« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

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samedi 12 janvier 2008

Améliorer le blog

Amis bibliophiles Bonjour,

La qualité du blog ne dépend pas seulement des messages et des commentaires qui y sont postés.

Aussi, régulièrement, j'essaie de travailler un peu sur la forme du blog, plutôt que sur son contenu. Je suis actuellement en réflexion assez poussée sur ce que je pourrais enlever et/ou ajouter au blog.

Le message d'aujourd'hui est consacré à ces réflexions et j'aimerais avoir votre sentiment sur les points suivants. Cela m'aidera beaucoup à faire des choix.

1. Il y a actuellement un débat en cours sur le fait d'ajouter ou non des petites annonces au blog. Au delà d'être "pour" ou "contre", pourriez-vous préciser les raisons de votre choix?
J'ajoute que les techniques actuelles ne permettent pas de proposer un module petites-annonces comme sur des sites dont c'est précisément l'objet. Sur le blog, cela pourrait prendre la forme d'un message une fois par mois, ou d'une rubrique spécialisée, dans laquelle je "collerais" vos annonces. Elles seraient bien sûr diffusées gratuitement, et pourraient se rassembler autour des thèmes suivants : "recherche", "à vendre", "demande de renseignements", etc.

2. Il y a actuellement sur le blog une zone "Archives du blog", dans la colonne de droite. L'utilisez-vous? A-t-elle un sens pour vous?

3. De même il y a une zone "classements des messages par thème", également dans la colonne de droite. L'utilisez-vous?

4. J'ai ajouté (c'est encore à l'état de brouillon) une sorte de table des matières des messages, par ordre alphabétique, en bas de la page d'accueil, au dessus de la carte, dans la colonne centrale. Qu'en pensez-vous? Utile? Inutile?

5. La carte elle-même. Utile, ou est-ce un simple gadget?

6. Je réfléchis également à une zone de téléchargement de ressources (fichiers PDF, etc) qui serait accessible sur le blog, qu'en pensez-vous? (exemple : pour télécharger une bibliographie libre de droits).

7. Plus généralement, qu'est-ce qui vous semble inutile, ou au contraire que vous aimeriez trouver sur le blog?

Merci

H

vendredi 11 janvier 2008

Identification - Entraide

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Raphael aimerait vous solliciter concernent cette reliure qui vient de rejoindre ses rayonnages.

C'est une reliure pour le moins inhabituelle, qu'on pourrait presque qualifier d'allusive.
Elle provient d'Indochine (étiquette et signature du relieur H. Renoux à Hanoï) et doit dater des années 30-40. La reliure en peau de serpent (de cobra?), et Raphael recherche des informations sur ce relieur.

Cette reliure est en tout cas intéressente, vous remarquerez les deux serpents sur le dos, aux têtes mosaïquées, qui jouent sur le nom de l'auteur Dekobra. D'où j'en déduis qu'il doit s'agir de peau de cobras...

Elle porte l' ex-libris de Cornelius J. Hauck, grand collectionneur américain dont la collection d'abord léguée à un musée à été dispersée par Christie's en 2006.

Qu'en pensez-vous? Avez vous des informations qui pourraient être utiles à Raphael?

H

P.S.: j'ai pris un peu de retard dans les emails que vous m'avez adressés, je vais répondre à tous dès samedi.

Enigme Bibliophilique

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Nous renouons aujourd'hui avec les énigmes bibliophiliques du vendredi soir.

Saurez-vous identifier cet auteur?

Religieux à l'origine, je suis médecin au moment où je publie mon premier livre, qui sera d'ailleurs condamné par l'Université de la Sorbonne.

Je vais ensuite voyager et exercer mon art un peu partout en France, obtenant le privilège d'imprimer librement mes livres pour dix ans de François 1er.

Mes initiales? A. N. mais bien sûr, mais comme j'ai changé d'ordre, elles changeront avec le temps, redevenant légitimes...

Si vous avez la réponse : blog.bibliophile@gmail.com

H

jeudi 10 janvier 2008

Du classement et du rangement

Amis bibliophiles Bonsoir,

Mon problème, c'est que j'ai choisi de collectionner les livres rares, et non les bibliothèques, résultat, je croule, et la question du rangement, du classement et de l'organisation se posent tous les jours à moi.

Vous le savez, dans les scriptoriums, les livres étaient le plus souvent rangés à plat. Mais saviez-vous qu'ensuite, avant d'arriver à l'habitude qui est la notre aujourd'hui, les livres étaient rangés verticalement dans les rayonnages, certes, mais "à l'envers", présentant leur tranche aux yeux de tous, plutôt que leur dos, comme c'est le cas désormais.

D'où d'ailleurs les superbes réalisations qui furent faites pour Pillone et son fils par Vecellio, le neveu de Titien, vers 1590, et dont un grand nombre furent rassemblées par Pierre Berès (mais je parlerai de Pillone une autre fois, c'est prévu).
Comment faites vous de votre côté pour ranger vos livres? Au début, j'ai essayé de les ranger par thème, mais je me suis rendu compte que chaque nouvelle arrivée m'amenait à modifier toute l'organisation. Du coup, j'ai abandonné ce système et j'avoue, à ma grande honte, que je mixe désormais deux méthodes : un rangement par thème quand j'en ai le courage, mais la plupart du temps, un rangement par ordre d'arrivée (ce qui n'est pas idéal).

En même temps, je ne suis ni chercheur, ni marchand et je n'ai donc pas besoin de savoir immédiatement où se trouve tel ou tel livre. Au contraire même, c'est même devenu un plaisir de parcourir les rayonnages à la recherche d'un titre, et d'en redécouvrir d'autres au passage.

Hélas, cela ne suffît pas toujours et j'en suis arrivé à ranger les livres sur la tranche dans le fond des rayonnages (ils présentent leurs dos), et d'en présenter certains autres de face, c'est-à-dire plat mis en avant, devant ceux qui sont dans le fond du rayonnage... Ce n'est pas idéal non plus.

J'oubliais quand même quelque chose, je module ce classement en fonction de l'état des livres ou de leur thème, pour environ 5% d'entre eux : ceux qui pourraient s'avérer fragiles sont préservés de l'éclairage direct d'une part, et les curiosa et les livres occultes sont enfermés dans un petit cabinet particulier, qui est enserré dans un rayonnage. Ils sont ainsi à l'abri du soleil... et des regards.

