« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

vendredi 23 octobre 2009

Miscellanées de Monsieur H.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J'espère que vous allez bien. Le deuxième numéro de La Nouvelle Revue des Livres Anciens est à la maquette, nous touchons au but. Jean-Paul et moi en profitons pour développer des compétences insolites: il est devenu un typographe de talent, je maîtrise désormais les arcanes de la bureautique.

Mais passons. Trois petites choses ce soir: un conseil, une information, un débat sans cesse renouvelé.

Le conseil: Camille, jeune lectrice du blog aimerait bénéficier de vos conseils. Je lui cède la parole. "Pouvez-vous m'aider? J'ai 23 ans, une licence d'anglais acquise en juin et je suis aujourd'hui dans le flou total. Ne m'épanouissant définitivement pas dans mes études j'aimerais me réorienter. Je débute une L 1 en littérature mais mon but n'est pas de devenir enseignante, bien au contraire. Cependant je suis à la fac et les cursus que l'on nous propose nous emmènent droit vers l'enseignement.
Y a t'il des écoles, des formations particulières pour travailler dans les métiers du livre ? Je sais que c'est très vaste mais je suis un peu perdue et même si je sais très bien ce que je veux devenir, ce que je ne veux pas, j'ai besoin d'aide dans mes recherches?" Qu'en pensez-vous?

L'information: la librairie Anne Lamort m'a contacté suite à la publication de son dernier catalogue, consacré au curiosa et autres ouvrages érotiques. Ce n'est en effet pas la spécialité habituelle de cette libraire très sympathique. Si ce type d'ouvrages vous intéresse, je ne peux que vous conseiller de contacter la librairie.
Anne Lamort Livres Anciens
3 RUE BENJAMIN FRANKLIN
75116 Paris
Téléphone : 01.42.24.11.41

Le débat: des lecteurs du blog me contactent régulièrement pour discuter de positions défendues ici sur l'achat de livres incomplets. Mon avis est que l'achat d'ouvrages incomplets doit être évité à tout prix, en dehors de circonstances particulières, il me semble en effet que c'est de l'argent "gâché"... Quelles circonstances alors pourraient le justifier? Des moyens financiers limités, des débuts en bibliophilie, mais je n'en vois guère d'autre... Et vous qu'en pensez-vous? Achetez-vous des incomplets?

H

41 commentaires:

Le Bibliophile Rhemus a dit…

A Camille : quel métier du livre ?
Libraire, relieur, éditeur, enseignant, etc ?

Pour les incomplets, désolé de me répéter : jamais, on le regrette toujours (sauf pièce à dimension historique exceptionnelle évidemment).

Lauverjat a dit…

Ah le problème des incomplets! À ma droite Jean-Paul pourfendeur des incomplets, livres tarés, bons pour allumer le feu ... et il a raison dans l'absolu. À ma gauche notre ami fâché un beau soir par ce sujet qui, de mémoire, défendait le livre imparfait en attente, je pense, de l'aubaine de le compléter... et j'espère qu'il y réussit avec raison.
Le duc d'Aumale pourrait bien avoir mis tout le monde d'accord, puisque pour constituer sa parfaite collection il a acqui quelques incomplets (rarissimes bien entendu, pour les plus jeunes, internet n'existait pas), complété des livres grâce à d'autres exemplaires, échangé ou offert des volumes esseulés avec d'autres bibliophiles dont Prosper Blanchemain pour compléter des séries, fait restaurer ou remonter des reliures anciennes et des gravures, et abondamment relié des volumes dont on ignore le plus souvent l'état d'origine.

Olivier a dit…

Bon je me lance sur l'achat de livres incomplets...

D'un point de vue bibliophilique :
1) compléter (ou plutôt rappareiller) des incomplets;

2) on n'attire pas de jeunes mouches bibliophiles avec du vinaigre et un bout du rêve incomplet vaut mieux que deux Bourdaloue qu'on aura;

D'un point de vue plus général (qui n'a rien à voir avec la bibliophilie), écarter les incomplets, puis (c'est la pente naturelle de toute collection) les volumes qui présentent des défauts est une attitude d'épicier.

Si l'importance générale d'un livre se mesurait aux reliures superbes qui le recouvre, quelle pauvreté. Quelle tristesse que de lire dans une description de libraire pour un livre qui a traversé plusieurs siècles : "comme neuf", "tel que paru". Des livres sans lecteurs ne sont pas des livres.


