« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

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mercredi 20 juin 2007

Humeur....

J'ai commencé ce blog le 3 mars, sur un coup de tête... Depuis, j'ai posté une centaine de messages, soit quasiment un par jour, vous êtes environ 2500 a être venus le visiter (dont certains par erreur, au gré de leur navigation sur internet), pour un total d'un peu plus de 10 000 pages vues (total qui pourrait être plus élevé mais j'ai opté pour la lisibilité en affichant plusieurs jours de messages sur la page d'accueil). Chaque jour, vous êtes environ une centaine de visiteurs différents à passer lire les messages et les commentaires, et la durée moyenne des visites est d'environ cinq minutes.

Cela me satisfait pleinement, tant j'avais "peur" au début de parler tout seul! Je donne ces chiffres à titre purement indicatif, pour que vous ayez une idée un peu plus générale de ce qu'est le blog, et pour être totalement transparent. L'hébergement est fourni par google, et ne me coûte rien, idem pour Picasa qui regroupe les images du blog.

En cette centaine de jours, j'ai refusé 6 sollicitations d'échanges de bannières publicitaires de la part de libraires ayant des librairies en ligne. Les bannières verticales "grises" que vous pouvez trouver sur la gauche de l'écran sont générées automatiquement par google sur la base des mots clefs que google trouve dans le blog. Je n'ai aucun contact avec les liens qui sont proposés, mais je trouve que certains sont parfois pertinents (enfin pas toujours, puisqu'aujourd'hui, on vous propose d'écouter le nouvel album de Suzanne Vega!). Je crois que Google les renouvelle régulièrement, et je n'ai aucun choix sur elles. Elles m'ont déjà fait découvrir des sites intéressants comme celui de la collection de reliures de la British Library.

Par ailleurs, j'ai parfois fait le choix de diffuser pendant quelques jours une bannière ebay, mettant en avant les objets les plus "surveillés" de la catégorie "Livres Anciens - avant 1900", je ne connais pas les vendeurs qui mettent en avant ces livres, et c'est ebay qui effectue le choix, de façon automatique. J'ai parfois suspendu cette bannière, parce que je la trouvais moche, ou également une autre fois, quand j'ai vendu un livre sur ebay, et qu'il est apparu dans la bannière.

Mettre cette bannière m'a semblé moins choquant que d'échanger une bannière publicitaire avec un libraire, dans la mesure où ebay est une plate-forme d'échanges, et qu'il y a de nombreux vendeurs. Si addall, abebooks, ou vialibri permettaient de diffuser une sélection des ouvrages mis en vente sur leur plate-forme, il est probable que je mettrais également des bannières de ce type à l'occasion. N'ayant aucun intérêt financier dans l'affaire, ne sélectionnant pas les livres mis en avant, ne connaissant pas les vendeurs, et ayant suspendu la bannière la seule fois où mon livre fût mis en avant, j'ai fait le choix de la diffuser de façon épisodique, en tenant compte du fait que vous êtes nombreux à utiliser ebay. Les messages concernant des sélections ebay partent du principe que les ventes aux enchères dans des salles classiques font également de la promotion. Je travaille d'ailleurs actuellement à une façon de relayer auprès de vous les catalogues qui me sont envoyés par les SVV (mais sous format papier pour l'instant, d'où la complexité pour moi à les passer "online").

Sur le plan pratique, je m'astreins tant que je le peux à mettre au moins un message différent par jour sur le blog, ce qui est un vrai travail, dans la mesure où je ne suis pas un professionnel du monde du livre (je travaille en fait dans l'audiovisuel), ni un "érudit", mais simplement un bibliophile curieux et passionné. Depuis le 5 mars, et pour fournir le blog, j'ai ainsi dévoré un grand nombre de livres sur le livre et la bibliophilie et souvent, je ne découvre quelque chose que peu de temps avant de vous en faire part sur le blog.

Vos commentaires et vos encouragements m'aident et me motivent pour continuer sur cette route, même les commentaires qui font débat. Je trouve cela sain, enfin, surtout quand ils sont signés et argumentés. Finalement, le monde serait triste si nous étions tous du même avis. Généralement, j'essaie de tenir compte de chaque remarque, ainsi ai-je supprimé les zones de recherche abebooks, pour ne pas donner l'impression de favoriser un site de recherche ou un autre, sur une suggestion de l'un d'entre vous, et en attendant de trouver une solution pour présenter cela plus clairement et de façon plus exhaustive. Je précise en passant que je n'avais jamais tenu un site ou un blog auparavant, techniquement je tâtonne encore un peu et les blogs n'offrent pas autant de fonctionnalités que les sites.

Moins agréable, j'ai reçu deux messages d'insultes, tous deux anonymes, ce qui est toujours "très classe" (l'un était quand même signé "Un libraire du SLAM"), dont le reproche commun si je l'ai bien compris était de parler d'ebay. Pour l'un d'eux, je ne suis évidemment pas un bibliophile, et parler de bibliophilie dans un endroit où l'on cite ebay est un sacrilège, un non-sens (on est pas loin du crime de lèse-je ne sais quoi). Pour le même, je ne peux donc "prétendre parler de bibliophilie", et en aucun cas y parvenir. Je vous passe le reste des deux messages, c'est à l'avenant, le tout sur un ton fort sympathique vous l'imaginez. Mais bon, finalement, même ces messages finissent par me faire plaisir. Après tout, comme on dit souvent, "c'est un plaisir de gourmet que d'être pris pour un idiot par un imbécile"... J'ajoute simplement ceci : je suis un ardent défenseur des libraires, du SLAM et de ses manifestations, comme je l'ai souvent souligné dans mes messages... je défends aussi ebay (ou de nombreux libraires vendent d'ailleurs avec talent et passion), comme les ventes en salles, les salons... Je défends tout ce qui a trait au livre ancien et à la bibliophilie.

Mais, il y a un mais, j'ai du mal à accepter l'hypocrisie... en l'occurence, même si l'immense majorité des marchands (et je ne dis pas adhérents du SLAM pour éviter que les mots d'un idiot ne retombent sur un syndicat indispensable et vital) est d'une honnêteté, d'une passion et d'une sincérité à toute épreuve et pour lesquels j'ai une immense admiration, il est toujours des brebis galeuses... Pour faire court, pour échanger régulièrement avec des marchands ou d'autres passionnés, nous savons tous aujourd'hui qu'un nombre qui n'est plus anecdotique de marchands ayant pignon sur rue (membres du SLAM ou non) utilisent ebay, notamment pour y acheter des livres, il est vrai sous des pseudos qui leur permettent d'avancer masqué. Je n'ai rien contre cela, au contraire même, c'est l'hypocrisie qui me fait sourire. Jaune.

En passant, l'outil qui me donne les statistiques sur le blog que j'ai citée en préambule, me permet aussi de voir quand le point d'entrée d'une visite vient d'ebay... Dans le cas de notre charmant ami qui vilipende ebay... ce qui est amusant, c'est qu'en recoupant divers éléments sur l'heure où j'ai reçu le message et la visite, il apparaît que la personne en question venait d'ebay... juste avant de visiter le blog. Encore une fois, la grande classe. On fait son petit marché sur ebay, et on vient ensuite donner sa petite leçon sur le blog...

Pour finir, mon épouse me fait parfois l'honneur de lire le blog et me houspille pour les fautes de conjuguaison ou d'ortograf, avec raison. Aussi, j'implore votre pardon... malgré les correcteurs automatiques et les relectures, il en est toujours qui finissent par passer à travers les mailles du filet. Dans le même registre, je fais parfois des erreurs, et vous avez bien raison de les corriger, merci à vous. Je le redis, ce blog est un exercice bénévole, sans aucun but lucratif de près ou de loin, amateur, humble et j'essaie simplement de faire de mon mieux!

Merci à tous pour vos visites.

H

Fausses adresses de libraires, et faux noms de libraires

Pour échapper aux poursuites, il n'était pas rare au 18ème siècle que les éditeurs/imprimeurs/libraires inscrivent de fausses adresses sur les pages de titre des livres mis en vente. En effet, une fois l'ouvrage en circulation, il devenait alors impossible de remonter à la source et de punir les coupables.


En général, le procédé était utilisé soit pour les contrefaçons, soit pour les livres interdits ou qui auraient pu l'être. Finalement, au fil d'une vie de bibliophile et si l'on y prête attention, ces lieux et noms d'éditeurs permettent de dresser un véritable inventaire à la Prévert. Ainsi, j'ai pu croiser dans un beau catalogue de vente un ouvrage, la "Vénus en rut", imprimé en 1790 à Luxurville, chez Hercule Tapefort... La même semaine d'ailleurs, on pouvait également acquérir un autre curiosa, "Petit recueil de contes, etc.", imprimé en 1793 à Hélio-Foutropolis...