Et vous? Auriez-vous une méthode miracle? Comment faites-vous? Comment lutter contre l'invasion?

H

mercredi 9 janvier 2008

Mais qu'est ce qui se passe?

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Un message rapide pour vous informer que depuis le début du mois de janvier la fréquentation du blog bat tous les records, jour après jour, avec entre 160 et 200 visiteurs différents chaque jour, ce qui d'ailleurs se voit également dans les commentaires laissés par de nouveaux venus (que je remercie énormément de prendre la parole)...

Par ailleurs, le temps de lecture moyen du blog par visiteur est d'environ 7 minutes et 30 secondes par jour, alors qu'il n'était que de 5 minutes il y a encore quelques semaines (+50% quand même), ce qui suppose aussi que les choses racontées ne sont pas complètement idiotes! Sourire.

Ce n'est qu'un jeu, mais si vous venez chaque jour sur le blog et que vous y passez 7 minutes, ça fait quand même 210 minutes par mois, soit plus de trois heures! Un très bon chiffre si on compare à ceux de la presse spécialisée.

Au 9 janvier, vous êtes déjà presque 1500 visiteurs différents à être passés sur le blog.... Le blog est lu en Allemagne bien sûr, mais aussi tous les jours en Italie, en Espagne, au Luxembourg, en Suisse, en Suède, aux Etats-Unis, etc.

Ce que je trouve particulièrement intéressant, c'est que les commentaires se multiplient, de la part d'intervenants de plus en plus variés, ce qui est un vrai gage de vitalité. Enfin, je reçois de plus en plus d'emails personnels que vous m'envoyez directement avec des suggestions, des remarques, des demandes ou même des articles (je remercie encore particulièrement ceux qui m'en ont envoyé : Bertrand, fidèle entre les fidèles et Iznogoud en chef, Jean, Xavier, et tous les autres qui m'ont aidé à brosser leur portrait).

Alors, merci encore une fois.

H
P.S. : à l'instant où j'écris ces lignes, vous êtes 17 connectés sur le blog.

L'identification des cuirs utilisés en reliure

Amis bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose de poursuivre notre route sur le chemin de la reliure avec aujourd'hui un superbe article de Xavier, sur l'identification des cuirs utilisés en reliure. Merci beaucoup à lui pour ces précisions, si cela vous semble compliqué, c'est normal, pour les peaux, rien ne sert plus que de les avoir eu en main une fois pour les reconnaître ensuite.

Les parties en gras et en italiques ont été ajoutées par moi, simples transitions.

Avant toute chose, il est nécessaire de maîtriser le vocabulaire spécifique de la reliure, je laisse la parole à Xavier :

Côté chair : Face intérieure de la peau qui adhérait à la chair de l'animal. Côté opposé à la fleur

Côté fleur : Face extérieure de la peau qui portait le poil de l'animal. Sur cette face se situent les follicules aidant à l'identification des peaux. On utilise également le terme "côté poil."

Follicule : Petite formation arrondie au sein d'un tissu, d'un organe, délimitant une cavité ou une substance particulière

Tan : Ecorce de chêne pulvérisée utilisée pour la préparation des cuirs

Sumac : Mot Français d'origine Arabe, arbuste aux nombreuses variétés; sumac des teinturiers, des corroyeurs, vénéneux, radicant, vernis du Japon (fournissant une gomme-résine utilisée pour les vernis, la tannerie, etc.)

Noix de galle : Excroissance riche en tanin de la galle du chêne, utilisée pour la fabrication de teintures et d'encres.

Tannage : est l'opération qui consiste à transformer la peau en cuir grâce à des tanins, substances de différentes natures (végétale, minérale comme les sels de chrome, organique) qui permettent de passer d’une peau putrescible, sensible à l’eau chaude et très hydratée à une matière imputrescible, résistante à l’eau chaude et peu hydratée. La transformation des peaux se fait par les tanneurs quand il s’agit de vachette, de veau, de croco ou d’autruche… et par les mégissiers pour la chèvre et le mouton.

Galuchat : nom de l'inventeur, décédé en 1774, obtenu après traitement de la peau de certains poissons sélaciens (squales, raie)

Alun : Sulfate double de potassium et d'aluminium hydraté, utilisé en teinture, mégisserie, médecine (astringent et caustique). L'alun est tiré en partie de l'alunite

Comme pour les papiers, il y a une hiérarchie entre les cuirs , dont voici les principaux:

1 - Le maroquin

Un maroquin

2 - Le veau blond
3 - Le veau granité
4 - Le veau de couleur (violet, bleu)
5 - La basane
6 - Le cuir de Russie
7 - Le galuchat

Le mouton est communément appelé Basane. A l' origine ce terme désignait seulement le mouton tanné au tan (écorce de chêne). Aujourd'hui tannées au sumac ou à la noix de galle. Sa fleur est unie, mais on y décèle des pores visibles et espacés; c'est une peau peu solide, à chair lâche, pour reliures ordinaires; elle a diverses présentations :
Mouton mat, de teinte uniforme

Un chagrin

Mouton bigarré, raciné, moucheté, suivant l'aspect du coloriage.
Mouton chagriné et maroquiné, avec grainage artificiel à l'imitation de la chèvre (convient surtout à la reliure industrielle).

Mouton (Basane)

Peau sciée, s'obtient par le dédoublage en deux, trois ou quatre d'une peau pleine, en général de mouton. Le côté fleur est plus solide. Elle sert particulièrement aux pièces de titre, et, pour cet usage, est striée en largeur. Le côté chair, teint, en vert, s'utilise pour les coiffes de registre.
Agneau-velours, préparé pour être utilisée côté chair, en "daim"

Agneau-velours

La chèvre a une fleur à grains et une chair serrée beaucoup plus résistante que celle du mouton, elle convient au travail de qualité; suivant les espèces, son grain peut-être rond, carré, du Levant, ou long après un traitement particulier.
Les peaux sont différentes :
Chagrin, chèvre de nos pays, la plus commune, à grains assez petits.
Chèvre Madras, d'origine exotique (Inde), très appréciée pour son petit grain régulier et serré. Se polit très bien.
Maroquin, a très gros grain, peau épaisse provenant d'animaux de grande taille. Importé naguère du Cap (Afrique du Sud) ou du Levant, il est réservé à la reliure de luxe; plus tard un maroquin à grain long d'origine anglaise, plus mince et plus facile à traiter tout en conservant une grande qualité aura tendance à le supplanter.

