrage de référence sur la flibuste et plus généralement la présence occidentale aux Antilles au 17ème siècle.


Oexmelin, originaire de Honfleur (et non hollandais comme on le crût longtemps)et étudiant en médecine, fût contraint de quitter la France face à l'interdiction faite aux huguenots de pratiquer la médecine. Après une étape aux Pays-Bas, il finît par s'embarquer pour les Antilles comme engagé volontaire. Ce type de contrat permettait à un européen de voyager "gratuitement" à la condition d'être vendu comme esclave pour une durée de trois ans.

Arrivé sur l'île de la Tortue en 1666, il vécut une première année extrêmement difficile avant d'être accueilli par un "chirurgien" local (dont certains pensent que c'est auprès de lui qu'il apprît réellement le métier) et de prendre finalement la mer avec les flibustiers comme chirurgien de bord.



A ce titre, il participa à toutes les grandes expéditions menées par les Frères de la Côte et croisa la route des plus fameux d'entre-eux, de l'Olonnais à Morgan. Ce fabuleux récit nous plonge dans la vie quotidienne des pirates et autres flibustiers, au fil de descriptions réalistes des exactions et autres cruautés commises par ses pairs (il participa ainsi au sac de Maracaibo). Le récit se teinte également parfois d'un naturalisme qui en fait également l'un des grands classiques sur les Antilles.

Vers 1678 il revînt en Europe et acheva ses études de médecine dans les Flandres. Ses mémoires parurent alors et de nombreuses éditions suivirent. En général, on considère que la 1ère édition parût à Amsterdam en 1678, et que la première édition française fût éditée en 1686.




Au 18ème sicèle, cette édition (1686) en deux tomes se verra avantageusement complétée par l'Histoire des Pirates Anglois (dont les deux femmes pirates Anne Boney et Mary Read) qui est une traduction de l'anglais (auteur Capitaine Charles Johnson, qui n'est autre que Daniel De Foe), et par Le Journal du voyage fait à la Mer du Sud de Ravenau de Lussan.

Par la suite Oexemelin servît jusqu'en 1697 sur le Sceptre, comme chirurgien. Il mourût en 1707.

Ouvrage de référence, passionnante épopée, témoignage de première main... l'oeuvre d'Oexmelin est un classique dont je ne peux que vous recommander la lecture.

En passant, l'ouvrage fût également célèbre parce qu'il fût a l'origine de la première condamnation d'un éditeur pour diffamation... En effet, Morgan, flibustier embourgeoisé et peu respectueux de ses pairs, fût présenté peu avantageusement par Oexmelin (avec lequel je suis d'accord, Morgan ayant peu en commun avec les idéaux et valeurs de la flibuste...) et attaqua l'éditeur anglais en justice. Morgan l'opportuniste était alors gouverneur de la Jamaïque et remporta ce procès.

C'est l'un de mes ouvrages favoris, sans conteste, et je suis acheteur s'il en est parmi vous qui ont un exemplaire à vendre.

H
Ouvrage présenté : une édition de 1744, 4 volumes, et de nombreuses gravures dépliantes.

lundi 7 mai 2007

La Bibliographie

Le terme Bibliographie regroupe tout ce qui concerne la recherche sur les livres... plus communément, il est utilisé pour désigner les ouvrages de référence sur les livres.


En général, les bibliographies sont spécialisées, mais on en trouve également de plus générales. Pour ma part, j'utilise le Brunet (Manuel du libraire et de l'amateur de livres) pour les recherches d'ordre général et quatre bibliographies pour mes deux domaines de prédilection :

D'une part, le Chadenat (Bibliothèque de feu M. Ch. Chadenat, ancien libraire, qui présente près de 7200 notices) et le Polak (Bibliographie Maritime française depuis les temps les plus reculés jusqu'à 1914) pour les ouvrages concernant les voyages.

D'autre part, le Dorbon (Bibliotheca Esoterica) et le Caillet (Manuel bibliographique des sciences psychiques ou occultes, sciences des mages, hermétique, astrologie, kabbale, franc-maçonnerie, médecine ancienne, mesmérisme, sorcellerie, singularités, aberrations de tout ordre, curiosités) pour les ouvrages plus ésotériques.

Avec le temps, internet a quelque peu remplacé ces sources, et je m'appuie souvent sur addall pour vérifier la collation d'un ouvrage, voire sur des catalogues de libraires réputés tels que Lebail-Weissert pour les ouvrages de voyage.

Vous le savez, j'évite totalement les incomplets, et ces sources sont très importantes pour vérifier soit la qualité d'une édition, l'illustration ou la pagination.

En réalité, je rêve de versions informatisées de toutes ces bibliographies, quelques une existent d'ailleurs sur CD-Rom ou DVD, mais à quand un support proposant les principales bibliographies?

Sujet proche... l'héraldique... pour lequel je confesse une nullité crasse. Il m'arrive parfois d'utiliser l'Armorial du Bibliophile (que vous pouvez retrouver facilement sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k77491b ou http://gallica.bnf.fr/ en utilisant le moteur de recherche), mais seules les grandes familles sont présentées, et j'ai ainsi un assez grand nombre de reliures aux armes non identifiées... Je me demande si je ne vais pas les vendre en une seule fois sur ebay à force!

Essayez-vous vous aussi d'identifier les armes qui figurent sur vos livres? Comment faites-vous?


H
Ouvrage présenté : les Voyages de Gulliver, 1762, 2 volumes in-12, 4 gravures dont deux en frontispice.

On n'arrête pas le progrès

Nouvelle petite amélioration technique apportée au blog : grâce au logiciel Picasa, j'ai créé une rubrique "Album du Blog" sur la droite de l'écran. En cliquant, vous avez accès à toutes les images que j'ai insérées dans le blog jusqu'à présent et ce, sur une seule page.



