« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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dimanche 16 mars 2008

Débat : comment réagir face à un cachet?

Amis Bibliophiles Bonjour,

Suite au message de Jean-Paul qui condamnait (à tort, mais l'ami Jean-Paul s'est emporté.. et excusé) un vendeur d'ebay dont le livre présentait un cachet d'une bibliothèque bavaroise, je me suis interrogé sur les cachets.

Comment réagir face à un livre qui présente un cachet d'appartenance à une institution? A la réflexion, cela semble moins simple qu'il n'y paraît et de nombreuses situations peuvent se présenter.

En effet, si les collections sont inaliénables en France, ce n'est pas le cas partout dans le monde (les bibliothèques américaines se séparent parfois d'une partie de leur stock, et de livres qui sont de facto marqués), et l'Histoire peut aussi avoir fait prendre un chemin particulier à un livre.

Exemple? Pour des raisons personnelles, je me suis intéressé à la prise du Berghof d'Hitler par la 3ème Armée Américaine et la 2ème DB. Hitler possédait en effet un très grand nombre de livres. S'il n'était pas bibliophile apparemment, il était en tout cas un très grand lecteur (comme quoi, hein...) et aimait rassembler des livres de toute sorte. Une partie de ses livres a été retrouvée au "Nid d'aigle", et d'autres à proximité, cachés au fond d'une mine de sel. Il s'agissait de livres modernes, de livres anciens, d'achats personnels, d'envois reçus par Hitler, mais aussi de prises de guerre portant les cachets d'institutions étrangères qui finirent par atterrir entre ses mains. Qu'est-il advenu de ces livres?

La 3ème Armée s'est emparée d'une partie d'entre eux, plusieurs milliers, les a rapatriés aux Etats-Unis et confiés à la Bibliothèque du Congrès où quelqu'un s'est chargé de les trier. Il se trouve que cette personne a décidé d'en conserver une partie et d'en remettre une autre partie sur le marché (parce qu'ils étaient "sans intérêt pour la bibliothèque, ou constituaient des doublons), mettant de fait en circulation des ouvrages ayant appartenu à d'autres institutions, portant des cachets.

Parallèlement, la 2ème DB s'est également emparée de certains livres. Certains ont rejoint directement le rayon souvenirs des familles des soldats sur place, d'autres ont été marqués d'un cachet portant une inscription du type "Ce livre a été "libéré" par les soldats de la 2ème DB lors de la prise du Berghof", et ont atterri sur le marché au fil des ans. J'en ai vu un, un Ptolémée, qui portait ainsi le cachet d'une bibliothèque belge, un tampon de l'aigle nazi et le tampon de la 2ème DB. Il a été vendu à un particulier. Celui-ci possède donc un ouvrage avec un cachet d'une bibliothèque belge, mais comment considérer ceci? Doit-il rendre le livre, la bibliothèque existe-t-elle encore?

Idem, on croise souvent des livres portant le cachet d'institutions religieuses qui n'existent plus ou dont les bibliothèques ont été pillées pendant la Révolution et dispersées... Comment réagir?

Enfin, j'ai eu dans ma bibliothèque un livre en français du 18ème siècle, qui avait appartenu à une bibliothèque anglaise, portait son cachet, mais portait également un tampon sur une feuille volante insérée avant le titre "la bibliothèque de "machin" a mis en vente ce livre pour financer les réparations liées aux dommages occasionnés par les bombardements du..., etc.". Problème, la feuille était "volante", ce qui signifie que si elle était enlevée du livre, celui-ci ne contiendrait plus que les cachets.

Autant, la réponse me semble évidente si on croise un ouvrage portant le cachet de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, autant elle peut être plus diffuse dans de nombreux autres cas, non?

Un livre portant un cachet est-il forcément un livre suspect? Qu'en faire alors?

(vous savez mon dégoût pour les voleurs de livres, je ne cherche pas ici à les dédouaner "par la bande", mais bien a essayer d'y voir plus clair dans une situation qui peut concerner chaque bibliophile).

Votre avis?

H.

16 commentaires:

Gonzalo a dit…

Intéressante question!

Ma réaction est en générale la suivante, mais je n'en fais pas une morale, et tout dépend de la situation.