Maroquin à gros grain

Chèvre à grain long, (en chagrin ou maroquin aminci, passé au laminoir et présentant un grain allongé artificiel) réservé à la reliure de luxe.
Chevreau, plus fine que le Maroquin et à grains peu marqués. Elle convient à des plats auxquels on veut donner une certaine souplesse.
Oasis, chèvre du Niger à grains irréguliers, à l'épiderme élastique.

Le veau.
Peau solide, à fleur très lisse et mate, légèrement satinée, souvent veinée; On peut la rendre polie et brillante, beaucoup plus fine que celle du mouton; Elle sert aux reliures de qualités et est assez délicate à travailler. Il existe plusieurs formes de veau en reliure :
Le box, peau de veau tannée au chrome (et non selon le procédé du tannage végétal pratiqué avant 1890). Le box offre une surface lisse, souple et brillante qui convient à la confection de reliure de luxe. C'est le seul cuir imperméable.

Un box

Le veau glacé, aspect lisse et luisant obtenu par pressage.

Un veau raciné

Le veau granité, la surface est criblée de très petites tâches noires rapprochées. La basane et le vélin pouvaient, particulièrement, au XVIIe siècle, recevoir le même traitement.

Chagrin écrasé

Le veau velours : peau chamoisée, extrêmement souple, très en vogue actuellement pour doubler les reliures de luxe.
Le veau porphyre, peau à l'image du marbre de même nom, a été semée de fines tâches de diverses couleurs.
Le veau raciné, peau ornée de veinures rappelant en principe des racines, mais ressemblant plus souvent à des planches de bois sciées dans le sens des fibres. La marbrure est obtenue selon différentes recettes utilisant des teintures et des produits chimiques souvent corrosifs.


Un veau estampé à froid

Le veau jaspé, a l'apparence du jaspe qui est une pierre colorée en brun, rouge ou vert.

Un veau jaspé

Le Parchemin.
Il provient ordinairement du mouton (de chèvre ou de veau). L'origine du mot est "Pergame", ville d'Asie mineure renommée dans l'antiquité pour la préparation spéciale des peaux destinées à l'écriture. Il a un aspect blanc et translucide. On l'a utilisé à toutes les époques pour recouvrir les livres.
Côté chair il ressemble à du papier, côté fleur on distingue les pores et des veines de la peau. Pour la reliure on préfère les plus minces. Se méfier des peaux plastifiées dans lesquelles sont imprimés de faux grain.
Mais le parchemin n'est pas à proprement dit un cuir, puisqu'aucune espèce de tannage ne fait partie de sa préparation. On appelle ainsi toute peau qui a été simplement nettoyée, épilée, débarrassée des parties inutiles, enfin étendue, égalisée et desséchée.

Le Vélin.
Il se présente comme un parchemin de belle qualité. Le vélin provient du veau (très jeune, ou mort-né) ou de la chèvre. Dans le parchemin et le vélin, le coté chair est plus lisse que le coté fleur; ce dernier plus dégraissé, se prête mieux à la décoration (peinture, enluminure, dorure ou mosaïque).

Un vélin

Le vélin souple, répandu au XVII et XVIIIe siècle en Europe occidentale et particulièrement en Italie. La peau de vélin n'était pas collée sur carton, elle était fixée au dos et seulement doublée de papier sur les plats.

La peau de truie.
Peau de porc, elle n'est pas tannée par les moyens ordinaires qui la fragiliseraient, mais préparée à l'alun, substance qui lui conserve sa résistance naturelle. Elle offre une surface raboteuse et inégale, très élastique, on peut l'utiliser côté chair en "daim".
Elle ne met pas la dorure en valeur; en revanche elle s'accommode très bien des frappes de motifs ou de plaques à froid.
Les pays de culture germanique l'ont privilégiée, particulièrement au XV et XVIe siècle pour les reliures monastiques.

Le cuir de Russie.
Le cuir de Russie se prépare avec de la peau de cheval, de veau et de chèvre. Pour la reliure, on emploie seulement les veaux minces et les chèvres. Pour matière tannante, on fait usage d'écorce de saule, de pin ou de bouleau, ou d'un mélange de ces trois écorces qui l'immunise contre les moisissures et les insectes. Quant à l'odeur qui le caractérise, on la lui communique en l'imprégnant, du côté de la chair, d'une huile empyreumatique provenant de la distillation de l'écorce de bouleau. Cette huile, qu'on appelle vulgairement huile de Russie, doit elle-même sa propriété aromatique à un principe particulier qui à reçu le nom de bétuline.
Enfin, la couleur roussâtre se donne avec une décoction de santal rouge et de bois de Brésil dans l'eau de chaux. Depuis plusieurs années, on imite à Paris, à Vienne et à Londres, le cuir de Russie, et les imitations sont quelquefois aussi belles et aussi durables que les produits d'origine russe, dont elles ont d'ailleurs les autres propriétés (selon Roret). C'est une matière de luxe.

Le galuchat.
C'est une peau de poisson, requin ou raie qui servait au XVIIIe siècle pour les reliures d'almanachs. Il redevint à la mode en 1925.

La Peau humaine. Introuvable en peausserie…et comme il n'y à plus de bourreau... pourtant la matière première ne manque pas et court les rues!
Les plus anciens livres connus reliés en peaux humaine ne remontent pas au-delà du XVIIIe siècle. L'Angleterre et l'Amérique sont également riches en spécimens de cette nature, mais c'est en Grande-Bretagne que se rencontrent les plus anciens, datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle. La B.N possède une bible du XVIIIe (fond de la Sorbonne), des manuscrits sur peaux de femmes et une Danse de la Mort d'Holbein relié primitivement par Mr Firmin-Didot avec la peau d'un matelot tatoué d'étranges histoires d'amour et des portraits de ses officiers, les coins recouverts avec ses deux seins et les plats avec la peau de sa poitrine.
Bref, de Crauzat consacre quinze pages à ce genre de reliures.