Pour les contrefaçons, plusieurs techniques ont existé : soit l'adresse et le nom de l'éditeur sont purement fantaisistes (exemple : à Mérinde, chez Innocent Démocrite", pour la "Relation du voyage du Prince de Montbereud dans l'île de Naudely"), soit on utilise les coordonnées d'un libraire existant ou ayant existé et nombre d'ouvrages contrefaits et signalés par "Amsterdam, aux dépens de la Compagnie", furent en fait imprimés à Rouen, Lyon ou Troyes. Soit enfin, on indique le nom de l'éditeur comme celui d'un simple revendeur, et l'on trouve alors des adresses du type "A La Haye, et se trouve à paris, chez la Veuve Delaulne", l'adresse est alors à moitié vraie, mais à moins de la surprendre en flagrant délit d'impression, il est difficile d'accuser la pauve veuve Delaulne...


Je "traque" gentiment ces provenances, mais elles sont assez difficiles à trouver. Anne Sauvy, dans sa contribution sur le sujet in Histoire de l'Edition Française, cite ainsi les noms suivants, que je vous laisse savourer : Paul de la Tenaille (sans doute un cousin du célèbre Pierre Marteau), Adrien L'Enclume, Philippe le Barbu, Jean le Droit, Joli le Franc, Philarète Belhumeur, ou le fameux Jean Pleyn de Courage, à Stockholm...

Voici pour les noms, en ce qui concerne les adresses, l'imagination est encore plus fertile. En plus des nombreux Foutropolis cité ci-dessus et souvent utilisé pour les curiosa, on peut ainsi croiser avec un peu de chance : "A l'hopital des Fous, chez l'auteur", "En pleine mer, chés Henry Hareng", "imprimé d'un coup de baguette, par la fée de la librairie, dans les espaces imaginaires", "chez Alethinosgraphe de Clearetimelee, & Graphexechon de Pistariste, à l'enseigne des trois Vertus couronnées d'Amaranthe"... mon préféré restant ""chés l'imprimeur qui l'a imprimé et se vend chez les Libraires qui l'ont". Simple mais efficace.


En tout cas, c'est un autre détail charmant que l'on peut découvrir sur la page de titre d'un livre...et ça donne envie de tous les réouvrir, pour vérifier si on est l'heureux propriétaire d'une telle édition.

Les sources de plaisir de la bibliophilie sont sans fin!

H

Images : deux jolies reliures de maître sur des ouvrages anciens, la rouge est de Lortic, la verte de Duru

Un autre monde sur ebay... La reliure.

J'ai eu beau consulter mon Ambroise Paré, je n'y ai point trouvé de quoi me soigner, et finalement c'est un médecin du 21ème siècle qui m'a pris en charge. Enfin, voilà, je suis malade, une occasion de chiner ça et là sur le net et notamment sur ebay, où j'ai découvert qu'un petit monde tournait autour du marché du livre ancien : presses, fers, peaux, aviez-vous déjà vu tout cela?

Très curieux, non? Je me demande qui achète ces fers, collectionneurs ou professionnels, et ces peaux?

Jetez plutôt un oeil ci-dessous (je posterai un autre message ce soir, comme d'habitude... bande de veinards!). Sourire.

Il y a vraiment tout ce qu'il faut, regardez par exemple ces maroquins, vous n'avez qu'à cliquer :

Un beau maroquin rouge par exemple!
Ou plus rare, un maroquin bleu!

Les presses, qui sont aussi utiles aux bibliophiles d'ailleurs :

Une belle presse à relier
Le modèle grande taille!

Et les fers à dorer :

Et enfin les fers à dorer!
Celui-ci est magnifique!

Ensuite, il ne vous restera plus qu'à vous acheter ce livre, et vous pourrez vous lancer!
Tout savoir sur la reliure
L'un d'entre vous a déjà acheté ce type d'objet?

H

mardi 19 juin 2007

Les Loueurs de Livres des 17 et 18ème siècles

Loué soit le Livre, comme je le dis souvent les nuits de pleine lune, quand la maisonnée est endormie, en sacrifiant un jeune poulet et en répandant le sang sur quelque reliure.. Oui! Loué soit le livre! Aré Aré Brunet! Gloire à toi Lortic! etc. etc.

Mais que le livre fût à louer? Quoi? qu'ouis-je?


Et oui, saviez-vous que parmi les différents modes de distribution des livres au 17ème et 18ème siècles, il en est un qui a pour ainsi dire disparu, à savoir la location de livres.

En fait, vous connaissez sans doute l'achat de livre, tel qu'il perdure encore aujourd'hui, voire les souscriptions, qui existent encore d'ailleurs. Peut-être avez-vous entendu parler des cabinets de lecture, sortes de clubs ou de sociétés de lecteurs, mais saviez-vous que l'on pouvait louer les livres?


En fait, si les cabinets de lecture, le plus souvent associés à des libraires proposaient un accès aux livres à une clientèle souvent aisée et qui payait un abonnement, tous les lecteurs ne pouvaient s'offrir ce luxe.

Ainsi, dès la deuxième moitié du 17ème, on trouva à Paris des libraires qui se mirent à louer des livres. A l'origine, le fonctionnement est plus cocasse qu'il n'y paraît. En effet, il semble que le loueur mettait ces livres en location devant sa librairie et les louait pour un temps très court, à savoir celui de la lecture, qui se faisait devant l'officine. On notera même quelques cas où le passant loue la possibilité d'écouter un lecteur lire un libelle, une gazette ou un autre type d'écrit.


Au 18ème siècle, le système évoluera vers les livres classiques qui sont alors loués pour la journée, voire moins. Et comme il est impossible de lire un ouvrage en une journée, certains libraires n'hésiteront pas à découper un ouvrage en plusieurs parties, pour pouvoir accélérer sa rotation et multiplier le nombre de clients pouvant le lire en même temps, en tout cas pour les ouvrages les plus demandés.

La location se pratique alors carrément à l'heure! Mercier évoque cette pratique dans son tableau de Paris, et notamment la Nouvelle Héloïse, qui fût soumise à pareil démembrement pour satisfaire la demande des nombreux lecteurs. Il indique d'ailleurs que c'est un bon moyen de se rendre compte du succès que remporte un livre. On croise parfois des annotations manuscrites ou des étiquettes sur des ouvrages du 18ème, du type "chez X, loueur de livres à Paris, Quai des Augustins". On croise également un loueur de livres dans Madame Bovary.

Finalement, j'aime assez cette idée, imaginez des lecteurs assidus et complètement captivés par leur lecture qui viennent louer un chapitre ou deux à l'heure, dans une atmosphère un peu fébrile!

Sans parler du fait que cela a permis de mettre la lecture à la portée des moins nantis. A ça ira, ça ira, ça ira, etc!

(Dernier détail amusant au moment où je mets "sous presse", il semblerait que Google travaille actuellement à un projet de location de livres)

H

P.S. : je précise que malgré les incantations de l'introduction, "aucun poulet n'a été sacrifié ou maltraité lors de ce tournage"/écrivage de message.

Images : un colporteur, autre mode de distribution du livre sous l'Ancien Régime, et un petit Molière aux Armes avec des coeurs, de 1749, appartenant à votre serviteur.

lundi 18 juin 2007

Solution Enigme

Alors voilà,

Quand vous faites un bon achat, un livre à un très bon prix compte-tenu de sa valeur réelle ou potentielle, vous faites un CHOPIN.

A l'inverse, mais c'est moins usité, quand vous achetez trop cher... c'est un RAMEAU!


Hugues

Enigme Bibliophilique n°3

Mains sur le buzzer!

Qui va détrôner Bertrand?

Je suis un terme utilisé par les chineurs et plus particulièrement par les bibliophiles lorsqu'ils ont la chance de pouvoir faire un bel achat.

Si vous fréquentez les salles de ventes ou les marchés aux livres, il se peut que vous entendiez prononcer mon nom, très propre... même si les puristes pensent qu'il a de moins en moins d'occasions de ce type.... "ah c'était mieux avant!"

Justement, avant... Etymologiquement, je suis un mot à la belle musicalité, et typiquement première moitié du 19ème siècle... à moins que je ne fusse formé d'une approximation de language! En tout cas, même en polonais, je me prononce de la même façon!

Nettement plus rarement utilisé, mon contraire, qui symbolise une mauvaise affaire, un mauvais achat, est plutôt d'ascendance française du 18ème, mais également très lyrique...

Comme dirait Hugues, mieux vaut rater une bonne affaire qu'en "réussir" une mauvaise... mais si vous parvenez à en réussir une bonne, en matière d'achat de livres... alors vous., vous, vous..

Je suis, je suis, je suis?

Si vous avez la bonne réponse, envoyez moi un email ou inscrivez votre réponse en commentaire.
H

Enigme à 20h15

Bonjour,

Je posterai l'énigme à 20h15 précises.