Au final, ce brassage qui s'apparente à l'orpaillage et qui maintient à la surface des exemplaires et des livres (notamment populaires) qui n'ont pas d'intérêt bibliophilique est sans doute moins vain que les convoitises croisées ayant pour objet quelques dizaine de milliers d'exemplaires et qui sont le terrain de jeu de la bibliophilie.

Reste qu'en tant que bibliophile (même impécunieux comme moi) les incomplets n'ont que peu d'intérêt (et comme tout le monde je pense j'ai fait mon chemin à ce propos).

Hors du champ de la bibliophilie c'est une toute autre histoire.

La vente de Munich et celles à venir devraient d'ailleurs interpeller. Un mur de livres vendu comme un objet ramène certains des livres qu'il contenait à leur statut d'objets (d'art). Cela n'interpelle pas les plus bibliopégimanes des bibliophiles, ces objets (d'art) suscitant l'intérêt de non-bibliophiles ?

Olivier

Olivier a dit…

Je lis Lauvrejat et Jean-Paul en postant mon message,

Je me demande (sans rien en savoir) si justement internet en rendant accessible une masse d'informations sans commune mesure avec celle dont disposait les bibliophiles fin de siècle ou début du siècle précédent, ne rend pas, paradoxalement, plus nécessaire la survie des exemplaires incomplets, fautifs.

A l'époque, on imagine l'émotion d'un bibliophile tombant sur un exemplaire dont il ne pouvait préjuger qu'il le reverrait jamais complet.

D'où ces somptueux exemplaires (je parle de l'écrin) qu'ils nous ont laissé (et tous ceux qu'ils ont détruits...).

Bref, aujourd'hui l'incroyable mise à disposition (catalogues de libraires, de vente, ebay, etc.) d'informations conduit (et moi le premier) à détourner le regard (ou à faire rouler la molette de ma souris) d'un exemplaire qui aurait peut-être suscité l'intérêt d'un bibliophile (et je ne parle pas que du Duc D'Aumale et de la poignée de bibliophiles mythiques) pré-1999?

Juste une interrogation...?

Denis a dit…

Pour Camille, une bonne adresse pour les metiers du livres: l'Ecole Estienne. Ma cousine y est meme entree apres un deug B et apres avoir echoue a l'examen...demandez un entretien au directeur, allez-y au culot...

Bon courage,

Denis.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

"Des livres sans lecteurs ne sont pas des livres."

Alors, comment penser qu'un texte incomplet puisse faire le bonheur d'un lecteur ?...

Morgane a dit…

Pour les métiers du livre en fac (bibliothécaire, ça comprend aussi éditeur etc je crois): Fac de clermont -ferrant.

Pour la reliure courante et reliure dart: Lycée Tolbiac à Paris, Ecole Estienne (qui perd un peu de sa splendeur passée ces derniers temps je trouve personellement)

Pour restauration de livre ancien et art graphique (voir aussi peinture, sculpture, céramique, métaux, textiles dans les deux mêmes écoles): Institut Nationale du Patrimoine, et MST (cursus à Paris 1 ou 4 je sais plus).
Pour plus d'info sur la restauration, me contacter, je suis en plein dedans.

Bon courage pour tes recherches Camille!!

Gonzalo a dit…

Pour la reliure:
- les ateliers d'Or, à Semur en Auxois. "Ecole nationale des arts de la reliure", qui forme au CAP.

Hugues a dit…

Les incomplets. Un livre reste quand même un objet destiné à être lu... Et puis, pour être en bibliophilie depuis un moment maintenant, même si je n'ai pas encore l'âge minimum requis par C. Galantaris, j'ai constaté que l'achat d'un incomplet se traduit toujours par un processus identique:
I: l'achat, le livre est incomplet mais pourtant à ce moment là, on lui trouve des atouts. "Il est beau, je ne l'ai pas, après tout, il ne s'agît que de quelques pages, etc."
II: on arrive chez soi. "Ah tiens, il me semble curieusement un peu plus incomplet ici, au milieu de ses cousins. Je vais le poser ici, mais je sais déjà que, pour TOUJOURS, à chaque fois que je poserai les yeux sur lui, il sera l'incomplet", et cette caractéristique prendra le pas sur toutes les autres, et sur toutes les qualités qu'on avait pu lui trouver lors de l'achat. Il restera "l'incomplet".
III: cet incomplet est un caillou dans ma chaussure... Seule solution, partir à la recherche de son frère, complet lui.
IV: acheter le même, mais complet... et on se retrouve donc avec deux exemplaires, l'un complet et l'autre, le vilain petit canard, dont on ne peut évidemment se défaire. Qui en voudrait?