La peau humaine est proche de celle du cochon : le pore du porc (!) est triangulaire, tandis que celui de l'humain forme un quadrilatère, un examen à l'aide d'une loupe permet de les différencier. (Hugues : cette distinction a été apportée par Christian Galantaris lors d'une vente à laquelle j'ai assisté)
Un exemplaire relié en peau humaine est passé en vente en aout 2007, lors des quatre jours de vente à Montignac (je n'ai pas le résultat pour ce lot, l'estimation était de 2500e). (Hugues : j'ai enchéri deux fois sur ce lot, la première fois où il est passé en vente à Versailles et a été remporté par un libraire parisien, pour 1500 euros, la seconde fois lorsque le libraire l'a remis en vente à Montignac, mais je n'ai plus le montant d'ajudication).
Il s'agissait d'un manuscrit in-12 de 56 ff., relié type cuir de Russie havane, dos à nerfs orné, coupe filetés, dentelle intérieure, reliure de l'époque, 56 sentences contrecollés tirées pour la plupart de Sénèque, ou de l'imitation de Jésus-Christ, une étiquette manuscrite de l'époque indique que la reliure serait en peau humaine (Hugues : ayant l'ouvrage entre les mains, je précise que les sentences étaient sur les femmes, et qu'il était précisé très exactement : "reliure en peau de femme"... l'exemplaire parfait, si on ose dire).
A relire également sur le blog : http://bibliophilie.blogspot.com/2007/06/les-reliures-en-peau-brrr-humaine.html

Le chagrin.
C'est une peau de cheval, d'âne sauvage ou de mulet. Pour matière tannante, on se sert de tan de chêne ou d'alun. Enfin, on produit le grain d'une façon assez bizarre. Après avoir ramolli la peau, on l'étend dans un châssis, puis on répand, sur le côté de la chair ; la semence dure et noire de l'Arroche sauvage (Chenopodium album des botanistes), après quoi on la piétine pour y faire bien pénétrer les graines, et l'on fait sécher. Quand la peau est devenue sèche, on la secoue pour en faire tomber les semences ; elle paraît alors criblée de petites cavités produites par la pression des semences. Plus tard, à la suite de certaines manipulations, toutes ces parties déprimées augmentent de volume et, en se soulevant, donnent naissance aux tubercules que l'on veut produire.

Un chagrin

Un autre chagrin

La fabrication du chagrin existe en Europe, notamment en France, depuis une cinquantaine d'années au moins, mais elle n'y a pris quelque importance qu'après 1830. Elle n'emploie, du moins pour la reliure, que des maroquins ou des moutons maroquinés.


Autre chagrin

Enfin, il convient de rappeler que le veau est certainement le plus employé de tous les cuirs. Selon sa qualité, il a revêtu différentes apparences, du veau jaspé dont les tâches masquaient les imperfections au superbe veau de couleur de l'époque romantique, en passant par le veau blond, si prisé au XVIIIe siècle.

Des peaux exotiques peuvent êtres employées pour couvrir les livres : telles celle de serpent, de requin, autruche, lézard, phoque, saumon, esturgeon, buffle, caïman, perche du Nil, Julienne, …

Reliure en peau de serpent

Le stockage des peaux se fait dans du papier, dans un local ni trop chaud ni…trop humide, les peaux grainées roulées côté fleur vers l'intérieur, les peaux lisses côté fleur vers l'extérieur, ou bien dans des tiroirs à plats.

Où acheter des peaux aujourd'hui? Chez des peaussiers, tanneurs, notamment Jullien (42, rue St Jacques, Paris) et Relma qui vend aussi du matériel de reliure (6, rue Danton, Paris)

Sources consultées :
Mme Wolf-Lefranc, Ch. Vermuyse (professeurs à l'école Estienne)-La reliure, J.B Baillière 1979, 3éme édition (il existe une 4éme édition)
Chistian Galantaris-Manuel de bibliophilie, partie dictionnaire, Ed. des Cendres, 1998
Henri Desmars-Histoire et commerce du livre, G.I.P.P.E, 1998
Annie Persuy et Sün Evrard-La reliure, Denoël, 1983
Et aussi, http://www.moulinduverger.com (manuel Roret en ligne)
Pour les reliures en peaux humaines : E.de Crauzat-La reliure Française de 1900 à 1925, 2 volumes

Merci Xavier,
H

mardi 8 janvier 2008

L'Enfer, c'est pas seulement les autres...

Amis Bibliophiles Bonsoir,

En plus du message ci-dessous, quelques images d'un livre qui a rejoint mon petit Enfer il y a quelques jours... Ce n'est qu'une toute partie de ma bibliothèque.

Je crois que nous sommes ente adultes, donc vous pouvez descendre plus bas (je parle de l'écran, bien sûr).
Monuments du Culte Secret des Dames Romaines, Hancarville, Nancy (je crois, pas encore eu le temps de faire des recherches), 1784.

Un volume in-4 en maroquin cerise, relié par Marius Michel.


H

Les 6 commandements

Amis Bibliophiles Bonsoir,

"Système des libraires parisiens", "bibliographies", "codes"... On le voit, bien qu'elle soit une passion (parfois dévorante), la bibliophilie obéit à des règles. Il y a les règles fixées par l'Histoire, celles édictées par nos aînés en bibliophilie et il y a surtout les règles que chaque bibliophile se fixe à lui-même.

En ce qui me concerne, j'ai commencé comme j'ai pu, j'ai poussé en bibliophilie comme une mauvaise herbe, à la mesure de mes moyens et des arbitrages que m'imposaient ma vie d'étudiant (sniff, sniff.... bon, c'est bon, vous pouvez remettre vos mouchoirs dans vos poches)... Enfin bref.

Mais aujourd'hui, sauf exception, je me suis fixé des règles strictes, pour ne pas acheter n'importe quoi et ne pas regretter au final certains de mes achats (voire ne pas tomber dans une bibliomanie effrénée) :

1. Les livres incomplets, ne serait-ce que d'un feuillet de côté tu laisseras.
2. Les dépareillés, pareillement, oncques ne convoiteras.
3. Le bon état toujours tu privilégieras.
6. La qualité au nombre toujours tu préféreras.
4. Une émotion te procurer, chaque livre devra.
5. Les prix tu compareras
6. Patient tu seras.