Si tout me laisse penser que le "détournement" du livre est ancien, j'ai tendance à ne pas en tenir compte et à considérer l'objet comme un livre "normal": j'imagine que peu nombreux sont les livres anciens à n'avoir jamais été volé à quelqu'un. Cela fait en quelque sorte partie de l'histoire de l'ouvrage. Ainsi, je possède un petit livre du XVIIe siècle, dont l'intérêt réside principalement dans sa reliure, qui porte le cachet d'une institution religieuse mais aussi un ex-libris datant très probablement de la seconde guerre mondiale. Le livre aurait donc été "détourné" il y a bien plus de soixante ans, et se serait retrouvé sur le marché il y a longtemps. Etant donné qu'en plus il n'appartenait pas à la nation mais à l'Eglise - et étant donné que je ne suis pas croyant -, la possession de cet ouvrage ne me pose pas de problème. D'autant que le livre a aussi pu être donné ou vendu par cette institution.

S'il s'agit, en revanche, d'ouvrages que je sais ou que je présume volés, et dont le vol est relativement récent (en l'occurrence, s'il a eu lieu il y a moins d'une cinquantaine d'année... ne me demandez pas sur quel critère je fixe ce seuil),là c'est non, sans hésitation. Mais pour envisager ces questions, tout dépend de la situation, de comment je "sens" le livre, il y a aussi une part d'intuition.

Question délicate... Je suis très attaché au patrimoine des bibliothèques publiques (je l'ai assez dit), mais je ne peux m'empêcher de penser que si le propriétaire précédent est de bonne foi, et si le vol est ancien, après tout... cela fait aussi partie de l'histoire de l'exemplaire! L'essentiel est de ne pas encourager ce genre de pratique, en expliquant au vendeur ce qui pose problème et pourquoi on n'achète pas son livre. Quitte à faire croire qu'on l'aurait acheté sans hésitation à n'importe quel prix sans ce maudit cachet... C'est, à mon sens, une question de déontologie qui concerne d'abord les libraires... Car les voleurs de livres s'adresse surtout à eux!

Pilou a dit…

Je suis mal placé pour en parler... J'ai 5 livres qui possèdent le cachet de la bibliothèque de Versailles!! Bon, en fait, je les ai achetés à la mairie de Versailles l'an passé, lors d'une vente de livres mis au rebut. Donc, en fait le cachet est annulé! Ne vous en faites pas, je ne suis pas un voleur!
Bien entendu, je suis contre le vol de livre, cela va de soi! A partir du moment où le livre a été sorti illégalement de la bibliothèque, à n'importe quelle époque, je suis d'avis de forcer le propriétaire, même de bonne foi, de rendre le livre. L'acheteur de "bonne foi" s'est sûrement rendu compte au moment de l'achat que le livre portait un cachet. Donc, il savait, en toute connaissance de cause que ce livre avait peut-être été volé. Il est donc fautif également.
Cela bien entendu, ne compte que pour les organismes institutionnels français post-1789. Nous sommes nombreux, je pense, à avoir des livres tirés anciennement de bibliothèques privées ou ecclésiastiques. Et ça m'étonnerait qu'on accepte de rendre tous nos bouquins aux descendants de ces personnes ou aux établissements religieux concernés!

Hugues a dit…

Pilou, à quoi ressemble un cachet annulé?
H

Intaglio a dit…

Ironique de voir que l'annonce d'Ebay dans le navigateur de gauche propose un ouvrage (La mer des hystoires & croniques de france 1517) avec un cachet récent de la Bayerische Staatsbibliothek de Munich sur la page de titre.

Jean-Paul a dit…

Intaglio,c'est une photocopie de la page de titre de l'exemplaire de ladite Bibliothèque.