H

dimanche 6 mai 2007

Rubriques

Je viens d'ajouter une nouvelle fonctionnalité au blog : le menu Rubriques, sur la droite. En cliquant sur un thème, vous retrouvez immédiatement tous les messages autour du thème en question.
Si vous avez des suggestions pour changer les intitulés des rubriques, n'hésitez pas.
Merci
H

Un Filou à l'Honneur.... ou les tribulations de l'académicien Chasles

Amis Bibliophiles bonjour,

Dimanche dernier je vous parlais de Fortsas, et de sa vente imaginaire... Ca se confirme, le dimanche est le jour des filous. En voici un autre...




Du livre ancien au manuscrit, il n'y a que quelques pas... Et du manuscrit tel que le conçoivent les bibliophiles (relié, etc.) à l'autographe, le chemin est encore plus court.

A l'heure des filouteries et autres canulars (Fortsas, Libri), je ne peux résister à conter les exploits assez comiques de Vrain-Lucas. Son histoire a défrayé la chronique vers 1860-1870.

Vrain-Lucas était un faussaire particulièrement doué, facétieux et sûr de lui, ce qui finît naturellement par le perdre. Il écrivît en effet plus de 27000 (oui, vous avez bien lu), 27000 lettres de personnages célèbres dont Pascal, mais aussi... de Charlemagne, Pythagore, Alexandre Le Grand, Cicéron, Jules César et Cléopâtre... écrites en vieux français!!!


L'escroquerie qui le rendît célèbre se fît aux dépens du célèbre mathématicien Chasles auquel Vrain-Lucas, à partir de 1861, vendît une grande quantité de lettres. Stimulé par la naïveté de l'acheteur, il lui vendît les lettres d'Alexandre le Grand à Aristote (!), la correspondance amoureuse de Jules César à Cléopâtre (!), celle entre Lazare et Saint-Pierre, excusez du peu... à ceci vinrent s'ajouter les pensées des plus grands personnages de l'histoire tels que Ponce Pilate, Jeanne d'Arc, Marie-Madeleine, Pascal, etc.

Le tout, est c'est là que cela commence à être savoureux, en ancien français (Jules César, visionnaire, le maîtrisait visiblement aussi bien que Saint-Pierre ou Cléopâtre et Judas...), et sur un ancien papier...

Chasles le polytechnicien "gobait" le tout avec le féroce appétit que peuvent avoir les collectionneurs quand la névrose pointe le bout de son nez. Cela dura 8 ans, soit environ si vous faites le calcul... 8 lettres par jour.

Si on s'interroge sur la quantité de travail que cela a dû supposer, on ne peut que rester abasourdi par la naïveté du grand homme, qui y laissa 150 000 francs or, une somme considérable pour l'époque.


Et cela aurait pu durer de nombreuses années encore si Vrain-Lucas n'avait proposé à Chasles deux lettres adressées par Pascal à Robert Boyle, et dans lesquelles il apparaissait que Pascal connaissait la loi de la gravitation avant que Newton ne la formule. Chasles offrît ces deux lettres à l'Académie des Sciences et l'Europe de la science se passionna pour cette découverte... mais le soufflé retombât rapidement et la falsification fût découverte.


Rapidement confondu, Vrain-Lucas fût condamné à 2 ans de prison et 500 francs d'amende, mais Chasles fût contraint de venir témoigner, ce qui le ridiculisa auprès de la communauté scientifique.

Au delà des questions que je me pose toujours face à un envoi, une lettre ou un autographe, cela pose la question de l'humilité dont devrait toujours se draper bibliophiles et aux autres passionnés.

Ainsi, histoire véridique, j'ai un jour entendu deux personnes discuter à Drouot au sujet d'un livre. L'une des deux déplorait le fait que le livre qu'avait acheté la seconde ne porte pas d'envoi (texte ou signature autographe de l'auteur)... son interlocuteur lui a répondu avec un sourire entendu "pas encore...". Je pense que c'était de l'humour mais cela m'a laissé rêveur.



En bibliophilie comme en tout... méfions-nous des imitations, surtout si on nous propose un rare traité de cuisine néhanderthalien rédigé en vieux français!


Sacré Chasles!
H
Ouvrage présenté : Histoire du Gouvernement de Venise, 3 volumes in-12, veau glacé, 1705, de très nombreuses planches

samedi 5 mai 2007

Raynal et l'"Histoire des deux Indes"

L'Histoire philosophique et politique des Établissemens et du Commerce des Européens dans les Deux Indes (Orientales et Occidentales) est l'un des livres phares de l'anticolonialisme. Ce fût notamment l'un des ouvrages de référence de Toussaint Louverture, le leader de la révolution de Saint-Domingue/Haïti à partir de 1791.


Parue une première fois à Amsterdam en 1770, mais sans nom d'auteur, "L'Histoire des deux Indes" ne fût définitivement attribuée à Raynal qu'en 1775, lorsqu'il en admît implicitement la paternité en faisant ajouter son portrait en frontispice.

Après cette première parution à Amsterdam, l'ouvrage fût interdit en 1772, publiée à nouveau en 1774 mise immédiatement à l'index en par le clergé. L'édition de 1780, la plus virulente, est brûlée en place publique par le bourreau... ce qui assurera immédiatement son succès et sera à l'origine de la vingtaine d'éditions et de la cinquantaine de contrefaçons qui suivirent. Ces retirages sont également source d'une recherche importante afin de mesurer les évolutions du texte d'édition en édition.

Si le contenu de l'ouvrage est aujourd'hui reconnu comme capital et d'une grande qualité (malgré des disparités importantes), ce n'est forcément le cas de Raynal lui-même.



En effet, après de longues études chez les jésuites, et la prêtrise, plus par désir de promotion sociale que par véritable vocation, Raynal est nommé à l'église Saint-Sulpice de Paris où il est rapidement connu pour ses agissements souvent déontologiques : simonie, inhumation de protestants qu'il fît passer pour catholique contre paiement, facturation de messes, etc. Il quitte alors Saint-Sulpice et entame une carrière dans les salons de l'époque où il croise la plupart des Lumières, étant tour à tour éditeur, imprimeur, etc... et finalement directeur du Mercure de France en 1750.