Désormais, devant chaque livre, je me pose de façon instinctive ces questions, et quand une reliure vient accompagner l'ensemble, je veille toujours à ce qu'elle ait un sens par rapport au livre qu'elle recouvre. (ne pas oublier la règles fondamentale "tous les livres doivent recevoir une reliure appropriée à leur date, à leur valeur et à leur contenu").

Et vous, avez-vous vos propre règles? Différent-elles des miennes?

H

lundi 7 janvier 2008

Octave Uzanne : Petit voyage au pays de l’esthétisme fin de siècle.

Amis Bibliophiles Bonjour,

Jour de vacances! C'est aujourd'hui Bertrand qui s'y colle et vous propose un article sur Octave Uzanne. Je lui cède la parole.
"Ce n’est pas des livres que je vais vous entretenir mais d’un livre et de son auteur en particulier.

Le paroissien du célibataire. Observations physiologiques et morales sur l’état du célibat par Octave Uzanne.

Cet ouvrage a été publié avec luxe en 1890 chez May & Motteroz, les successeurs de la très renommée Maison Quantin, spécialisée dans les belles éditions.

C’est un grand in-8 de 295 pages imprimées sur un beau papier vergé des Vosges. Le tirage total est limité à 1.100 exemplaires.

Ce délicieux volume à la couverture fragile gris cendré et imprimée de caractères dorés et cuivrés est d’un effet étonnant. Le volume s’ouvre sur un très joli frontispice gravé à l’eau-forte par E. Gaujean d’après Albert Lynch, comme les autres illustrations du livre d’ailleurs. Chaque chapître est en effet surmonté d’une belle vignette à mi-page également à l’eau-forte, du plus bel effet. La page de titre est également ornée d’une belle vignette érotisante.

On peut lire à la fin du volume que cet ouvrage a été ébauché, illustré et gravé en 1887 bien qu’il n’ait été composé et achevé d’imprimer sur les presses typographiques et en taille-douce de l’ancienne Maison Quantin, à Paris, que le 10 décembre 1890. La genèse des beaux ouvrages est toujours laborieuse et incertaine ! Preuve en est.

Le résultat est à la hauteur de l’attente il me semble. Très beau volume à la mise en page très soignée, à la typographie et au tirage des gravures irréprochable, auquel s’adjoint un texte savoureux à plus d’un titre, que je vous laisse découvrir.
Octave Uzanne ! Ah la belle affaire !

Comme je crois que chacun de nous a son demi-dieu dans le dos ou sur son épaule qui le surveille et lui empêche de commettre l’irréparable, je me garderais bien ici de refaire en 20 lignes la biographie d’un homme de lettres qui a beaucoup compté pour son époque.

Je dirais simplement qu’Octave Uzanne est né à Auxerre en Bourgogne en 1851 et est décédé à Paris en 1931. 80 ans d’une vie bien remplie dont presque les deux tiers consacrés à la bibliophilie et au livre en général, mais aussi à la Femme, objet de tous les cultes et de toutes les attentions, pour cet éternel célibataire militant.

Il débute en littérature avec les Caprices d’un bibliophile (1878), poursuit avec le Bric-à-Brac de l’Amour (1879) puis le Calendrier de Vénus (1880) et les Surprises du Cœur (1881), petites productions midinettes dont le titre donne assez l’idée du contenu. Ce sont toujours de beaux petits livres, bien imprimés et tirés sur beaux papiers pour les bibliophiles.

Au début des années 1880 Octave se lance dans l’aventure éditoriale périodique en fondant une revue entièrement consacrée au livre, à l’édition mais surtout aux productions bibliophiliques de tous les âges, Le Livre (1880-1889, 21 tomes reliés en 10 gros volumes). Revue génialissime et unique à mon goût. Très difficile à trouver aujourd’hui à un prix abordable, elle est cependant accessible sur le site de Gallica en version numérisée. Cette revue sera suivie par une autre, éphémère, Le Livre moderne (1890-1891, 4 volumes), puis par encore une autre, éphémère également, L’art et L’idée, Revue contemporaine ou Dilettantisme littéraire et de la curiosité. (1892, 2 volumes). Entreprises toutes collossales et très novatrices.

Tout en gérant ces revues, en écrivant de nombreux articles, de nombreux autres livres sortent de sa plume au fil de ces années 1880-1895.

· L'Éventail. Paris: A. Quantin, 1882.
· L'Ombrelle, le gant, le manchon. Paris : A. Quantin, 1883.
· Nos Amis, les livres. Paris: A. Quantin, 1886.
· La Française du siècle : modes, mœurs, usages. Paris : A. Quantin, 1886.
· La Reliure moderne artistique et fantaisiste. Paris, Édouard Rouveyre, 1887.
· Le Miroir du Monde, notes et sensations de la vie pittoresque. Paris: Quantin, 1888.
· Les Zigzags d'un curieux : causeries sur l'art des livres et la littérature d'art. Paris: Quantin, 1888.
· Physiologie des quais de Paris, du Pont Royal au Pont Sully. Paris: May et Motteroz, 1892.
· Les Ornements de la femme : l'éventail, l'ombrelle, le gant, le manchon. Paris : May et Motteroz, 1892. [Reprise remaniée de L'éventail (1882) et L'ombrelle, le gant, le manchon (1883)]
· Vingt jours dans le Nouveau Monde. Paris : May et Motteroz, 1893.
· Contes pour les bibliophiles (en collaboration avec Albert Robida). Paris: Quantin, 1894.
· La Femme à Paris : nos contemporaines, notes successives sur les Parisiennes de ce temps dans leurs divers milieux, états et conditions. Paris : Quantin, 1894.
· Dictionnaire bibliophilosophique, typologique, iconophilesque, bibliopegique et bibliotechnique à l’usage des bibliognostes, des bibliomanes et des bibliophilistins. Paris : Imprimé pour les Sociétaires de l'Académie des beaux livres, Bibliophiles contemporains, 1896.
· La Nouvelle Bibliopolis. Paris: Henry Floury, 1897.
· L’Art dans la décoration extérieure des livres en France et à l’étranger : les couvertures illustrées, la reliure d’art. Paris : L.-H. May, 1898.
· Monument esthématique du XIXe siècle : les modes de Paris, variations du goût et de l'esthétique de la femme, 1797-1897. Paris : L.-H. May, 1898.