H

dimanche 17 juin 2007

L'escroc du dimanche... ou le manuscrit H52

Alors que j'étais étudiant, il m'est arrivé ce qu'on redoute tous en sortant d'un magasin : l'alarme s'est déclenchée à mon passage. A ceci près que cette fois-ci, le magasin en question était une bibliothèque universitaire... Embarrassé comme on l'est toujours dans ce cas, même la conscience tranquille, j'ai donc fait l'objet d'une fouille en règle, non seulement de mon cartable, mais aussi de mes poches, etc.

Evidemment, je n'avais rien subtilisé, et l'alerte fût mise sur le compte d'un fonctionnement intempestif de l'alarme (en passant, je me demande comment cela fonctionne : on peut passer avec un trousseau de clefs dans la poche, mais apparemment pas avec un livre...).

Au moment d'écrire ce message du dimanche, traditionnellement consacré aux "filous" et autres escrocs qui peuplent le monde du Livre, je me demande si finalement (et les bibliothécaires me pardonneront, mais je ne fais ici allusion qu'à quelques brebis galeuses), on ne devrait pas également soumettre les conservateurs à ce type de détection... à leur sortie du bureau...


On a vu la semaine passée que le Comte Libri s'était allégrement servi dans les plus belles bibliothèques du pays, et cette semaine, je vous propose de découvrir l'histoire du manuscrit H52, qui disparût de la BNF et réapparût dans une vente chez Christie's à New-York, et dont il semble bien qu'il fût escamoté par un collaborateur de la Bibliothèque Nationale.

Le manuscrit H52, pour "Hébreu n°52" (la BNF recense ainsi les manuscrits anciens, sous de telles cotes), est une bible hébraïque du XIIIe siècle. C'est un ouvrage exceptionnel, qui contient les cinq premiers livres de la Bible pentateuque. Il fût légué à la bibliothèque du roi par son ancien propriétaire, le cardinal Mazarin. C'est une bible complète en fait, avec à la suite les cinq premiers livres, le Pentateuque pour les chrétiens, la Torah pour les juifs, suivis de cinq récits et des lectures prophétiques.

En fait, on ne sait quand le H52 disparût des inventaires de la BNF, ce qui est certain en revanche, c'est que c'est un conservateur de la BNF qui a cosigné son bon de sortie du territoire, au profit d'un collectionneur britannique avec lequel il traitait, et que le manuscrit fît sa réapparition sur le marché de l'art en mai 2000, lors d'une vente de Christie's à New-York. Il y fût acheté par un américain, Joseph Goldman, pour 368 000 dollars... qui lui même le revendit à un autre collectionneur californien.

Alertés par la vente, et après une enquête de plus de 2 ans, le ministère de la Culture et la BNF engagèrent une action en justice contre Goldmann, profitant d'une loi de l'état de New-York stipulant que même si l'acquéreur (Goldmann, puis le californien) est de bonne foi, cela ne saurait être un obstacle à la restitution du manuscrit à son véritable propriétaire. Après d'âpres négociations, le manuscrit revînt en France sous bonne garde et est désormais de retour à la BNF.


Le conservateur malhonnête fût naturellement radié, mais également poursuivi en justice par l'Etat, condamné en première instance et condamné à nouveau en appel, à quinze mois de prison avec sursis et une forte amende.

En passant, on ne peut que lui trouver des circonstances aggravantes, car non seulement il a profité de sa position pour soustraire et vendre un manuscrit de la BNF, mais plus encore, parce que l'ouvrage a été modifié et mutilé : la reliure a été changée, les feuillets ont été rognés pour entrer dans ce nouveau format, et soixante feuillets sont manquants... On dépasse le "simple" vol...

Le jugement de la Cour d'appel précisera d'ailleurs : "[la cour] notera (…) que cet ouvrage ayant d'abord appartenu à la bibliothèque du cardinal Mazarin est devenu à la mort de celui-ci propriété de la Bibliothèque royale, et que depuis il avait été transmis malgré les turbulences de l'histoire nationale, avec le devoir de le transmettre aux générations futures, afin qu'il demeure à la disposition des chercheurs non seulement français, mais du monde entier ".

En passant, on notera que le manuscrit H52 n'est pas le seul à avoir disparu... ce fût aussi le cas de manuscrit Hébreu 23", , "Hébreu 1 201" et "Hébreu 1 308".

Pour conclure, changeons de ville, pour les mêmes moeurs : en 2004, la police du Danemark a récupéré au domicile d'un responsable de la Bibliothèque Royale 3200 livres anciens qu'il avait dérobés dans le cadre de ses fonctions, pour se constituer une bibliothèque qu'on imagine sympathique.

Ne vaudrait-il pas mieux faire passer un test de non-bibliophilie à ces conservateurs avant de leur proposer ce type de poste...? Sourire. Même si cela ne nous protégerait pas de la cupidité pure comme ce fût le cas pour le manuscrit H52, ce serait peut-être déjà un 1er pas! :)

H
Images : une page du H52 et la BNF

samedi 16 juin 2007

Des formats et de leur évolution...

Finalement, aujourd'hui, on peut mettre tous les ouvrages d'une bibliothèque sur un support numérique qui rentrerait dans une poche... Quelle évolution!

D'une certaine façon, c'est une parabole autour de l'évolution des formats connue par le Livre, et en particulier par le Livre Ancien, enfant chéri des bibliophiles.


J'ai déjà parlé dans un message des différentes appellations données au format (in-folio, in-4, in-12, etc.) des livres, mais sans réellement m'attacher à l'évolution de ces formats au fil du temps.

Au fil de mes lectures, j'ai lu plusieurs fois que pour le Livre ancien, en ce qui concerne les formats, tout a changé en 3 ou 4 siècles, avant que ne soit adopté le format qu'on lui connaît la plupart du temps aujourd'hui.

A l'origine, au Moyen-Age par exemple, le livre est un objet sacré, ou au moins sacralisé... Et d'une certaine façon sa rareté, sa valeur et le travail qu'il exige, justifient la taille qu'on lui donne alors le plus souvent, à savoir des in-folio, qui sont conservés à plat dans les scriptoriums et les bibliothèques, voire sur des lutrins (la physionomie des bibliothèques elles même évoluera d'ailleurs aussi significativement, de fait).

Jusqu'au 17ème, le livre (dans son format in-folio) est un signe de pouvoir, il est "monumentalisé", et n'est pas réellement pensé pour le lecteur, pour l'individu : peu aisé à transporter, encombrant, lourd, fragile, etc. Aussi il voyage peu, et son univers est statique : nombre de lecteurs limité, déplacements limités.

A partir du fin du 17ème siècle les choses changent, on commence enfin à voir apparaître des formats de taille in-8 ou plus petits, et si les grands formats perdureront un temps pour des raisons diverses, dont notamment la beauté des figures, le mouvement sera dès lors irrémédiable...


Les Elzevier, qui avaient lancé leurs petits formats pour des raisons d'économie furent bien sûr les précurseurs. Mais au 18ème, la tendance devient générale, et c'est le format in-12 qui s'impose très majoritairement, voire des formats encore plus petits, comme les Cazins.

Economie, société dans laquelle les idées s'échangent plus rapidement peut-être, mais aussi "démocratisation" de la lecture, et surtout nouvelles habitudes de lecture. En fait, avec le 18ème, le livre commence enfin à être pensé pour le lecteur.

La lecture devient personnelle, intime, et non plus rituelle et devant un auditoire comme quelques siècles auparavant, le lecteur même se déplace avec ses livres : il voyage, il les offre, il les lit dans les salons, il les revend... La vie de l'objet elle-même se fluidifie en fait, et justifie ces nouveaux formats, infiniment plus pratiques.

Pour ma part, même s'il me serait évidemment difficile de résister à un bel in-folio... je préfère les petits formats, notamment in-12 et in-8, probablement parce que je suis avant tout un lecteur (même les in-4 sont parfois un peu embarrassants je trouve, même si leur "noblesse" est évidente).

Aussi, et comme nous tous, je pense, j'ai une relation très personnelle avec mes livres, et même s'il est difficile de transcrire cela en mots... cette intimité s'exprime plus volontiers avec ces petits formats maniables... qui souvent d'ailleurs n'ont rien à envier à la qualité des grands formats.

Pour tout vous avouer, je pense que les livres in-folio qui sont dans ma bibliothèque, dont un sublime Racinet... sont ceux que j'ouvre malheureusement le moins souvent...

Quoi qu'il en soit, je trouve que cette évolution du format des livres est vraiment intéressante... le passage du livre monumental à l'objet intime, évolution culturelle et historique qui se reflète dans les formats... Intéressant, non?

Et pour vous? La taille compte?

:)

H


Images : un moine au travail, et une étudiante travaillant sur deux elephant-folio... pratique, non?

vendredi 15 juin 2007

Ebay mon Amour...Une petite sélection de livres! Pro-vo-ca-tion!

Waouh...