La parution de 1780 de L'Histoire des Deux Indes le condamne à l'exil. Il ne reviendra qu'après la Révolution, échappant d'assez peu à la guillotine.

Au delà des messes monnayées, l'autre reproche souvent fait à Raynal est de ne pas avoir toujours facilement reconnu que son oeuvre majeure, l'Histoire des Deux Indes était en quelque sorte le copier/coller de textes de lui, certes, mais aussi de Diderot (les meilleures pages), d'Holbach ou Naigeon.



Reste que l'ouvrage est une oeuvre majeure et se doit de faire partie de toute bonne bibliothèque sur les voyages. C'est l'une des premières fois en effet que sera dénoncée, parfois violemment, l'esclavage et l'exploitation des colonies.

Les éditions sont nombreuses et souvent de bonne qualité, elles peuvent comprendre un Atlas. L'édition de 1780, parce que "finale", est le plus souvent considérée comme la meilleure.




C'est un ouvrage que j'affectionne particulièrement... et que Philippe connaît sans doute mieux que moi.

Quelques nouvelles du blog : des connectés exotiques aujourd'hui, originaires d'Hawaï, Hyderhabad, Québec! Une nouvelle maquette, que j'espère plus lisible. Un deuxième petit sondage.

H
Ouvrage présenté : une édition de 1775, en format in-4, de cet ouvrage.

Le Magazine du Bibliophile, Mai 2007

Le nouveau numéro du Magazine du Bibliophile est arrivé ce matin dans ma boîte aux lettres.
Au sommaire on trouve principalement, un long article sur l'édition de colportage au 19ème, une biographie d'Auguste Comte, quelques pages sur Annie Boige, relieuse d'art, etc. Comme d'habitude le magazine accorde trop de place aux livres anciens à mon goût, mais reste d'une lecture agréable.
H

vendredi 4 mai 2007

Que pensez-vous d'ebay?

Ebay... vaste sujet.


Nombreux sont ceux parmi vous qui utilisent la première plate forme commerciale mondiale, que ce soit d'ailleurs pour acheter ou vendre des livres, et ce que vous soyez un professionnel ou un particulier. Lors du salon qui s'est tenu au Grand Palais la semaine passée, j'ai assisté à une conférence sur l'avenir du métier de libraire... Internet était au coeur du débat, et ebay dans l'oeil du cyclone. On pourrait parler d'ebay et de ses rapports avec le monde du livre ancien pendant des heures, je vais essayer de faire court... ça ne sera forcément pas exhaustif...

On ne peut lutter contre le progrès, ou l'évolution technologique si vous préférez, en particulier sur un marché... il est donc illusoire d'imaginer qu'un monde du livre ancien sans internet et sans ebay revoit le jour. Internet et ebay sont devenus des acteurs majeurs. C'est un fait. La question est plutôt de savoir comment cette évolution va influencer le marché, et quelle place va y tenir ebay.


Un libraire de substitution?

Je suis membre d'ebay depuis des années, et avant cela j'étais membre d'ibazar. J'ai acheté de nombreux livres sur ebay, sans jamais cesser d'en acheter chez les libraires ou sur les marchés. Il me semble que les vrais passionnés, et si vous me lisez, c'est que vous l'êtes, que les vrais passionnés ne se limitent jamais à une seule façon d'acquérir de nouveaux ouvrages : ils achètent chez les marchands, sur les salons, sur les brocantes avec un peu de chance, sur internet, sur ebay, etc.

Finalement, on devrait déjà pouvoir écarter le fait qu'ebay remplace les autres modes de distribution, tout au plus le site prend une part de marché, ce qui redistribue les cartes... mais c'est la logique de tout marché.

Un nivellement des prix par le bas?

C'est l'une des questions qui ont également été soulevées lors de la conférence. Je pense que c'est assez juste dans le fond, ebay a tendance à abaisser le prix d'un livre. Ainsi, un livre que vous pourrez trouver pour 100 euros chez un marchand, voire 120 sur un salon (comme le soulignait Thibault dans un message récent), peut souvent être déniché chez un libraire étranger contacté via internet pour 80 euros... et arraché sur ebay pour 60 euros. Il y a donc bien une perte de la valeur moyenne du livre et de la valeur globale du marché.

Néanmoins il faut s'interroger à un double niveau : cela touche-t-il tous les livres? J'ai tendance à penser que non, que seuls les livres de gamme moyenne à faible sont touchés, puisque les autres n'apparaissent même pas sur ebay (a contrario, un dépareillé 18ème qui ne serait même pas mis en vente chez un libraire crée de la valeur en se vendant 50 euros sur ebay). Et deux, cela ne correspond il pas à une régulation normale des prix comme on en connaît sur d'autres marchés? Je sais que nombreux sont ceux qui trouvent d'ailleurs cela assez sain par rapport à des abus qui furent auparavant pratiqués en matière de prix.

Le paracommercialisme?

Certains libraires se plaignent du fait que des particuliers réalisent des centaines de ventes par an sans être soumis aux obligations légales et fiscales des professionnels. C'est une exigence absolument légitime, néanmoins on peut s'interroger sur le fait que le paracommercialisme soit véritablement l'explication de la chute de chiffre d'affaire des libraires, dans la mesure où les libraires conviennent dans l'enquête du SLAM qu'ils ne réalisent que 10% de leur chiffre d'affaire sur internet (et que c'est le catalogue qui reste leur premier outil de vente)... Et ce d'autant plus qu'une nouvelle génération de marchands est apparue avec ebay, à savoir des marchands qui y réalisent quasiment la totalité de leur chiffre d'affaire.


La vraie question du paracommercialisme n'est-elle pas d'ailleurs tout autre... à savoir que les libraires considèrent le site comme un sérieux concurrent en matière d'approvisionnement... Auparavant, les particuliers venaient leur proposer leurs livres, désormais il les mettent directement sur ebay... Mais je crois qu'à nouveau c'est anecdotique, ou alors qu'on parle de livres de qualité moyenne...


Conclusion (partielle, j'en conviens, le débat est sans fin)?