Il devient le fondateur d’une Société de Bibliophiles avant-gardistes Les Bibliophiles Contemporains, Académie des Beaux Livres. Tout est dit.

Ce BookClub très restreint d’à peine plus de deux cent membres, éditait avec force illustrations et sur de magnifiques papiers, des auteurs contemporains et illustrés par de talentueux artistes sinon d’avant-garde tout au moins peu connus encore à l’époque. Cette Société de Bibliophiles se voulait découvreuse de talents et promotrice de succès. Cela a été le cas pour certains. Les « Biblios Contempos » ont vécu quelques années. Le temps a passé.

Après avoir usé ses thèmes, le livre, la femme, le livre, la femme, comme une rengaine un peu trop servie à plaisir il faut bien l’avouer… (Uzanne il faut le dire a usé son sujet plus qu’il n’aurait du).

Uzanne s’est fatigué des livres et de la bibliophilie. Il a même été jusqu’à vendre sa bibliothèque vers la fin du siècle !

Les 30 dernières années de sa vie, même si elles sont moins palpitantes pour le bibliophile et l’esthète qui dort en chacun de nous, n’en sont pas moins intéressantes. Il va durant ce temps écrire pour les journaux, faire des livres de compilations, faire une introduction remarquée pour les Œuvres de Casanova, écrire une biographie de Barbey d’Aurevilly, etc. Pour s’éteindre un peu dans l’anonymat il est vrai.

Aujourd’hui auteur mineur de la fin du XIXè siècle, il a été pourtant l’ami des plus grands, de Huysmans en passant par Rémi de Gourmont. De par son métier de revuiste il a été en contact avec les Paul Lacroix, les Jules Brivois et autres Drujon, Gustave Brunet, etc.

Il reste à mes yeux un des principaux acteurs dans cette avancée phénoménale de la Bibliophilie et de l’Esthétisme fin de siècle qui toucha Paris et la France en général dans les années 1880 et suivantes.

Bibliophilie que certains jugeront artificielle, certes, mais qui a permis mettre en lumière des talents divers et variès tels ceux de Marius-Michel pour la reliure ou Albert Quantin ou Conquet pour l’édition de luxe. Mis en lumières également des artistes du livre comme Félicien Rops ou Félix Buhot (à découvrir vraiment pour ceux qui ne connaissent pas).

J’ai intercalé tout le long de cet article quelques illustrations qui appartiennent au Paroissien du célibataire afin que chacun ici puisse se faire une idée de la qualité des ouvrages qu’il produisait. A vous de juger.

Question pour tous ici sauf pour Jean-Paul qui maîtrise l’Uzannisme sans aucun doute mille fois mieux que moi :

Connaissez-vous le point commun qui existe entre Octave Uzanne et Alfred Hitchcock ? Il y en a un pourtant un !

Je vous laisse le découvrir en image dans les illustrations de cet article. (réponse en commentaire pour tous ensuite si aucun n’a trouvé).

Dernier mot. Uzanne est resté célibataire toute sa vie. Grand amateur de femmes pourtant, c’est de trop les aimer disait-il qu’il préférait sa liberté et leur laisser la leur… Tel un papillon diurne et nocture tout à la fois, il n’a jamais pu se poser dans le berceau du mariage, ni fonder une famille.

PS : Mon demi-dieu (qui se reconnaîtra j’espère) me pardonnera d’avoir émis quelques jugements peut-être un peu hasardés sur l’homme et l’œuvre, mais c’est ainsi que je l’ai vu, ressenti et compris, tout au moins au fil de mes nombreuses lectures uzannesques. Toutes corrections sont bonnes à faire.

Ah ! J’allais oublier. L’exemplaire que j’ai entre les mains a été dédicacé par Octave Uzanne à son ami le grand critique d’Art et ami des peintres impressionnistes et avant-gardistes Roger Marx (1859-1913).

Lorsque Uzanne lui offre se volume, vers la fin de 1890 ou au début de 1891, avec la dédicace « à Roger Marx, au Bibliophile, au curieux, en sympathie d’art. Octave Uzanne. », Roger Marx a 31 ans et Van Gogh vient de mourir.

L’Art et l’Idée, tout est Un, Uzanne avait très certainement raison de les vouloir voir vivre ensemble.

En espérant que vous avez pris autant de plaisir à la lecture de ce billet que j’en ai eu à vous le proposer,

Bertrand"

Merci Bertrand,
H

dimanche 6 janvier 2008

Un petit tour sur ebay

Amis Bibliophiles Bonjour,

Ma boîte à lettres restant désespérément vide de tout catalogue de libraire ou d'une vente à venir, je me rattrape (ou j'essaie) avec Brassens hier (voir mon message ci-dessous), et ebay aujourd'hui. Voici quelques ouvrages repérés.

Livres anciens :

- L'Astrée, d'Urfe, un classique qui eût beaucoup de succès et qui est d'ailleurs assez fréquemment cité dans les ouvrages du 18ème. L'ensemble me semble assez sympathique, avec ses 10 tomes et ses 50 gravures.

L'Astrée, par Urfé, avec 50 gravures de Gravelot

- Le Cousin de Mahomet, de Fromaget ouvrage curieux, format Cazin (l'avis du spécialiste?), en maroquin. Malheureusement, uniquement le tome 1er (achat inutile, vous ne trouverez jamais le second tome dans la même reliure).

Format Cazin, le Cousin de Mahomet, en maroquin, Tome 1er seul.

- A l'heure où les princes vont chercher des princesses sur les podiums des grands couturiers, on peut réviser ses classiques avec ces deux éditions du Prince de Machiavel (1643 et 1675)

Le Prince de Machiavel, Elzevir.

Le Prince et L'art de la guerre

- Autre grand classique :

Satyre Ménippée en bon état de 1714

Livres 19ème :

- Une édition propre des Voyages de Gulliver, illustrée par Gavarni. Bonne reliure.

Les Voyages de Gulliver, illustrés par Gavarni

- Les Contes Cruels de Villiers-de-l'Isle Adam en EO :

Villeurs de L'Isle Adam, les Contes Cruels en EO

De la reliure!

- Trois reliures japonisantes :

Une reliure assez étonnante, japonisante

Sa soeur jumelle

Et une troisième...