10 000 euros pile poil pour le fameux Homère annoté par Montaigne... N'ayant eu aucune réponse à mes questions posées au vendeur je ne peux vous en dire plus... Félicitations en tout cas à "pseudo confidentiel" pour ce bel achat...

A nous maintenant! Comme je sais que vous aimez cela (sourire, il est vrai que votre amour est inégal), voici une petite sélection de livres actuellement en vente sur ebay...

Une bonne occasion pour ceux qui les avaient vus de m'en vouloir (ils pensaient être les seuls à les avoir repérés). Une bonne occasion pour ceux qui ne les avaient pas vus de les découvrir... une bonne façon de vérifier si vous avez un bon coup d'oeil!

Je rappelle que ceci est désintéressé, que je ne connais pas les vendeurs, et qu'il s'agît d'une sélection "légère", pouvant éveiller l'intérêt de chacun... 5 ou 6 livres présentés, soit moins d'un millionième de l'offre! Ca vous laisse de quoi trouver d'autres trésors.

Allons-y! (pour afficher les livres, vous n'avez qu'à cliquer sur les liens)

A tout seigneur tout honneur, puisque c'est une Bible de Gutenberg qui est en vente sur ebay! Et oui, mais pas celle de Bill Gates (payée 30 millions de dollars comme le veut la légende)... Celle-ci est encore très très abordable... Attention, si vous ne parlez pas la langue de David Beckham, faites traduire l'annonce avant d'enchérir :

La bible de Bill Gutenberg Gates

Plus proche de nous, une belle bible de Koberger, si vous trouvez que Gutenberg, finalement, c'est un peu surfait, ou si vous êtes allergique à Microsoft!

La bible de Koberger

Pour les amateurs, cette curieuse édition Bâloise d'un abrégé des voyages de Cook, de 1795... Un bon aperçu pour ceux qui trouvent les autres éditions trop chères, ce qui est assez vrai.

Edition Bâloise des voyages de Cook

Un de mes textes favoris, sur lequel je posterai bientôt un message : l'Eloge de la Folie par Erasme. Ici une édition de 1757 avec les gravures d'Eisen. On peut préférer (avec raison) celle avec les gravures d'après Holbein... mais cela reste un ouvrage charmant.

L'Eloge de la Folie par Erasme

Après le Boaistuau, des Monstres, toujours des Monstres, et leur vie sexuelle... Curieux!

Des monstres, encore des Monstres!

Et enfin, le Raynal... Dont il est souvent question sur ce blog. Une assez bonne édition. Mais pas la meilleure, voir le message du 5 mai et les commentaires de Thibault et Philippe sur le message d'hier, à la suite du portrait de Philippe.

Et le fameux Raynal


Bon surf et bonnes enchères!
Commentaires bienvenus.

H


jeudi 14 juin 2007

Portrait de bibliophile : Philippe, 22 ans... passionné

La bibliophilie est souvent une passion qui se vît en solitaire et pour moi, qui en suis l'auteur, l'un des intérêts majeurs de ce blog réside dans les divers échanges qu'il a fait naître entre passionnés.


Depuis sa création, j'ai échangé des emails et des messages (et même rencontré en vrai), plus de bibliophiles que j'en avais croisés jusqu'à maintenant.

Et la bibliophilie, on le voît bien, peut revêtir bien des formes, c'est pour cela que j'ai lancé il y a peu une série de portraits de passionnés, qui peuvent être libraires, bibliophiles ou proches de cet univers. Finalement, découvrir ces personnalités, ces façons de vivre notre passion, c'est également pour chacun une opportunité de réfléchir sur soi, et de découvrir de nouveaux horizons. D'ailleurs, si ces portraits vous plaisent (ou non), n'hésitez pas à le faire savoir en commentaires.

Dans une étude qui m'est passée récemment sous les yeux, il apparaît que l'âge moyen du bibliophile se situe bien au delà de 60 ans, même si comme nous sommes sur internet pour ce qui concerne ce blog, il est plus que probable que notre moyenne d'âge à nous est beaucoup plus basse...

Ainsi Philippe, que nous découvrons aujourd'hui, ou l'occasion de croiser un fort jeune bibliophile, puisque notre ami "n'a que" 22 ans. Il est étudiant, actuellement en Master 2 d'Histoire Moderne, et bientôt thésard, il habite près de Versailles...(pardonnez la balourdise de mes questions, je ne suis pas journaliste).

"Bonjour Philippe,

Bonjour à tous

Pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?

Elle tient dans ma chambre, dans l'appartement de ma mère. Imaginez-vous une pièce de 9m² recouverte d'étagères sur les quatre murs, tordues sous le poids des bouquins. Il y en a partout! Les livres trainent sur mon bureau (surtout quand j'ai besoin de les lire pour les études), sur le meuble télé, le lit quand je ne suis pas à l'intérieur (et encore... j'en oublie parfois), et, je l'avoue, parfois par terre, à traîner dans la poussière...
J'ai réussi à caser environ 1500 bouquins dedans, mais ça commence à devenir difficile de trouver des places pour les nouveaux arrivants. C'est la crise du logement! Le problème, c'est surtout mon autre passion livresque très envahissante: les mangas. A eux seuls, ils occupent près des deux tiers de ma bibliothèque. Ensuite, viennent les livres d'histoire (deux cents, à peu près), les livres de littérature classique ou SF (la même chose), et enfin, les bouquins anciens (suivant la dénomination consacrée, je n'en ai réellement qu'une cinquantaine, mais je possède aussi une autre cinquantaine de livres du XIXème siècle).


Depuis quand la passion de la bibliophilie s'est-elle emparée de vous?

Comme vous le voyez par le nombre de mes livres, je débute! J'ai toujours aimé les livres. Depuis tout petit, j'ai été passionné par l'Histoire, découverte à travers les bouquins que m'avaient offert mes parents. Aussi loin que mes souvenirs me ramènent, j'ai toujours eu une bibliothèque, plus ou moins imposante. Mes parents aussi adorent les livres; celle de ma mère actuellement doit être deux fois plus importante que la mienne. Le livre fait partie de ma vie, et je n'arriverais pas à vivre loin de mes bouquins!
Pour ce qui est de la bibliophilie pure et dure, celle des livres anciens, l'histoire d'amour est encore récente. Il y a environ deux ans, je suis tombé sur un brocanteur qui vendait aussi des livres anciens. C'est lui qui m'a fournit ma première drogue! J'y ai découvert un exemplaire illustré de Bel Ami de Maupassant (mon oeuvre préférée!) datant de 1904, donc pas très ancien, et un petit Cicéron du milieu du XIXème. Ils étaient déjà assez chers pour me ruiner! J'y suis revenu quelques fois, mais mes moyens, déjà fortement entamés par mon autre passion japonisante (ça coute cher d'acheter toutes les nouveautés des séries que l'on a commencé!), ne me permettaient pas de me ruer sur les sublimes ouvrages que j'y trouvaient. Ce n'est que plus tard, il y a un peu plus d'un an, alors que j'étais dans un vide grenier à Cachan, que les étincelles de la bibliophilie se sont transformées en brasier! :-) Ce jour-là, j'ai trouvé ce qui représentait à l'époque LE trésor, un Plutarque en anglais de 1749, assez abîmé mais encore très "frais" vu les conditions de stockage lamentables.
A partir de là, ma collection a vraiment commencé à enfler.

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de coeur?


J'aime beaucoup la littérature, donc beaucoup de mes achats concernent des romans, des pièces de théâtre, de la littérature classique (actuellement, je lis Roland Furieux, que j'ai trouvé il n'y a pas longtemps). Quitte à avoir les grands auteurs chez soi, autant les avoir dans la version originale! Bien sûr, c'est toujours difficile d'avoir de grands auteurs connus (les oeuvres de Voltaire à 900€, etc., ce n'est pas pour moi!), mais quelques fois, on tombe sur de bonnes occasions.

Ce qui me plaît aussi, ce sont les auteurs antiques. Cicéron, Tacite, Suétone, Horace, etc. On trouve assez souvent des livres à faible coût de ces auteurs, et c'est ce qui m'intéresse, puisque pour le prix d'un livre de poche, on peut parfois avoir une édition du début du XVIIIème siècle. Le prix, toujours le prix... C'est parfois déprimant. Mais je pense qu'on est tous (en tous cas, pour ceux qui ont commencé la bibliophilie, ou plutôt qui ont été touchés par la fièvre bibliophile en étant étudiant) passé par là.