Ebay est un élément de la révolution internet, je pense qu'il fait simplement considérer que c'est simplement un nouvel élément à prendre en question sur le marché. Le site régule sans doute les prix à la baisse, mais nous savons tous qu'il s'agît principalement de livres de qualité moyenne, voire de dépareillés, qui n'avaient pas même de marché avant. Il est logique que les particuliers qui réalisent des centaines de ventes par an soient soumis à des contraintes, mais existent-ils vraiment sur ebay pour les livres anciens?

Ebay n'est d'ailleurs pas exempt de tout reproche, j'aime beaucoup ce site, mais je trouve qu'un effort pourrait être fait dans le domaine qui nous concerne, avec un nombre de photos minimum, voire une charte un peu plus précise, obligeant le vendeur à préciser clairement l'état, le format, les défauts éventuels, etc.


Enfin, vous le savez si vous me le lisez régulièrement, tout en aimant beaucoup ebay et internet en général, je suis un fervent défenseur des libraires. Ils sont la clef de voûte de l'univers du Livre Ancien, ce sont eux qui détiennent la connaissance du livre (que nous partageons avec eux), l'expérience et permettent aux livres de circuler... alors qu'ebay n'est au fond qu'une plate forme de mise en relation commerciale sans valeur ajoutée... Il est ainsi très rare d'entamer une discussion via ebay avec un vendeur, comme on pourrait le faire avec un libraire.

Je me suis permis d'intervenir dans la conférence au Salon, sur un point précis : les libraires présents évoquaient ebay avec amertume (pour certains en tout cas, puisque d'autres utilisent le site, même si c'est parfois en avançant masqués), tout en déplorant la raréfaction des clients et le fait qu'il y a de moins en moins de jeunes clients bibliophiles.... Je me suis permis de leur faire remarquer qu'ebay (parce que site internet, et offrant des prix réduits sur des livres de début de gamme) attirait sans doute de jeunes bibliophiles, qui deviendraient un jour de sérieux clients... Je crois que nous avons tous connu ça, on commence par acheter des livres à 10 euros, puis quelques années plus tard, on dépense 10, 20, 50 ou 100 fois plus. Avec cette progression, on devient aussi plus exigeant et on se tourne fatalement vers les libraires ou les grands salons un jour.


Mon ebay à moi? J'essaie de faire un petit tour chaque jour et j'ai programmé des recherches automatiques. Avec le temps, je suis devenu plus exigeant et j'avoue que j'effectue pas mal d'achats à l'étranger, notamment sur ebay.com où les livres sont souvent de meilleure qualité, notamment parce que les grands libraires anglos-saxons n'hésitent pas à mettre en vente des livres sur ce site. Après de gros achats, il m'arrive de mettre des livres en vente sur ebay pour financer ces nouvelles acquisitions... mais je doute qu'ebay permette un jour à un vrai collectionneur de s'enrichir! :) Enfin, avouons-le, c'est quand même très amusant de suivre une enchère, palpitant de la remporter et très agréable de recevoir des paquets par la Poste, comme si le Père Noêl passait tous les jours!

Et vous?
H.
Ouvrage présenté : Le théâtre d'honneur et de chevalerie, 1620, un volume in-4, qui a le grand avantage d'avoir été colorié à l'époque. Assez joli! Chaque planche est pleine page!

jeudi 3 mai 2007

Mille fois un livre.... Une fois mille livres?

Je ne sais pas pour vous, mais en plus de mes domaines de prédilection... qui sont malheureusement plus nombreux que je le voudrais, j'ai contracté avec le temps quelques petites manies.


Il est en effet des livres que j'ai énormément de mal à ne pas acquérir lorsqu'ils croisent ma route, et ce même si je les ai déjà. C'est le cas des Danses Macabres illustrées (ou inspirées d'Holbein), dont j'accumule les éditions, voire de quelques ouvrages d'ésotérisme. Je trouve toujours un prétexte pour les ajouter à ma bibliothèque : édition différente, même édition mais reliure différente, etc. Bref, il me les faut toutes!

On touche bien là à une forme de bibliomanie et j'aurais aimé savoir si d'autres parmi vous fonctionnent de la même façon, sans pour autant être des collectionneurs d'un seul ouvrage. Je sais ainsi qu'il est un bibliophile français qui possède 500 Danses Macabres, et qui n'acquiert que ce type d'ouvrages.



Ce n'est pas mon cas, mais j'aime parfois avoir quelques exemplaires différents.

Bon, j'avoue, j'avais prévu d'écrire un message sur les rapports entre ebay et le livre ancien, et j'ai renoncé devant l'ampleur de la tâche, mais ce n'est que partie remise. Reste que du coup, mon message du jour sera plus court. Mine de rien, ce n'est pas toujours évident de trouver un thème par jour... N'hésitez pas si vous avez des idées.



D'autres nouvelles en vrac?

J'ai assisté à une vente à Drouot aujourd'hui, trois petites acquisitions, mais il est vrai que la plupart des ouvrages ont fait des prix supérieurs de deux à dix fois les évaluations du catalogue... ce qui pourrait d'ailleurs constituer le sujet d'un message, cette nouvelle mode de sous-évaluation des prix.

En passant devant l'hôtel des ventes, j'ai noté qu'une sixième vente Bérès était programmée pour juin... il est temps de commencer à économiser chers amis lecteurs!

J'ai aussi passé pas mal de temps sur ebay, et je ne sais pas si c'est une impression, mais il me semble qu'il y a moins de livres de qualité en ce moment.


Enfin, j'ai bien pris note que certains d'entre vous trouvent que ce blog est techniquement trop difficile à utiliser. J'aimerais que ces personnes prennent la peine de m'envoyer un email pour m'expliquer leurs soucis (blog.bibliophile@gmail.com), afin que je puisse y remédier au plus vite. Comme je vous l'ai dit, je réfléchis à un autre portail, et je voudrais éviter de reproduire les mêmes erreurs.

Allez, demain, c'est promis, un superbe message!

Qu'est ce qui vous ferait plaisir, au fait? Allez soyez sympas, contactez-moi!