- Trois reliures signées :

Une reliure de Thouvenin

Du même relieur, Thouvenin

La Princesse de Clèves, relié par Lortic

- Un grand classique d'Henri Bouchot sur le livre, plutôt intéressant

Le Livre, Henri Bouchot, 1886

- Et pour terminer, du grand n'importe quoi...

Bizarrerie... juste parce que c'est curieux...

Ah, vivement que je reçoive des catalogues!

H

samedi 5 janvier 2008

Marche Brassens : "La mauvaise réputation"?

Amis Bibliophiles Bonjour,

J'ai profité d'un léger redoux pour aller faire l'une de mes 4 ou 5 visites annuelles au marché du Livre Ancien et d'Occasion qui se tient sous les halles du marché Georges Brassens, dans le 15ème arrondissement de Paris.
Voici un compte-rendu : j'ai constaté que l'évolution que j'avais remarquée il y a quelques mois se poursuit, avec la disparition des libraires d'anciens au profit de la bande-dessinée et du "bouquin" ou du "beau livre". Aujourd'hui, il n'y avait que cinq ou six stands consacrés au livre ancien ou au livre 19ème. Cela vous semblera beaucoup si vous habitez au en province, mais c'est peu en regard de ce que proposait le marché il y a quelques années.
L'intérêt pour nous? Sentimental d'abord, le marché est un bel endroit, et pour un bibliophile, il est toujours doux d'être entouré de livres. Digestif ensuite, puisque les allées vous occuperont une bonne heure si vous êtes curieux. Sur le plan bibliophilique pur, chacun se fera son idée, je peux simplement vous faire part de quelques livres aperçus : quelques catalogues de ventes (de 1880 à 2007), quelques bibliographies (voyages, Oberlé, etc.), quelques beaux livres sur les livres (les trésors de la BNF par exemple), de très nombreux ouvrages 19ème ou début 20ème en demi-reliures, et quelques livres anciens, noyé dans la masse, essentiellement des dépareillés ou des ouvrages religieux. A noter néanmoins deux beaux stands dédiés à l'ancien, dont le superbe stand du libraire "Pages Anciennes", que vous trouverez tous les samedis au bas de l'allée centrale de la partie haute du marché. J'ai discuté quelques minutes avec cet aimable libraire qui essaie de perpétuer la tradition de l'ancien à Brassens. Son stand est le plus intéressant du marché, j'y ai noté quelques jolies reliures de maroquin, le Ars Gymnastica, beaucoup de littérature 18ème dans de belles éditions, de la militaria (Guischardt, Folard, etc.). Le stand vaut le déplacement, ne serait-ce que pour le plaisir de la discussion.
En quittant le marché, n'oubliez pas que vous pouvez repartir avec quelques feuilletés au jambon de la maison Poilâne, juste en face de la sortie.

Pour terminer sur un clin d'oeil, vous savez que je cherche toujours des moyens d'agrandir notre petite communauté, aussi ai-je imprimé des cartes de visites aux couleurs du blog, que j'ai disposées sur un stand improvisé devant le marché! Assurément le plus petit stand de la manifestation! Et le plus ridicule!
H

P.S. : pour les curieux, j'ai fait un achat.

Catalogue alphabétique pour bibliomane...

Juste un exemple d'un catalogue alphabétique reçu récemment :

Gail : Dialogues de Morts, etc. 1827
Gaillard : Echos des Monts-Jura, Plon 1910.
Gardin du Mesnil : Synonymes latins, etc. 1777.
Garneret : La Crèche et le Théâtre populaire, 1974.
Garreau : Description du gouvernement de Bourgogne, 1717.
Gastronomie : Le recettes de ma tante, Paris, 19ème.
Le catalogue fait 38 pages, pour 645 numéros, aucune image... A moins d'aimer le spiritisme autour d'une raclette préparée par sa tante, en communiquant uniquement avec les esprits en latin, le soir de Noël, en compagnie du président de la Région Bourgogne, je ne vois pas trop l'intérêt... Et ne me dites pas que ce genre de lecture vous passionne!

:)

H

vendredi 4 janvier 2008

Catalogue : le système des libraires parisiens

Amis Bibliophiles Bonjour,

Ah, et nous en avons déjà parlé ici, quel doux plaisir que celui de lire un catalogue de livres précieux, qu'il s'agisse d'un catalogue de libraire ou de celui d'une vente aux enchères.

Naturellement, l'exercice est codifié et reste complètement obscur pour le profane, les abréviations sont de mise, et surtout gare à celui qui ne maîtrise pas le langage de l'art, car il risque d'être bien déçu par ses achats : "formats", "br.", "(1) - 150 ff", "slnd", etc, pour ne citer que les plus connus, sont des passages obligés pour le bibliophile et l'on peut qu'espérer que le libraire ou l'expert qui a rédigé le catalogue les possède également (ce qui n'est pas toujours le cas!).

Mais saviez-vous que la rédaction et l'organisation des catalogues obéissent elles aussi à des critères relativement stricts, comme celui de l'ordre dans lequel les livres sont présentés? Non, je m'en doutais (Sourire). Bien sûr, chacun reste libre de publier un catalogue sans ordre, mais en réalité, il existe plusieurs écoles, et un système dominant depuis la fin du 17ème siècle.
Première possibilité, qui fût longtemps prisée, celle de classer les ouvrages par format, et qui est heureusement délaissée aujourd'hui.

Deuxième possibilité, que l'on ne croise plus que rarement, qui consiste à proposer les ouvrages par ordre chronologique, comme ce fût le cas pour le catalogue de la dernière vente du fonds de la Librairie Pierre Berès. J'avoue que j'ai été déconcerté par ce système, qui fait voisiner des textes aux thèmes très divers.

Troisième possibilité, la plus évidente finalement, reposant sur un classement alphabétique des auteurs, faisant fi des époques ou des thèmes. Certains experts utilisent ce système qui me laisse perplexe. Dans ce cas, pour le coup, il faut être courageux pour lire un long catalogue dans lequel peuvent se succéder incunables et plaquettes 20ème sur le Dauphiné ou curiosa de la fin du 19ème.