Troisième secteur qui m'intéresse, les livres d'histoire. Et en particulier ceux qui me servent dans la rédaction du mémoire, c'est-à-dire Raynal et Linguet principalement. Mon premier gros achat (qui va peut-être vous paraître ridicule) a été une édition de 1773-1774 de l'Histoire des Deux Indes sur ebay. A peine 200€ pour 5 volumes. Depuis, j'ai acquis plusieurs livres d'autres éditions, en particulier les livres qui me servent le plus (ceux sur la situation en Europe, les relations de l'Angleterre et de ses colonies, etc.). D'ailleurs, je dois dire que j'aime beaucoup cet ouvrage. J'ai trouvé aussi un volume des Annales de Linguet sur le net, le premier, le seul qu'il me restait à étudier puisque je ne le trouvais pas en bibliothèque. Une chance. J'ai aussi eu la chance de trouver un dictionnaire de l'Académie de 1776 (la date qui m'intéressait juste! Gallica ne possédait que l'édition de 1762, et la bibliothèque ne l'avait tout simplement pas...), que j'ai eu pour pas cher.

Et enfin, outre les livres achetés pour leur reliure (ça fait toujours joli dans une bibliothèque, les reliures XVIIIème), j'ai commencé une collection de Classiques Hachette du XIXème-XXème siècle. Des petits bouquins sans valeurs, mais que j'aime beaucoup. Ils valent moins cher que des livres de poche actuels, et ils ont un certain cachet que les autres n'ont pas. Malheureusement, il est difficile de tous les trouver. Les plus communs sont légion (les classiques français en particulier), mais les autres sont plus rares, étant donné la qualité matérielle des livres. Ils ont souvent tendance à tomber en ruine.

Où achetez vous vos livres.? Internet, salons, libraires?

U
n peu partout où j'en trouve! Internet bien évidemment. Il y a déjà eu un certain nombre de discussions à ce sujet sr le blog. Il est clair que sans e-bay, je ne pourrais pas avoir les livres que j'ai actuellement. Les prix en librairie sont bien plus élevés. Surtout depuis que mon libraire a fermé ses portes (le métier ne rapporte pas, malheureusement...).
J'essaie de trouver de bons livres sur les brocantes, mais c'est difficile. Souvent, les vendeurs pensent avoir des perles en magasin, et vendent à prix d'or des livres qui ne valent pas un sou.
Je ne suis encore jamais allé sur un salon, ni dans une salle des ventes. Peut-être un jour... Déjà, je vais essayer d'aller sur le Marché Brassens à Paris le week-end prochain. Ca sera une grande nouveauté!

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?

Le livre qui me fait rêver... Le Liber Chronicarum, dit Chronique de Nuremberg d'Hartmann Schedel, datant de 1493. Mon histoire avec ce livre est simple. Il y a huit mois, j'ai découvert cette oeuvre à travers un cours de mon professeur. J'en suis tout de suite tombé amoureux, via le fac-similé de Taschen. J'ai cherché à me renseigner dessus sur le net, et je suis tombé sur Ebay. Un antiquaire allemand vendait des folios de cette oeuvre magnifique. Bien que voir les livres ainsi dispersés soit douleureux (je ne supporte pas qu'on abîme un livre!), j'ai comme même participé à la curée. C'était aussi mon premier contact avec ebay. Je me suis plongé dans le grand bain, après avoir hésité longtemps. J'ai donc obtenu un folio de l'édition originale en latin (le 563; un folio de l'édition allemande a suivi quelques temps plus tard), mais ce n'était pas suffisant! Il me fallait plus! Je suis donc allé sur abebooks pour investir dans cet ouvrage! Bon, ce que j'y ai vu m'a tout de suite refroidi... 65000$ pour une édition complète en allemand. Ca attendra. Mais si je gagne au loto, c'est le premier livre que j'achète!

J'ai quelques livres que j'adore. Le premier est celui dont j'ai déjà parlé plus haut, le volume 5 des Vies de Plutarque (Tonson et Draper, Londres, 1749), qui est abimé, jauni, etc. Mais il trône toujours au milieu de ma bibliothèque, bien en vue. Ensuite, mon livre le plus ancien, une Vie des Douze Césars de Suétone, Rouen, 1661, un tout petit in-12 (il faudrait même dire in-36) qui est le dernier livre que j'ai acheté chez mon bouquiniste avant qu'il ne ferme ses portes. Il est en assez mauvais état aussi, mais il a un charme particulier qui m'a tout de suite attiré lorsque je l'ai vu. Et enfin, le dernier est celui qui a le moins de valeur pécuniaire je pense, mais le plus de valeur sentimentale. C'est un Tout en Un (une sorte de quid du début du XXème) qui a appartenu à mon grand-père.
Comme vous le voyez, mes livres préférés ne sont pas d'une grande valeur pécuniaire. Mais ce n'est pas ce qui doit pousser à acheter un livre. Pour revenir à l'avant-dernière question, il faut que le livre que je trouve m'attire. Ce n'est pas simplement l'aspect extérieur, le sujet, ou autre. C'est un ensemble de choses. Et ce n'est certainement pas le prix!

Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?

Ce n'est pas grand chose, mais la première fois que je suis allé chez mon vendeur de livre, je suis tombé sur un exemplaire ancien de Paul et Virginie (Paris, Librairie d'Education, 1838), dans une petite reliure en cuir de style romantique, qui à l'époque valait 50€. Il était clair pour moi que je ne l'achèterais pas à ce prix. A chaque fois que j'y retournai, je flashais sur ce livre, sans pouvoir me l'offrir. Et un jour le livre avait fait le chemin vers les bouquins soldés! 10€!! Magnifique. Je l'achète donc, ni une ni deux, et retourne chez moi, fier de mon achat. Il reste quelques temps dans ma bibliothèque, sans être ouvert, puisque j'étais sur une autre lecture à ce moment là (les Oeuvres de Maupassant, mon auteur préféré, dont j'essaie de trouver les éditions originales, mais c'est difficile, là aussi). Un jour je l'ouvre, le feuillette, en lis quelques pages, et arrivé à la moitié du livre, je tombe sur un bout de papier. Juste un ticket d'omnibus jauni . A partir de là, on peut imaginer toute sorte d'histoire. C'est ce qui me plait dans les livres anciens. Ils ont tous une histoire avant nous, et ils en auront une après nous.


Enfin, vous êtes un visteur fidèle du blog... qu'en attendez-vous?

Que peut-il manquer à ce blog? Pas beaucoup de choses à mon avis. Peut-être parler des livres dans leur "milieu naturel", celui des librairies et des bibliothèques, de France, de Navarre et d'ailleurs. Ou de chez nous, tout simplement!"

H.
Images : le Liber Chronicarum, un manga (Zipang) appartenant à Philippe, et son Plutarque.

mercredi 13 juin 2007

Espèce de métopage! Ou le Boaistuau mis à l'honneur!

Amis Bibliophiles bonjour,

Je crois que c'est l'une des enchères les plus acharnées qui aient été vues sur ebay depuis un moment, et l'ouvrage en question "les Histoires Prodigieuses", de Boaistuau (1520 - 1566) a frôlé la barre des 5000 euros. Bravo Monsieur "Artciboldo". :)


Je me suis arrêté TRES longtemps avant le coup de sifflet final... De même plusieurs d'entre vous qui m'en ont fait part directement par email...

En l'occurrence, il s'agissait d'une jolie édition de 1597-98, en deux tomes, dans une reliure 18ème.

L'auteur, Boaistuau, n'est pas parmi les auteurs les plus connus du 16ème, et en vérité on connaît assez mal sa vie. Il était a priori breton d'origine et suivît des études de droit à Poitiers vers 1543, puis à Valence. Il voyagera beaucoup, assistera à des dissections à Rome puis à Paris, résidera au Levant puis se partira pour l'Angleterre où déjà prodiges et monstres divers l'attirent... Il y rencontre la Reine Elisabeth 1ère (vers 1559-60) et on pense que c'est lui qui fît connaître Roméo et Juliette sur le continent.

De retour à Paris en 1560, il publie son 7ème ouvrage qui est précisément celui qui nous concerne, les Histoires prodigieuses les plus mémorables qui aient été observées depuis la nativité de Jésus Christ jusques à notre siècle, extraictes de plusieurs fameux auteurs, grecs et latins, sacrés et profanes, mises en notre langue par P. Boaistuau, surnommé Launay, natif de Bretagne, avec les pourtraicts et figures.

Le livre inspirera d'ailleurs les écrits d'Ambroise Paré sur les monstres, dont nous avons déjà parlé dans ce blog.

On retiendra de Boaistuau, qui s'éteindra à Paris vers 1560, deux choses principales :

1. Il fût le premier éditeur des nouvelles de Marguerite de Navarre, un ouvrage controversé à sa parution.

2. Il est considéré comme le créateur des deux genres les plus caractéristiques de la seconde partie du 16ème siècle : l' " histoire tragique " et l'" histoire prodigieuse ".

Vous savez que j'ai un faible pour les ouvrages curieux, notamment ceux qui traitent de tératologie ("science des monstres"), et c'est pour cela que le Boaistuau est un livre que j'aime particulièrement. De plus, il est servi par une illustration absolument unique, et contient une petite centaine de bois illustrant monstres et prodiges divers.