:)
H
Ouvrage présenté : Cartouche ou le vice puni, un volume in-8, 1726, 17 gravures.

mercredi 2 mai 2007

Le rangement, la classification, la bibliothèque

Où et comment rangez vous vos livres?

Un sujet en apparence simple, puisque nous connaissons tous les conditions nécessaires à la bonne conservation des livres... en réalité, c'est un petit peu plus complexe, en tout cas pour moi.


Où est-ce que je range mes livres? Euh, et bien j'ai quelques bibliothèques, mais si l'on me pose la question, l'honnêteté me conduira à répondre un "partout" embarrassé. De manière générale, je range bien évidemment mes livres dans des bibliothèques. Oui mais voilà, le métrage des rayons de bibliothèques a une fâcheuse tendance à évoluer beaucoup moins vite que le nombre de livres que je possède, à la fois parce que je partage mon domicile avec deux petites filles et leur maman et qu'elles ont également droit à la parole en ce qui concerne l'aménagement, et parce que cette faim dévorante qui sommeille en moi nécessite des acquisitions régulières...

Les livres débordent donc des bibliothèques, même si certaines d'entre elles accueillent deux rangées de livres, en profondeur. Des livres anciens, vous en trouverez donc également sur mon bureau, sur la table de nuit, sur les tables, bref un peu partout. Ce n'est pas ce dont je suis le plus fier.

Il est à noter que je ne peux exploiter totalement mes bibliothèques... En effet je dois souvent me contenter de la moitié supérieure, parce que les rayonnages les plus bas sont à portée des mains de la plus petite de mes filles, qui comme vous le savez, est bibliophage...

En termes de conditions de conservation, je ne les protège pas derrière des vitrines, ils ne sont pas trop exposés à la lumière et l'air n'est ni trop sec, ni trop humide, et circule convenablement. Ceux qui sont en transit entre un bureau et une bibliothèque sont en général posés sur les plats (et les piles atteignent parfois des sommets intéressants), tous les autres reposent sur la tranche. Je les nettoie une fois par an, en dehors de la poussière éventuelle que je nettoie régulièrement, et je cire certains d'entre eux occasionnellement, mais cela reste assez rare.

Deux petits "secrets" en passant...
Pour les soins importants, j'utilise la cire 213 de la BNF, que vous pouvez acheter par correspondance si vous n'êtes pas parisien. Pour les petits bobos, un libraire m'a conseillé une crême hydratante que l'on trouve en pharmacie, Yctiane, qui est très efficace.

Je suis surtout vigilant à trois questions en fait : la sécheresse, qui peut craqueler des reliures, l'humidité, néfaste pour le papier, et la luminosité. Ce qui est certain, c'est qu'il y des livres partout!

Finalement, ma marge de manoeuvre est limitée en ce qui l'espace où je peux ranger mes livres, reste le classement.

Vaste débat... j'ai tout essayé. Le problème est que dès qu'une nouvelle acquisition fait son apparition et cherche à se trouver une place dans les rayonnages, c'est une véritable réaction en chaîne et je dois tout bouger...

Pour y remédier, j'ai essayé de créer 5 espaces, par type de livre : un espace pour les livres de voyages, un pour la littérature, un pour l'histoire, un pour l'ésotérisme, et un pour le reste. Je parviens peu ou prou à maintenir un semblant d'ordre de cette façon.

Malheureusement, je n'ai pas le courage de rédiger une fiche pour chaque livre, ni de regrouper les références dans un fichier ou un système de classement particulier (avez-vous déjà utilisé l'outil gratuit fourni par abebooks pour classer une bibliothèque?). En revanche, lorsque j'achète un livre chez un libraire, je conserve bien entendu la fiche, et lorsque j'achète le livre dans une vente aux enchères cataloguée, je découpe ou je photocopie la description du lot.


Bref, en relisant ce message, je constate que j'ai beaucoup d'efforts à fai
re!

Je crois que je vais regarder tout ça ce soir, à moins que je ne m'interroge comme toute la France... reliure Royal ou édition originale du Petit Nicolas?

:)

H
Illustrations : quelques photos de l'objet du délit.

mardi 1 mai 2007

Premier Contact

Une nouvelle acquisition est toujours un grand moment pour les collectionneurs et je crois que les bibliophiles n'échappent pas à la règle.



Pour moi, le premier contact avec un livre est un moment capital, en général je sais presque immédiatement si je le désire..... ou pas. En réalité, une fois le livre en main, je peux y renoncer après avoir noté quelques défauts, mais il est rarissime que l'inverse se produise, à savoir que je me décide finalement pour un livre qui me tentait peu au départ...

Quoi qu'il en soit le premier contact avec un livre un petit moment sacré. En général, je procède toujours de la même façon :

Je le prends en main, j'inspecte la reliure, les coins, les coiffes, les mors. Après cela, je l'ouvre, et je commence évidemment par la page de titre, puis je vérifie s'il comporte des gravures. Une fois ce petit tour du futur propriétaire terminé, je vérifie d'autres détails, comme l'état du papier, les taches éventuelles, etc.

Mais je ne le respire pas, comme Raphael l'évoquait! Je vous avoue que je n'y avais jamais songé, ou alors juste parce que l'odeur était incommodante.

Après, selon que je connais l'ouvrage ou pas, j'interroge le marchand, je lis la description ou.... et c'est là que le vice s'immisce... je vérifie sur internet via mon téléphone portable que la collation est bien juste et que l'édition est estimée.... Je sais, je ne devrais pas, mais je ne peux m'en empêcher, même si ça reste rare.

Au final, je suis particulièrement attentif à trois choses, qui sont essentielles pour moi :

1. L'ouvrage doit être complet.
2. La reliure doit être solide et en bon état, ou au moins dans le meilleur état possible.
3. Je dois ressentir un petit quelque chose en plus...