Quatrième possibilité, et celle qui est aujourd'hui la plus utilisée, celle dite du "système des libraires parisiens". C'est le libraire et bibliographe Gabriel Martin (1679? - 1761) qui semble en être à l'origine, ou qui l'a au moins répandu en France en rédigeant ainsi tous ses catalogues. Elle repose sur un classement alphabétique au sein de cinq divisions principales : Religion, Droit, Histoire, Lettres, Sciences et Arts. Avec le temps, il arrive désormais, et c'est pertinent selon moi, que d'autres divisions soient ajoutées, comme les Voyages. Enfin, nous ne sommes plus au 17ème et avec les siècles on a également ajouté une répartition par époques : incunables, livres anciens, livres du 19ème et livres modernes.
Je discutais un jour avec un libraire - expert bien connu sur la place de Paris et éminemment sympathique et celui me disait, en parlant des bibliophiles "on achète sa culture" : un dauphinois en exil à Paris se passionnera pour sa bibliothèque Dauphinoise, un jeune bloggeur bibliophile qui aurait voulu être marin se passionne pour les livres de voyages, réels ou imaginaires, un cuisinier bibliophile rassemble des livres de cuisine anciens, etc. En clair, le bibliophile sait ce qu'il veut et ce qu'il cherche (ce qui rend finalement les catalogues strictement alphabétiques complètement inutiles et quasi rédhibitoires), et cela plaise pour les catalogues bien organisés.

Par ailleurs, le bibliophile me semble être une personne d'ordre, dans le bon sens du terme : il rassemble des ouvrages par thème ou par période, ou rétrécit même le spectre à certains thèmes sur certaines périodes (les livres de voyage du 17ème par exemple), comme c'est mon cas. On le voit bien, c'est donc bien le "système des libraires parisiens" évolué qui est le plus pertinent.

Alors oui, bien sûr, je lis toujours un beau catalogue en entier, mais je n'accorde pas la même attention aux diverses rubriques et surtout dès réception, je me "jette" sur les rubriques qui m'intéressent. Car n'oublions pas, si le catalogue est un exercice de style très codifié, il est avant toute chose un outil publicitaire et dans ce domaine, c'est toujours la clarté du message qui prime.

Merci encore à Gabriel Martin donc, d'avoir répandu et systématisé son "système des libraires parisiens", qui a su si bien évoluer avec le temps et qui rend ces moments si doux.

H

Pour être totalement juste, Gabriel Martin (ainsi que Prosper Marchand) a amélioré un système de classement qui avait été proposé par Ismaël Boulliau (vente Thou, 1679).




Si le sujet vous intéresse : "Catalogues de Libraires", 1473 - 1810), Claire Lesage Eve Netchine et Véronique Sarrazin, Editions BNF, 2006.

jeudi 3 janvier 2008

Tranches antiquées et fers azurés

Amis bibliophiles Bonsoir,

Pour faire écho aux commentaires de Bergamote, Gonzalo et Jean-Paul d'hier soir, j'ai retrouvé mon seul exemplaire de reliure aux tranches antiquées (Cicéron, chez Gryphe, 1576). Voici quelques images. Il me semble difficile de faire ce travail avec un fer azuré, mais pourquoi pas (je penche plutôt vers le burin). Le bord des pages n'est pas dentelé.
Et une image des trois types de fers, avec les fers azurés, empruntée à Yves Devaux, dans son excellent ouvrage "L'univers de la bibliophilie", que je recommande à tous.

H

La Reliure Janséniste

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je ne vais pas revenir sur le Jansénisme, trop long..., mais simplement évoquer aujourd'hui la reliure de type janséniste.

Naturellement, la dénomination vient du Jansénisme, et l'on appelle reliure janséniste une reliure qui est à dessein (et il très important de le souligner) sans décoration, la plus sobre possible, certains diront la plus austère, en ne dorant généralement que le titre au dos, seule marque extérieure présente sur le livre.

reliure maroquin jansénisteLa tradition veut que ce soit Luc Antoine Boyet (actif entre 1680 et 1720) qui le premier exécuta ce type de reliure, peut-être en réaction "janséniste" par rapport aux exubérances de certaines reliures de l'époque, mais peut-être aussi et surtout (ma propre analyse), parce que l'homme avait caractère individualiste et une situation particulière, puisqu'il n'était que relieur, et non pas doreur ou employant un doreur dans son atelier, comme la plupart de ses confrères. Finalement, quand on n'est pas doreur, autant inventer la reliure janséniste. Mais c'est ma propre analyse, elle n'engage que moi.

Il est important de comprendre que si vous avez une reliure de cette époque en basane, très simple, avec simplement le titre du livre au dos, ce n'est pas ce qu'on appelle une reliure janséniste, c'est simplement une reliure très modeste.
reliure maroquin jansénisteLa reliure janséniste est une reliure de luxe, employant les techniques et les matériaux de la reliure de luxe, d'une qualité remarquable, mais sans marque ostentatoire.

Une reliure janséniste typique pourrait être décrite ainsi : des plats vierges de tout ornement, du maroquin, éventuellement des doublures de maroquin ou des gardes de soie, un dos généralement à nerfs, une dentelle intérieure.


Comme il s'agît d'une reliure de luxe, elle ne souffre d'aucune imperfection, imperfection qui serait d'autant plus visible que la reliure janséniste se doit d'être extrêmement sobre.

Après Boyet, la reliure janséniste deviendra un style particulier qui existera aussi bien au 18ème (moins), qu'au 19ème (retour en grâce important avec les commandes des grands bibliophiles aux relieurs) et au 20ème siècle.
reliure maroquin janséniste

Son succès au fil du temps s'explique sans doute par le fait que ce type de reliure est moins daté que d'autres (fanfares, plaque, etc.) et qu'elle constitue finalement l'écrin minimal et de bon goût qu'un bibliophile peut avoir envie de donner à un livre précieux. Dès lors, on n'est plus dans le pastiche... ce qui est bien souvent très heureux (mais c'est encore un avis très personnel).

Que je sache, Boyet ne signait pas ses reliures et il donc très difficile d'identifier ses reliures jansénistes, voici néanmoins des images de l'une de ses reliures ci-dessous, reste que la plupart des grands relieurs du 19ème s'y sont essayés, et que vous pourrez donc en croiser régulièrement.

reliure maroquin jansénistereliure maroquin jansénisteH

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