Si Boaistuau a inspiré Liceti ou Paré, et d'autres encore, il est très probable que lui même trouva son inspiration dans le fameux ouvrage de Lycosthène (1518 - 1561), le Prodigiorum ac ostentorum chronicon, sans pour autant d'ailleurs être aussi complet que ce dernier.

Le Boaistuau évoque toutes sortes de prodiges : les prodiges de Satan, évidemment et avant toute chose, mais aussi les prodiges naturels (catastrophes, comètes, etc.) et la "génération des monstres", qui sont autant de prodiges et dont les causes peuvent être diverses : parmi lesquelles causes morales, causes " physiques ", causes astrologiques... étant bien entendu qu'elles sont toutes subordonnées à la malédiction divine.

De nombreux "monstres" sont ainsi présentés, que l'on retrouvera dans le Liceti: "céphalopages", ou "métopages", monstre masculin avec le haut du corps dédoublé et les quatre bras, animaux mythiques, siamois, etc.


Boaistuau nous conte ainsi l'histoire de ce monstre féminin au corps double dans la partie supérieure, "étrange spectacle en nature", et constate que "toutes leurs actions étaient le plus souvent diverses, car quelquefois que l'une pleurait, l'autre riait, l'une parlait, l'autre se taisait, l'une mangeait, l'autre buvait, et (elles) vécurent ainsi longuement jusqu'à ce que l'une mourut; et l'autre fut contrainte de traîner ce corps mort après elle" quelques années, puis, " par la puanteur et corruption de l'autre, elle mourut infectée!!!!

On croisera ensuite l'homme à deux têtes, la femme a deux têtes, qui survécu plusieurs années, sirènes, tritons, néréides, poissons volants, quadrupède à tête humaine, homme mi-homme, mi-chien, homme qui vivait avec les intestions à nu... et cet inventaire à la Prévert se poursuit sur des centaines de pages.

En homme de son temps, notre Breton ira même plus loin et nous présente "l'histoire prodigieuse d'un chien monstrueux, engendré d'un ours et d'une dogue d'Angleterre ". Lors de son voyage en Angleterre, et grâce à la reine Elizabeth, il voulut personnellement vérifier, à la Tour de Londres, la copulation entre un ours et une dogue...

De nombreux illustrations proviennent de la Cosmographia de Münster et du Lycosthène...Un grand nombre d'entre elles seront reprises dans le Paré, le Licetus et l'Aldrovandi...

C'est au final un très bel ouvrage par un véritable homme de la Renaissance..

Le Lycosthène, s'est vendu à Drouot sous mes yeux pour plus de 10 000 euros, avouez qu'un Boaistuau à 5000, c'est donné! Je plaisante, si vous êtes fidèle, vous savez que pour moi la valeur d'un livre n'a rien à voir avec son prix!

Voilà, c'était une petite remise dans le contexte de cet ouvrage!

H
Images : mon Boaistuau (et oui!), une édition de 1594.
Le lien de la vente sur ebay, vous n'avez qu'à cliquer.

mardi 12 juin 2007

Il n'y a pas de Boaistuau au numéro que vous avez demandé

Ce sera demain le Boaistuau, le temps que vous vous remettiez de vos émotions.
Comme je le disais plus tôt, je suis en plein dilemme.

Finalement, est-ce que cette "accumulation" (je caricature) de livres a un sens?
Estimation rapide, j'ai 35 ans (bon.... ok, j'ai 36 ans), admettons qu'il me reste 45 ans à vivre (raisonnable?)... et que j'achète un livre par mois pendant toutes ces années : 45 ans x 12 mois = 540 livres vont venir garnir les rayonnages de mes bibliothèques.

Et c'est une hypothèse basse, il est plus souvent des mois où j'achète entre 3 et 10 livres que de mois où j'en achète un seul.
Si on part sur 3 par mois, on arrive à plus de 1500 livres. Et c'est là que je m'interroge.

Finalement, est-ce que cela ne serait pas plus pertinent de se dire une fois pour toutes : "Hugues, pas plus de 500 livres à la maison" (non, je ne cite pas mon épouse)... et de, jour après jour, année après année, "améliorer" ma collection, suivant ce thème que j'aborde souvent ici : on commence par du bouquin, et dans un monde idéal, on termine par des incunables.

D'ailleurs, cela a-t-il un sens d'avoir 1500 - 2000 livres, je veux dire en dehors du sentiment (satisfaisant?) d'accumulation?
Je ne sais pas, les regarde-t-on encore?

Alors que 300 - 500 livres bien choisis, choyés?

Qu'en pensez-vous? Dans quelle logique vous situez-vous?

H

Si-siphoné....

Aaarg...Quels Dieux des bibliophiles ai-je ainsi offensés pour me voir condamné, tel un Sisyphe à devoir réécrire chaque jour un message dans ce blog!
Je rentre à peine d'une journée épuisante, et Sysiphe (le vrai, pas Sysiphe l'impératrice...) est fourbu.

J'avais prévu de vous parler de mon Boaistuau et de ses histoires prodigieuses, maintenant que la vente ebay est terminée et pour complaire à tous (non, je plaisante, je suis sysiphoné et cela me rend chafouin)... enfin bref, de mon Boaistuau ou de mon dilemme actuel : ne devrais-je pas restreindre ma bibliothèque à 300 ouvrages choisis?

L'un des deux sera l'objet de mon message de ce soir, alors rendez-vous dans 1 heure ou 2.

Merci aux fidèles!

Au fait, il finit comment Sysiphe?
Il finit pas?
aaargh.

H

lundi 11 juin 2007

Attention / enigme

Attention!
La réponse a été trouvée, ne regardez pas les commentaires sous le message, si vous voulez continuez à chercher (et trouver!).
H

L'énigme n°2!

Mains sur le buzzer!

Texte étonnant et unique en son genre, je n'ai connu que trois éditions, même si je fus partiellement repris dans une somme de voyages parue à la fin du 18ème siècle et qui contenait plusieurs dizaines de volumes.

Mon auteur, ecclésiastique, était un spécialiste reconnu des textes singuliers, auxquels il attribuait souvent des titres pour le moins bizarres. Le mien repose contient d'ailleurs un jeu de lettres...

Publié en 2 ou 4 volumes in-12 en 1710, 1754 puis 1789, on peut également me trouver en 5 volumes in-12, très fins, mais cela est beaucoup plus rare. C'est mon édition de 1754 qui doit être préférée par les amateurs : la première fût en effet censurée et amputée de plusieurs chapitres, et la troisième n'est qu'un abrégé, sans planches.

Je contiens 10 belles planches dont une grande planche dépliante, fort célèbre et souvent manquante. Texte progressiste aux ressors parfois comiques, au fil des aventures et des "voyages" de mon personnage central, je mets en avant bon nombre des pratiques de mon époque, pour mieux les dénoncer et les tourner en ridicule. On notera d'ailleurs un passage satirique sur les livres et les amateurs de livres.

Pour les bibliophiles, en plus de mes qualités intrinsèques, je possède l'avantage de contenir de très nombreuses références bibliographiques et citations, et ce dans un domaine très prisé des amateurs.

Je reste assez rare et je n'apparais guère plus d'une ou deux fois par an dans les vacations.

Je suis, je suis, je suis?

Un indice? Ne rêvez pas, ce serait trop simple si je vous en donnais un...
Pour donner la réponse, vous pouvez soit ajouter un commentaire, soit m'envoyer un email.
Bonne chance
H

dimanche 10 juin 2007

L'Enigme Bibliophilique... Questions pour un champignon N°2

Elle sera postée lundi soir entre 20h et 20h30.

Je vous l'ai suffisamment "fignolée" pour que Google soit inutile...

H

L'Affaire du Comte Libri... Le Biblio kleptomane

Comme chaque dimanche, voici l'histoire d'un escroc qui a marqué l'histoire du Livre.

D'origine Italienne, et naturalisé français en 1833, le comte Libri (1803-1869) a laissé un bien mauvais souvenir aux bibliothèques françaises.

Diplômé de droit mais aussi très doué pour les sciences et les mathématiques, (il publie un recueil sur la théorie des nombres en 1820, soit à l'âge de 17 ans). Il effectue son premier voyage à Paris en 1824, où ce jeune prodige est fort bien accueilli par la communauté scientifique.


C'est d'ailleurs Paris qu'il choisira quand il devra quitter précipitamment l'Italie. Il s'installe en 1830, obtient ses « lettres de déclaration de naturalité » en 1833 et devient la même année, professeur à la faculté des sciences et au Collège de France. Il a 30 ans.

Il mène alors pendant une quinzaine d'années une carrière de sommité scientifique, accumulant les honneurs divers (Légion d'honneur en 1837), les publications, qu'elles soient scientifiques ou consacrées à son autre passion, la bibliophilie.