Jamais, jamais, jamais je n'achète un ouvrage incomplet. En tout cas aujourd'hui. En effet, je me suis aperçu avec le temps qu'un ouvrage incomplet n'est pas une bonne acquisition, parce qu'une fois qu'il est dans ma bibliothèque, je n'ai finalement de cesse de le remplacer... par une édition complète

Voilà, ce sont mes règles... je fais parfois des exceptions, mais elles sont de nature "bibliomaniaque", et mon médecin traitant dit que c'est normal, tant que ça ne devient pas systématique!.... problème, il est bibliophile.



****

Quelques nouvelles du blog:

Je travaille actuellement à une nouvelle version qui permettrait de mettre des informations sur trois colonnes, et non plus deux comme c'est le cas actuellement, tout en conservant le "look" actuel.

Les connexions ont évolué très rapidement au cours des derniers jours, et nous sommes sur une tendance d'environ 1500-2000 pages vues par semaine, pour plusieurs centaines de visiteurs différents, également chaque semaine... et même parfois certains jours! C'est une sensation agréable, et très étrange, de savoir que vous êtes nombreux à me lire. Je vous remercie!

Evidemment, je n'ai pas imaginé ce blog dans ce but, mais savoir que je suis lu me motive pour écrire le message quotidien auquel je m'astreins. Mon objectif était de combler un espace, de répondre à mon propre besoin d'un site de ce type, sur les livres anciens et la bibliophilie, et de créer une communauté de gens passionnés.

Je réfléchis également au moyen de permettre plus d'interaction entre les différents membres de la communauté. Mais il me faut du temps, je commence à peine à comprendre ce que sont les codes html, etc. En tout cas, c'est certain, il faut que je trouve un moyen de vous faire participer plus.

Enfin, la répartition des lecteurs... La France représente environ 85% de la fréquentation, probablement pour des questions de language, mais vous êtes également nombreux à vous connecter depuis, dans l'ordre, les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, mais aussi le Canada, Monaco, la Chine, Singapour, le Luxembourg, le Danemark, l'Espagne, le Brésil... J'ai fait une tentative pour installer un outil de traduction en ligne, mais le vocabulaire de la bibliophilie est inconnu des dictionnaires et le résutat était malheureusement incompréhensible...



Enfin, ne nous emballons pas! Ca reste une initiative personnelle, et je compte sur votre compréhension pour mes erreurs, etc. Je fais de mon mieux, mais je ne suis pas un pro, ni du livre ancien, ni d'internet. :)


H
Ouvrage présenté : le Malleus Maleficarum, ou le Marteau des Sorcières, un sommet de l'occulte qui traite de sorcellerie, d'exorcisme et autres fantaisies. 2 volumes in-4, 1679. La dernière édition, je crois
.

lundi 30 avril 2007

Bibliopathe toi même!

Bibliophile, bibliomane, bibliolâtre, bibliopathe mais aussi les moins connus bibliotaphes, biblioclastes, bibliolètes.... sans parler des bibliophages... Les dénominations ne manquent pas pour qualifier les rapports entre les humains et les livres....

Les connaissez-vous toutes?


Voici un petit tour d'horizon... Si vous vous reconnaissez dans plus de trois de ces termes, il est temps de consulter! Sourire.

Bibliophile : le plus simple et le plus courant, c'est l'amoureux des livres. Le mot est forgé à partir des mots grecs biblion (livre) et philia (amour) vers la fin du Moyen Âge, c'est-à-dire dans la période d'épanouissement des études classiques. Richard de Bury, érudit anglais du XVIe siècle, appela Philobiblon son traité de bibliophilie. Le mot bibliophile n'entre véritablement dans l'usage qu'au XVIIe siècle.

Bibliomane : bibliophile à sa manière, c'est le chercheur passionné de toutes sortes de livres et sans logique établie (cf l'auteur de ce blog, quand il ne parvient plus à se maîtriser).

Bibliopathe : se dit d'une personne atteinte d'une maladie névrotique qui se caractérise par un excès de bibliomanie.

Bibliolâtre : un bibliophile qui achète des livres sans toujours avoir l'intention de les lire (je plaide encore coupable...)...

Bibliotaphe : curieuse manie, on désigne ainsi celui qui cache ses livres et ne veut ni les montrer, ni les prêter.

Bibliophobe : se dit des personnes et des peuples destructeurs de bibliothèques, non parce qu'ils n'aiment pas les livres, mais plutôt pour empêcher les idées contenues dans les livres de se propager.

Bibliolète : s'applique à celui qui a une riche bibliothèque et qui a oublié ce qu'il a lu, voire ce qu'il possède (synonyme : heureux homme).

Moins drôle....

Biblioclaste : se dit de quelqu'un qui prend plaisir à détruire les livres.

Bibliophage : Animaux dévoreurs de livres. On raconte que des personnes auraient dévoré des livres, espérant en acquérir ainsi toute la science. Voir aussi ma petite fille de 2 ans, que j'ai découverte un jour en train de mâchonner les fables de La Fontaine, une petite édition fin 18ème... que je ne parvins pas à sauver...

Biblioblogophile : se dit de quelqu'un aimant Le Blog du Bibliophile!

Alors, où vous situez-vous?

H
P.S. : j'essaie d'écrire dans ce blog ce que j'aimerais lire... je peux parfois être à côté du sujet, ou barbant.. Si c'est le cas, ou si vous avez des idées de messages, n'hésitez pas à me le faire savoir : blog.bibliophile@gmail.com

Ouvrage présenté : La Démonomanie des Sorciers, qu'on ne présente plus, un petit volume in-16, chez Prevosteau, 1598.

dimanche 29 avril 2007

La Vente FORTSAS, ou le canular bibliophilique du siècle!

A l'approche du 10 août 1840, alors que l'Europe toute entière souffre de la chaleur, c'est une véritable fièvre qui va s'emparer des bibliophiles de l'époque.


Dans les journaux, mais également grâce aux catalogues qu'une centaine d'amateurs choisis reçurent personnellement, tout le petit monde des amateurs de livres anciens et rares se passionne pour la proche vente d'une très riche mais peu nombreuse collection d'ouvrages, tous uniques, ayant appartenu à feu M. le Comte de Fortsas.