Hugues a dit…

Intaglio, vous faites la même erreur que Jean-Paul semble-t-il : comme le précise le vendeur de cet exemplaire de La Mer des Hystoires "Ce volume est incomplet des feuillets suivants qui sont remplacé par des photocopies : A1 (titre), a1 (baptême de Clovis) et L6 (marque de Jean Petit).".
Les photocopies proviennent de la Bayerische Staatsbibliothek, pas le livre.
Hugues

Intaglio a dit…

Certes, en France les collections sont en principe inaliénables, mais en réalité l'article L. 2133-22 du code des collectivités locales autorise le maire à procéder à des ventes. Les ouvrages vendus portent donc les cachets de la bibliothèque avec un rajout l'annulant. Cf. "Le désherbage en bibliothèque", http://www.savoie-biblio.com/col_droite/ouvertures/ouvertures-7/pdf.pdf

La désaliénation est possible en France mais très rarement pratiquée en raison de sa lourdeur. C'est pourquoi le désherbage consiste le plus souvent en une redistribution à d'autres bibliothèques ou au pilonnage...
Cf. le débat sur ce site : "Que faire des livres désherbés et estampillés ?", http://www.biblionline.com/forum/viewtopic.php?t=1498&sid=8265b6fcdd837de512e5f8446e763a13

Jean-Paul a dit…

Acheté en librairie ou en salle de ventes, qu'il soit alors identifié ou non par l'expert, ou encore reç en héritage, un livre portant les marques d'appartenance à une Bibliothèque publique DOIT ETRE RESTITUE. C'est la loi, en France.
Les collections des Bibliothèques publiques échappent en effet au jeu de la maxime "En fait de meubles, la possession vaut titre".Elles ne peuvent donner lieu à une appropriation privée et peuvent être revendiquées SANS LIMITE DE TEMPS par l'Etat ou par une collectivité publique.
Tous au recolement !

Pilou a dit…

A Hugues: Ca ressemble tout simplement à un cachet avec un gros "ANNULE" dessus! ;)
Voici une photo (pour qu'on ne m'accuse pas de voleur!
http://i210.photobucket.com/albums/bb201/Philippe-Duc-de-Bourgogne/ABCD0002.jpg
http://i210.photobucket.com/albums/bb201/Philippe-Duc-de-Bourgogne/ABCD0001.jpg

Tristan a dit…

Jean-Paul... Ca va faire du boulot pour les libraires et autres maisons de vente, vous n'allez pas vous faire des copains... rendre tous ces livres! Sans parler de touts ces bibliothèques qui vont voir affluer des livres dont elles ne savaient même pas qu'ils avaient disparus!!!!!!!!
Plus sérieusement (ou pas), cela implique-t-il que l'on puisse diligenter des enquêtes policières afin de savoir comment au juste ces livres sont sortis des bibliothèques publiques?
Ca va faire du dégât!
Tristan.

Gonzalo a dit…

Pour répondre à la questionde Hugues, dans la bibliothèque (municipale) où je travaille, tous les livres envoyés au pilon portent, sur la page de titre, un grand (env. 10 x 3 cm) tampon rectangulaire à l'encre rouge "ANNULE B.M." (B.M. pour bibliothèque municipale).

Je possède aussi un livre de la bibliothèque municipale de Chinon qui est estampillé "exclu des collections".

Jean-Paul a dit…

Réponse à la question de Tristan : OUI !

Hugues a dit…

J'ai un livre de la bibliothèque de la Garde Impériale... je m'adresse à qui? C'est une prise de guerre, puisqu'il a ensuite été marqué d'un cachet d'un artilleur allemand?
Pas simple.
En passant, les bibliothèques françaises communiquent-elles les listes des livres volées, comme le font les bibliothèques américaines?
Plus... Si on tombe sur un libraire vendant un livre avec un cachet non annulé... On fait quoi? Les bracelets pour recel? Direct?
:)
H

Olivier a dit…

Bonsoir,
J'ai feuilleté en urgence deux volumes achetés récemment qui me semblaient (ouf, ce n'est pas le cas) porter le cachet d'une bibliothèque. Une fois de plus je me coucherai moins c.. ce soir. Pour rebondir sur certains des commentaires j'ai croisé lors d'un salon récent un volume "orné" de svastikas dont le thème était en "rapport". J'imagine qu'il y a un "intérêt" de bibliopégimane à ces reliures mais je l'ai mal vu dans ma bibliothèque...