En 1841, il est nommé inspecteur général des bibliothèques, ce qui va revenir, on le verra, à demander à un renard d'inspecter une basse-cour.... En effet, à ce titre, Libri est chargé de rédiger un catalogue général des manuscrits conservés dans les bibliothèques publiques. Aussi, très rapidement il profite de l'état peu avancé des inventaires pour voler des livres et des documents précieux dans les plus grandes bibliothèques du pays : il détourne, il maquille (notamment avec l'aide de Duru), dé-relie, re-relie, ajoute des provenances... bref il endosse la panoplie du parfait faussaire.

Mais le bibliophile est parfois prétentieux, et le besoin de reconnaissance de Libri le poussera à publier un catalogue de cette bibliothèque frauduleusement constituée en 1845, avant d'essayer d'en mettre en vente une partie, en 1846 et 1847.

Malgré une dénonciation par lettre anonyme, dès 1846, il parvient à vendre près de 2000 manuscrits à un bibliophile anglais, le comte d'Ashburnham (pour la somme de 200 000 francs de l'époque, ce qui est considérable), puis un autre lot lors d'une vacation parisienne (pour 116 000 francs).

Ces ventes et les dénonciations (une autre survient en 1847) provoquent une enquête mais Libri a déjà fuit à Londres avec une partie de "ses" ouvrages, d'où il clame son innocence. Rien n'y fait, et il est condamné par contumace à 10 ans de réclusion en 1850.

Le plus étonnant peut-être, est que Libri continuera à écouler sa collection à Londres, et qu'il obtiendra de nombreux soutiens en France, dont Mérimée, qui décidera de prendre sa défense, et contestera la décision judiciaire de façon si véhémente qu'il est finalement lui-même poursuivi pour outrage public et condamné à son tour à quinze jours de prison.


Ces soutiens lui resteront fidèles, et lorsque Mme Libri dépose une pétition en faveur de son mari au Sénat, en 1861, Mérimée reprend la défense de l'escroc. Le procès ne sera pas révisé.

Quelques uns des ouvrages achetés par Ashburnham revinrent en France après diverses péripéties, mais cet épisode restera malgré tout douloureux pour nos institutions et nos bibliothèques.

Qu'en retenir? Libri le mal nommé reçût sa charge d'inpecteur général des bibliothèques grâce à un appui politique... dont on peut douter qu'il fût bibliophile sinon il aurait peut-être mieux vu le danger... D'ailleurs, Libri ne fût pas le seul à succomber ainsi... et je crois qu'une affaire ce type a secoué la Bibliothèque Nationale assez récemment.

C'était notre escroc du dimanche...

H

Images : Libri et Mérimée.
P.S. : l'expression "biblio kleptomane" est de Jean-Paul Fontaine, bibliophile émérite.

samedi 9 juin 2007

Appel à témoins...

Je prépare des contenus spécifiques pour blog, est-ce que les personnes dont les (sur)noms suivent et qui sont intervenues sur le blog peuvent me contacter?
- Raphael
- René
- Laura
et Isa.
Pour commencer!
L'adresse email si vous voulez bien me contacter : blog.bibliophile@gmail.com

Juré, je ne mords pas!

H

Agenda bibliophile pour Juin 2007

A noter dans vos agendas :
- Strasbourg, le 16 et 17 juin 2007 : l'association Autour du Livre organise une manifestation sur le quai Dietrich. Une quarantaine de libraires seront présents. Attention, le 16 aura également lieu la Gay Pride de Strasbourg, l'ambiance sera sans doute tout aussi bonne, mais moins studieuse. Si vous croisez un libraire avec une perruque verte qui danse sur un char... c'est que vous vous êtes trompé d'adresse.
- Paris, du 27 juin au 2 juillet 2007 : l'habituel marché de la bibliophilie, de l'autographe et de l'image se tiendra Place Saint-Sulpice, dans le 6ème arrondissement. Environ 140 exposants.
J'aime beaucoup cette manifestation, plus riche que le marché Brassens, et plus conviviale que les grands salons. J'y ferai sans doute une petite visite.
Ci-dessous, le message du jour sur les livres de prix.
H

Les Livres de Prix, du 17ème au 20ème siècle

Même si leurs reliures sont parfois frappées des armes d'un collège, d'une ville ou d'un donateur, les Livres de Prix se distinguent des livres aux armes (stricto sensu) par leur fonction.


En effet, si les livres aux armes ne sont en fait que des livres "classiques" frappés d'une marque de propriété, les livres de prix sont destinés à récompenser les meilleurs élèves d'un établissement de type scolaire (et les armes qu'ils portent identifient alors le plus souvent un généreux donateur ou l'institution).

Cette pratique qui n'existe quasiment plus aujourd'hui a pris son essor au 17ème siècle pour disparaître progressivement dans le dernier tiers du 20ème siècle, au moment où la notion de classement est devenue moins centrale dans notre système éducatif.


Au départ, elle était surtout l'apanage des grands lycées jésuites, qui récompensaient ainsi leurs élèves grâce à des livres offerts par les plus hauts personnages de la ville, de la province, voire du royaume. La remise des prix n'était pas régulière et dépendait entièrement de la générosité de ces mécènes, dont le but était double : manifester leur attachement à l'établissement, mais aussi, naturellement, affirmer une certaine position sociale.

A cette époque, la cérémonie n'est pas une pratique généralisée, ni même annuelle, dans ces établissements. Elle fluctue en fonction des libéralités des généreux donateurs. C'est seulement à partir des années 1730-1740 qu'elle se généralise et tend à devenir régulière et organisée.


C'est Fénelon (1651 - 1715) qui semble évoquer le premier cette tradition dans L'éducation des filles, paru en 1687, il y écrit son souhait de voir les élèves recevoir "un livre bien relié, doré même sur la tranche, avec de belles images et des caractères bien formés ".

Après le 17ème, et une pratique irrégulière, les cérémonies deviennent plus fréquentes et mieux organisées à partir du milieu du 18ème, jusqu'à ce qu'on atteigne le stade des livres de prix en reliure éditeur, vers 1840, qui fait passer cette tradition à un stade plus "industriel", principalement grâce à la percaline.

Apparemment, les livres de prix les plus anciens conservés dans les bibliothèques françaises datent de 1609 (Collège de La Flèche) et 1611 (Châlons). C'est parfois le roi en personne qui récompense ainsi les plus jeunes de ses sujets. On trouve par exemple la trace d'une somme annuelle de 400 livres allouée par le monarque au collège de La Flèche pour l'année 1653.

Naturellement, les volumes ainsi offerts sont reliés aux armes des donateurs (souvent accompagnés de semis de fleurs de lys), et ce jusqu'au 19ème où les armes de la ville ou de l'institution viendront les remplacer.

En fait, les livres offerts diffèrent réellement selon ces deux grandes époques (1600 - 1840 d'une part, et après 180 d'autre part).

Au cours de la première période, les volumes offerts sont rares (26 livres distribués à Amiens entre 1626 et 1697) et sont généralement des grands formats (in-folio et in-quarto) dont le contenu est principalement constitué par des textes anciens dans leur langue d'origine, voire des livres contemporains écrits par des jésuites. Plus rarement, les lauréats se voient remettre de véritables éditions anciennes, tel que l'heureux comte de La Marck, qui fût récompensé par une géographie de Strabon (Bâle, 1523), au collège des Grassins à Paris, en 1686.... et que dire du petit Le Brethon, qui reçût un incunable en 1698, à Amiens!


Avec la seconde période et le début d'une généralisation/industrialisation de la pratique, le nombre de prix distribués augmente et nécessairement la qualité et le format des ouvrages vont évoluer, notamment parce des établissements plus modestes (et non "sponsorisés" par les notables) vont adopter cette tradition.

Ce sont alors l'in-8 et l'in-12 qui se taillent la part du lion, reliés en basane (puis en percaline, voire en cartonnage), et aux armes de la ville ou de l'établissement. Les contenus évoluent aussi, et ce sont surtout des ouvrages de morale, de religion ou de vulgarisation (histoire et science), d'auteurs plus contemporains.

En fait, au 17ème et 18ème, le contenu des livres offerts est choisi sans trop de considération pour le récipiendaire, mais plutôt en fonction des valeurs de l'institution... Par la suite, on verra apparaître des contenus plus dédiés aux enfants ou aux adolescents (le nouveau robinson, des géographies simplifiées, etc.)

Le libraire Mame (1811-1893), bien connu, se fera d'ailleurs une spécialité de ces livres de prix, multipliant les matériaux et les décors, qui sont la caractéristique majeure de ce genre de livres.

L'habitude disparaîtra progressivement...

Ce que j'en retiens? Deux choses... La première est que j'envie tous ces élèves du 17ème et du 18ème... quelle chance! Pour ma part, j'ai essentiellement collectionné des bons points et des images de plaquettes de chocolat. Un incunable ça aurait quand même eu un peu plus de classe, et quelle démarrage en trombe pour ma "carrière" de bibliophile! Sourire.