Ainsi, le libraire Hoyois, chargé de regrouper les commissions avant la vente reçoit il dès la mi-juillet un nombre croissant de sollicitations : demandes d'information, demande de catalogues supplémentaires (mais il est hélas épuisé répondra-t-il), commissions.

Rapidement, on constate que l'enthousiasme généré par la vente dépasse tous les espoirs, et des ordres parviennent de Belgique, mais aussi de Paris et Londres. Certains portent les mots magiques "à tout prix", et demandent à Hoyois d'enchérir en leur nom à n'importe quel prix, pourvu que les donneurs d'ordres se voient adjuger le lot. Pour d'autres lots, ce sont simplement des sommes astronomiques qui sont proposées par les acheteurs potentiels, parmi lesquels se trouvent érudits, aristocrates, et certains libraires, dont Techener à Paris.

Le propre conservateur de la bibliothèque Royale de Belgique a sollicité ses administrateurs afin de réunir les fonds nécessaires à ces acquisitions sans précédent.

Il faut dire que les livres du défunt Comte sont en tous points fabuleux, alliant unicité et reliures toutes plus sublimes les unes que les autres.

Petit à petit, la pression monte en Europe, on retrouve des articles sur la vente à venir dans de nombreux journaux du continent. On annonce que des acheteurs de Marseille, Paris, Londres, Copenhague, Berlin, Vienne, Lisbonne, Saint-Pétersbourg et même des Etats-Unis vont faire le déplacement pour venir enchérir.

La fébrilité s'empare de tous à mesure que la vente se profile et que l'on interroge quelques connaissances du Comte (qui ne le connaissent que de loin) sur Binche (lieu de résidence du Comte de Fortsas), la personnalité du bibliophile et toutes autres informations pouvant donner un avantage sur les autres enchérisseurs.

On note même un enchérisseur souhaitant acheter un exemplaire mis en vente pour remplacer celui qui est en sa possession... alors que tous les lots sont annoncés comme uniques... Et autre affirmant posséder son propre exemplaire de la moitié des lots annoncés... Vanité bibliophilique, quand tu nous tient! :)

Le 8 août on annonce que la vente n'aura pas lieu et que la bibliothèque de Binche a acquis tous les volumes... Trop tard, en diligence (dont Brunet et Nodier, qui vinrent de Paris spécialement) ou à cheval, de nombreuses personnes errent déjà dans Binche à la recherche d'informations sur les livres ou le Comte de Fortsas... se jetant le regard hostile que deux enchérisseurs ennemis se lancent encore aujourd'hui à Drouot...

Oui mais voilà, vous vous en doutez maintenant, ce catalogue d'unica fût entièrement inventé par un groupe de bibliophiles belges et facétieux... et de vente il n'y eut point... il n'en fût d'ailleurs jamais question...

Le Cerveau du canular, un certain Rénier Chalon, avait particulièrement bien préparé son coup, piègeant les meilleurs bibliophiles, experts ou libraires divers en jouant de leur susceptibilité : il avait parié qu'ils ne pourraient laisser passer cette ocassion d'acquérir un ouvrage manquant à leur collection (il avait spécialement ciblé certains des destinataires du catalogue avec des ouvrages inventés entièrement pour eux), ou un ouvrage remettant en cause leur travail d'expert ou de bibliographe émérite.

Le canular fit grand bruit, mais finalement les enchérisseurs leurrés protestèrent peu, parce que Chalon fît constater par huissier l'identité des personnes présentes le jour de la vente... et celles-ci préférèrent taire leur rancoeur plutôt que de s'attirer la moquerie générale.


Je résume tout ceci de mémoire, mais vous pouvez retrouver cet événement unique de l'histoire de la bibliophilie dans deux excellents ouvrages parus aux Editions des Cendres, l'un présentant le catalogue, l'autre résumant l'affaire. J'avais acheté les miens sur abebooks je crois, mais vous pouvez les trouver auprès de l'éditeur.

Je trouve que c'est une belle histoire... à méditer sans nul doute... puisque je ne peux jurer pour ma part que je n'aurais pas essayé d'enchérir dans pareilles circonstances.

Ce canular est je crois unique. Il en existe d'autres dans l'univers du livre, notamment autour de livres inventés par des auteurs, et dont on a tellement parlé, que bien des gens pensent qu'ils existent réellement, tels que le Necronomicon, de Lovecraft.


Voici pour la petite histoire!

H.
Ouvrage présenté : les oeuvres complètes de Platon, chez Froben, 1546, un grand volume in-folio.

samedi 28 avril 2007

Petit débat sur le Salon

Je vous livre le petit débat entre Raphael et Thibault sur le Salon du Livre Ancien qui se tient actuellement au Grand Palais... (en passant, ça me fait vraiment plaisir de voir ce type d'échange sur le blog).

Thibault:
"Je suis aussi allé au salon (merci à ce blog pour l'invitation) un peu en touriste car il est axé sur l'excellence et les ouvrages d'exception (certaines gravures sont tout bonnement hallucinantes, sans parler des reliures etc). Car attention ! budget modeste s'abstenir. Et, à vrai dire, même les gros budgets ont intérêt à savoir ce qu'ils font, les prix étant (de ce que je peux en dire à mon très humble niveau de connaissance) artificiellement dopés jusqu'à confiner sans vergogne au ridicule. Je ne puis juger des livres qui valent 10 à 20 000 euros et je ne puis non plus dénicher la "perle" d'un salon sans doute trop pointu pour moi mais je suis rentré bredouille malgré plusieurs touches dont les prix m'ont d'abord alarmé, puis amusé avant de me lasser. Cela vaut sans doute le détour pour le coup d'oeil de quelques pièces fabuleuses mais je me demande tout de même l'intérêt de pratiquer de tels tarifs ? Les charges ? L'emplacement ? Ou une " entente " tacite entre libraires pour maintenir artificiellement haut le prix des vieux livres (tout en pleurant sur la mort du papier) ? La sensation diffuse d'être pris sinon pour un imbécile du moins pour un pigeon finit tout de même par vous gagner. TE Quelques exemples de prix rencontrés :- Oexmelin (édition 17ème) : 5000euros- Oexmelin (édition 18ème) : 4200 euros- Histoire du Pérou (avec reliure pastiche !) : 3400 euros- Histoire du Paraguay : 4500 euros- Histoire des Voyages : 5000 euros- Vie de Cook, un volume isolé (maroquin) : presque 3000 euros...Vive Ebay ?