En passant si quelqu'un peut m'en apprendre davantage sur un relieur nommé Seton à Edimburgh (première moitié du 19ème). C'est un de mes achats de ce salon et il me ravit sans savoir pourquoi (pour le moment...)
Bien à vous tous,
Olivier

Raphael Riljk a dit…

Je ne sais pas à quel degré de recherche et de découverte vous en êtes, mais on trouve des informations au moins biographiques sur James Taylor Seton sur la liste de discussion Bookarts:
http://palimpsest.stanford.edu/byform/mailing-lists/bookarts/2004/12/msg00107.html

Si le lien ne fonctionne pas bien, voilà ce qu'on y lit :
The following is taken from the Scottish Book Trade
Index, an invaluable resource that can be found on the
National Library of Scotland website
[http://www.nls.uk/catalogues/resources/sbti/index.html]:

SETON, James Taylor bookbinder Edinburgh
3 Mound Place 1826-30
East Rose Street Lane 1831
6 St Andrew Square 1832-35
The National Library of Scotland has Catalogue of
books and stationary, being part of the stock of
James Taylor Seton, bookbinder, Edinburgh; and of
Bourhill & Co. booksellers, Musslburgh. To be sold
by auction, for behoof of creditors by John Carfrae &
Son, Edinburgh 19-22 December, 1831.
Edin Dir

TAYLOR, James bookbinder Edinburgh
Edinburgh 1782-3
Back of the Exchange 1784
Parliament Square 1786-88
Old Post-Office Stairs 1790
Gosford?s Close 1793-1803
Kintore?s Close, Luckenbooths 1804-13
7 James?s Court 1814
Mound Place 1815-24
3 Mound Place 1825
Married Miss Isobel daughter of James Cochran printer
16 September 1782. Burgess and Guild Brother
in right of wife Isobell, daughter of James Cochran
printer 3 August 1786. Letter from him 18 March
1795 National Library of Scotland MS Acc.12009.
Succeeded by James Taylor Seton, 3 Mound Place
label in a book of 1828 in the National Library of
Scotland. Apprentices: James Watson mentioned as
such in letter 18 March 1795. Alexander Tait, Burgess
29 July 1813.
EdinMarr; Edin Dir; EdinBurg; Pigot 1820

BOURHILL & Co booksellers Musselburgh
Musselburgh 1831
The National Library of Scotland has Catalogue of
books and stationary, being part of the stock of
James Taylor Seton, bookinder, Edinburgh; and of
Bourhill & Co. booksellers, Musselburgh. To be
sold by auction, for behoof of creditors by John
Carfrae & Son, Edinburgh 19-22 December, 1831.

Vous avez fouillé à la National Library of Scotland
http://193.130.15.3/bookbinding/index.html
et à la British Library ?

Raphael

Hugues a dit…

Je me suis amusé à taper "cachet bibliothèque" dans addall... Le résultat est amusant, voici par exemple les livres proposés par certains des plus grands libraires français :
- Des Faictz et Gestes des Douze Cesars. Nouvellement translate de Latin en Françoys. 18000$ avec "un cachet de bibliothèque sur le titre"
- NEFTIANAÏA PROMYCHLIENNOST, 16000$, tampon violet de double d'une bibliothèque publique polonaise..
- Recherches sur l'atmosphère. 5000$, avec "cachet de la bibliothèque du petit séminaire de Montmorillon".
- Histoire de.., 4700$, cachet de la bibliothèque du château de la Roche Guyon sur le titre.
- Compte général, etc., 3200$, Cachet et inscription en tête « bibliothèque du Corps législatif » (successivement Assemblée Nationale puis Chambre des Députés).
- Physique sociale, etc. 1880$. Cachet et ex-libris manuscrit Bibliothèque publique d'Audenaerde.

Etc, etc... les exemples sont légion et je ne parle pas de la multitude de livres proposés avec seulement la précision pudique "cachet de bibliothèque sur le titre", sans précisions... On gagera que si tous ces livres avaient été annulés ou réformés, le vendeur l'aurait précisé. Ainsi, ce dernier exemple :

- Pharmacopée royale, 2800$, cachet de la Bibliothèque du Muséum avec mention "cession autorisée".

On le voit, pas si simple... Comme toujours dans ces cas là, il y a la théorie et la pratique.
H

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