La seconde est que les écoliers n'ont guère changé. En effet, tous les bibliophiles qui ont déjà eu un livre de prix entre les mains auront remarqué qu'ils sont restés en très bon état, signe que les lauréats, finalement, préférèrent aller jouer à la soule, au jeu de paume et autres juste après la remise des prix!


H

Image : le seul livre de prix en ma possession, un volume in-4 en plein veau, aux grandes armes de Louis XIV, avec un semis de fleurs de lys et de "L", les oeuvres de Sidon ,1652.

vendredi 8 juin 2007

Les Bouquinistes parisiens au 17ème siècle!

Une fois n'est pas coutume, j'ai le plaisir de vous présenter une contribution au blog qui n'est pas de ma plume.
C'est Bertrand de Baskerville, qui vous invite à partager les lignes suivantes, un grand merci à lui :

Un plaidoyer de Baluze en faveur des bouquinistes de Paris (1697)

Au milieu de XIXème siècle, l’érudit Philippe Tamizey de Larroque découvrit un mémoire manuscrit inédit de la main de l’illustre bibliophile Baluze (1). Ce document écrit tout entier de la main du savant homme avait été rédigé en 1697. C’est un touchant plaidoyer en faveur de ces bouquinistes dont les étalages en plein vent étaient pour lui de vieilles connaissances. Baluze, bibliophile dans l’âme stipula dans son testament que sa riche bibliothèque fut vendue à la pièce et non en bloc comme c’était la tradition chez les grands amateurs. Il voulait ainsi que les plus pauvres des savants pussent acheter au moins quelques-uns des volumes, qui, sans cette délicate précaution, auraient été tous ensemble la proie de quelque riche amateur.


Voici le texte du Mémoire de Baluze. Nous en avons modernisé seulement l’orthographe afin que la lecture en soit plus aisée aujourd’hui.

« Autrefois une bonne partie des boutiques du Pont-Neuf étaient occupées par les libraires, qui y portaient de très bons livres, qu’ils donnaient à bon marché. Ce qui était d’un grand secours aux gens de Lettres, lesquels sont ordinairement fort peu pécuniers.

Les libraires de la rue Saint-Jacques firent pour lors de grandes instances pour empêcher qu’on ne continue ce trafic, et enfin ils en vinrent à bout dans le temps des guerres civiles de Paris sur la fin de la minorité du Roi (Louis XIV).

Ces pauvres libraires, qui n’ont pas moyen de louer des boutiques, ont taché de gagner leur vie en installant des livres de peu de conséquence sur les quais et sur les rebords du Pont-Neuf.

Ces livres sont de vieux fonds de magasins de libraires qu’on ne leur demande pas, le fretin (qu’ils appellent parmi eux carimara) des bibliothèques, la dépouille de quelque pauvre prestre décédé, de méchants paquets achetés aux inventaires, tous livres qu’on ira jamais demander dans les boutiques des libraires.

Cependant on se sert de ce prétexte pour empêcher ces pauvres gens de continuer leurs étalages, parce que, dit-on, qu’ils empêchent qu’on ne visite les boutiques des libraires, ce qui est très faux, car on ne trouvera pas à ces étalages des livres de conséquence, pour lesquels avoir il faut aller nécessairement chez les grands libraires.

Aux étalages on trouve de petits traités singuliers qu’on ne connaît pas bien souvent, d’autres qu’on connaît à la vérité, mais qu’on ne s’avisera pas d’aller demander chez les libraires et qu’on achète que parce qu’ils sont à bon marché, et qui sont achetés par les pauvres qui n’ont pas moyen d’acheter les nouvelles.

En ceci il faut considérer autant pour le moins l’intérêt des gens de Lettres que celui des libraires, et que ce ne sont pas ceux ordinairement qui ont le moyen d’étudier qui étudient, mais bien ceux qui n’ont pas le moyen d’étudier, c'est-à-dire les pauvres. Pline l’a dit il y a longtemps : Amat studia ut solent pauperes. De sorte que si on leur ôte le moyen d’acheter des livres à bon marché, on perdra de bons esprits, qui pourraient devenir habilles gens et faire honneur au royaume par la facilité qu’ils auraient d’étudier.

Les libraires ne sont établis que pour le service des gens de Lettres, ce qui doit obliger les magistrats de s’opposer à leur avarice, de crainte que la cherté des livres, qui est toujours chez les grands libraires, ne ruine la littérature. Ils doivent servir également les pauvres et les riches. Ils peuvent vendre chèrement aux riches, à la bonne heure. Mais ils doivent donner à bon marché aux pauvres, et c’est ce qu’ils ne font pas et ne feront jamais.

On dit encore contre ces pauvres gens que sous ce prétexte ils distribuent des livres de contrebande. Ce qui est très faux, et peut être attesté faux par beaucoup d’honnêtes gens qui avaient accoutumé de s’arrêter aux étalages. Il a plus été vendu de livres de contrebande dans la rue Saint-Jacques qu’il n’a été vendu de vieux bouquins aux étalages. C’est ce qui est certain.

Mais quand même il serait vrai, ce qui n’est pas, que ces pauvres gens débitaient des livres de contrebande, le remède dont on se sert ne peut empêcher ce commerce, car ceux qui le font portent les livres dans leurs poches et sous leur manteau, ils vont les distribuer dans les maisons où ils ont leurs habitudes. Cela est de notoriété publique.

On dit encore contre ces pauvres gens que lorsque quelque valet ou autre a dérobé quelque livre, il le leur porte pour le vendre, ce qui est très préjudiciable au public. A cela on répond que ce remède n’empêchera pas ce mal, car on porte également ces sortes de livres aux marchands qui sont sur le quai des Augustins.

Outre qu’il ne faut pas ôter la liberté de vendre séparément quelques livres, y ayant de pauvres gens qui sont obligés dans leur nécessité de vendre leurs livres peu à peu pour subsister.

Ainsi il semble qu’on devrait tolérer, comme on fait jusqu’à présent, les étalages, tant en faveur de ces pauvres gens, qui sont dans une extrême misère, qu’en considération des gens de Lettres, pour lesquels on a toujours eu beaucoup d’égards en France, et qui au moyen des défenses qu’on a faites n’ont plus les occasions de trouver de bons livres à bon marché. »

Signé BALUZE, 1697.

Ce petit article est extrait du Bulletin du Bouquiniste de Auguste Aubry, 207è numéro, année 1865. Section variétés bibliographiques. Pages 395 à 397.



Toute ressemblance avec des faits, des situations ou des personnages réels ayant existés ou existant de nos jours, serait purement fortuite… mais tout de même… qui ne fera pas le méchant parallèle entre le nouveau monstre Internet et … ??

En tous les cas, pour moi, ce texte et son rédacteur, avec les trois siècles qui nous séparent, sont l’expression d’un profond respect et d’un humanisme rassurant pour l’humanité.

Merci Monsieur Baluze.

(1) Étienne Baluze, historiographe, né à Tulle le 24 novembre 1630, mort à Paris le 20 juillet 1718. Après des études au collège des Jésuites de sa ville natale, il part à Toulouse où il est admis au collège saint Martial, qui avait été fondé en septembre 1359 par le pape Innocent VI. Il y poursuit des études de droit, et s'insère rapidement dans les cercles savants de la ville. En 1652, il publie à Toulouse son premier ouvrage, Antifrizonius, où il critique méticuleusement l'ouvrage de Pierre Frizon, Gallia purpurata (Paris, 1638, qui était une histoire des cardinaux français. En 1656, il devient le secrétaire de l'archevêque de Toulouse, Pierre de Marca, et s'installe à Paris. En 1665, il soutient à la Sorbonne neuf thèses de droit canonique pour l'obtention du bacalauréat; il est désormais docteur en droit canon. En 1667, il devient bibliothécaire de Colbert, qui lui fait obtenir une "gratification" royale de 1200 livres par an. En 1689, il devient professeur de droit canon au Collège de France. Ayant inséré dans son Histoire de la maison d'Auvergne quelques passages qui tendaient à prouver que la maison d'Auvergne à laquelle appartenait le cardinal de Bouillon, descendait des anciens ducs d'Aquitaine et comptait ainsi parmi les plus anciennes familles aristocratiques françaises, Louis XIV l'exila de Paris (1710) ; il ne put y revenir qu'en 1713. (Source Wikipedia).

Guillaume de Baskerville.

Images : des libraires parisiens au17ème siècle, un portrait de Baluze, et une image plus récente des bords de Seine... Encore que.

Beau débat!

18 commentaires sur mon message mettant en avant quelques livres en vente sur ebay.
Nous ne sommes pas tous d'accord, mais c'est ça qui fait le sel de la vie.
En tout cas, je prends ces commentaires comme autant d'encouragements!
Ca fait du bien!
Merci beaucoup à Laura, Cadfael, Fantasio, Anonyme (un vrai fidèle celui là!), Martin, René, Raphael!

H

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