Raphael :
La trés trés bonne drogue a un prix... et voyez-vous ce matin, après visite également, je me sens dans un cruel état de manque et ce n'est pas E-bay (si on excepte parfois quelques jolies choses sur le marché US) avec ces exemplaires "sans titre avec cahier a à c manquants, un plat détaché mais en trés bon état pour son âge et rarissime, tome II seul" qui va calmer ma fringale......enfin pas aujourd'hui !Raphael

Thibault :
Cher Raphael,je comprends parfaitement votre état de manque (ça va, quand même ?). Je ne dis pas que la rareté et la beauté n'ont pas de prix - je dis justement tout le contraire. Mais mon humeur est peut-être à mettre sur le compte de ma frustration... Vive les libraires et les Cook à 3000 ?Respectueusement"

Je suis d'accord avec vous deux, et avec Jean-Luc qui (sur son groupe : http://groups.google.fr/group/livrancien?hl=fr) explique qu'il a comme moi, et sans doute comme les livres... terriblement souffert de la chaleur...

Je connais bien ce salon, qui se tenait avant à la Mutualité, il est assez clair que le standing de la manifestation et le fait que les grands bibliophiles se déplacent, poussent les marchands à afficher des prix élevés, dans l'espoir d'accrocher un de ses visiteurs, et finalement, c'est assez normal, puisque c'est avec cette activité qu'ils nourrissent leur familles....

Je ne vais jamais à ce salon dans l'optique d'acheter un ouvrage ou un autre, j'y vais et je me laisse tenter ou pas... Je sais aussi qu'il est possible de négocier dans une certaine mesure, et surtout d'établir des contacts avec des libraires, de façon à pouvoir les rencontrer après le salon, à un moment où les prix seront un peu retombés.

Reste qu'en dehors des incunables, manuscrits, grands textes et ouvrages rarissimes, le Salon propose aussi des livres entre 50 (pour le moins cher) et 500 euros qui peuvent être de bonnes affaires... parfois même moins cher que sur ebay, avec la certitude d'avoir acheté un ouvrage de qualité, bien décrit... et le plaisir très doux de quitter le Grand Palais avec une nouvelle acquisition.

Je comprends Thibault, et je suis d'accord sur le fait qu'il y a ait des exagérations assez évidentes dans les prix qu'il a cités, mais je l'invite aussi à retourner voir ces libraires dimanche soir, moment où les prix s'assouplissent, voire à les contacter après le Salon.

J'utilise ebay et je l'apprécie pour certains livres, je suis d'ailleurs intervenu dans une conférence au salon hier, pour défendre ebay et internet en général. Mais ebay n'est pas forcément moins cher sur des ouvrages milieu de gamme : ainsi hier au Salon j'ai vu les voyages de Gulliver, 18ème, complet, à 250 euros (sans doute négociables), alors que je les avais ratés sur ebay pour 500 euros il y a quelques mois (l'état était le même).
Je ne peux pas vous quitter sans vous dévoiler l'un de mes deux achats.... l'autre étant trop indécent pour en parler...


Vous connaissez à peu près mes goûts, mais là, j'ai craqué pour un petit manuscrit du début du 19ème, bien relié, qui est en fait un recueil de de poésies, textes, et chansons galantes qu'un amoureux transi a rassemblé, écrit et relié pour son Adèle.... Vraiment charmant et très délicat : 200 euros.

Bonne journée.
H
Ouvrage présenté : Adèle, le petit manuscrit en question.

vendredi 27 avril 2007

Salon du Livre Ancien ou "Tongs et Bermuda..."

J'ai passé quelques heures au Salon du Livre Ancien et de la Bibliophilie qui se tient actuellement au Grand Palais, à Paris.

Je prie à tous ceux qui n'habitent pas la région parisienne de bien vouloir m'excuser pour ce bref compte-rendu, mais ce salon est devenu la plus grande manifestation de ce type dans le monde, il est donc normal d'en dire quelques mots.


Voici quelques impressions... Après sa restauration, et celle de sa grande verrière, le lieu est vraiment impressionnant et plus que digne de ce type de manifestation. Entrée majestueuse, triple tapis rouge, et l'on pénètre dans la grande salle...


Sur votre droite, vous trouverez le salon de l'estampe et le village presse, ainsi que la salle de conférence. Immédiatement en face de vous et sur votre gauche... le saint des saints, où les stands de 150 libraires français et internationaux vous attendent pour des heures de "chine".

L'ambiance est feutrée mais reste détendue, et j'ai apprécié l'accueil simple et
amical des libraires. Vous pouvez sans problème manipuler la plupart des livres, dont les prix vont d'une centaine d'euros pour le moins cher que j'ai eu entre les mains, jusque quelques dizaines milliers d'euros... que je n'ai pas pris entre mes mains! Dans tous les cas, ce qui est appréciable, c'est que même pour les livres les moins chers, ils sont tous dans un très bon état.

Vous le comprendrez, difficile de ne pas se laisser tenter... et j'ai d'ailleurs succombé deux fois.

Mais pourquoi "Tongs et Bermuda"? Je suis resté quelques heures au Salon, visitant la moitié des stands environ... avant de succomber en raison de la chaleur... En effet, l'effet du soleil sur la verrière est terrifiant... un effet de serre grandeur nature...

Je vais y retourner ce week-end pour terminer la visite mais en attendant, pour ceux d'entre vous qui comptent s'y rendre, ne vous couvrez pas trop...

Quelques mots pour conclure, merci pour vos visites, voici une répartition des visites sur le blog par pays....


H

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