Quant à compléter un incomplet avec un autre incomplet. C'est vraiment trop hasardeux à mes yeux pour devenir une philosophie, et puis derrière ceci je hume toujours comme un parfum de spéculation, ou un en tout cas de manipulation: compléter un incomplet, sans forcément (jamais?) le mentionner, reste un moyen pour certains de rendre intéressant deux ou trois (ou plus) exemplaires invendables.

J'ai d'autres névroses hélas (vins et tableaux), mais il ne me viendrait pas à l'esprit d'acquérir un tableau auquel il manque un coin (vous allez me dire: enfin un Basquiat ou un Bosch, vous le prendriez. Certes, mais les probabilités, comme celles de compléter une bible de Gutenberg restent infinitésimales, donc comment en faire une éthique?), ni d'acheter un Vougeot 1er dont il manque 15cl, voire de mélanger deux vins, même du même millésime/cépage/producteur dans une même bouteille.

Je ne suis d'ailleurs pas non plus sensible à l'argument de la sauvegarde des canards boiteux par sentimentalisme. D'ailleurs, si on va au bout de cette démarche, leur "incomplétude" est bien le fruit de leur histoire personnelle, et mérite elle aussi, d'une certaine façon d'être respectée... plutôt qu'il ne soit encore une fois amputés au profit d'un cousin à peine mieux portant. Je n'irai pas jusqu'à les brûler, mais je les laisse de côté.

J'espère en tout cas que ce débat, qui fût souvent animé sur le blog, ne franchira pas une nouvelle fois le point Goodwin.

Pour réagir au commentaire d'Olivier, je m'étonne toujours qu'il y ait encore des bibliophiles (malgré toute l'amitié que j'ai pour vous Olivier, vous le savez, ou alors je vous ai mal compris, ce qui est probable) qui "opposent" reliure et texte. La position la plus intellectuellement acceptable étant de privilégier le texte à la reliure (ce qui me semble logique). Cependant, je ne suis pas sensible aux arguments du type "merveilleux texte dans son jus", qui veut en général dire classique dans un état déplorable. On peut (on doit?) essayer de concilier les deux: le texte et la reliure, et une belle reliure n'a jamais nuit à un beau texte. Et je ne parle pas forcément d'une reliure pastiche du 19ème en plein maroquin... Quoi de plus beau en effet qu'un veau glacé du 18ème en état parfait (ma préférence entre toutes)?

D'ailleurs, quand on regarde les catalogues de ventes de nos glorieux aînés, on constate que l'apogée de la bibliophilie vient quand l'amateur a rassemblé les plus grands textes dans les conditions les plus parfaites.

J'en suis encore très loin mais avec le temps j'achète moins et me semble-t-il mieux; la quantité, au détriment de la qualité et de l'état de l'ouvrage est probablement un excès de jeune bibliophile (bien utile d'ailleurs, je suis passé par là, pour se former le goût et apprendre - parfois de ses erreurs), ou un réflexe mal contrôlé de bibliomanie.

Hugues

Olivier a dit…

Hugues,
Je n'oppose bien sûr pas reliure et texte. Rien de tel qu'un grand texte dans un bel écrin. Il m'arrive même d'acheter des livres pour leur reliure (si si). Et pour emprunter une rue Henri Béraldi tous les jours je sais que la bibliophilie commence à la reliure. Et les (quelques) reliures de Lortic, Allô, Kieffer, Champs, Petit de ma bibliothèque témoignent que je n'ai pas un cœur de pierre face à un maroquin ;-) Je ne dois pas (encore?) être bibliopégimane néanmoins : je n'avais même pas noté que la reliure aux armes du Comte de Chambord que je possède (cf. post sur la bulle ineffabilis) était signée par Gruel. C'est ma lettre volée à moi (c'était sous mes yeux et tellement évident que je ne l'avais pas vu).

Je m'interrogeais simplement sur le sens de la vente Hampel où des livres, objets légitimes de la convoitise des bibliophiles, ont rencontré un acheteur qui ne l'est probablement pas. Cela ne va-t-il pas modifier le fonctionnement du marché?

Je suis tout à fait d'accord sur les incomplets, ils sont les sparadraps du Capitaine Haddock du bibliophile.

Amicalement,
Olivier

PS : tout à fait d'accord avec Jean-Paul aussi : un incomplet ne peut intéresser un lecteur, seul un bibliophile peut s'y intéresser.

Gonzalo a dit…

Je reste pour ma part convaincu que la bibliophilie est une passion individuelle, qu'elle ne vise à satisfaire un plaisir égoïste. Et par définition, ce plaisir personnel ne s'accommode pas de grands principes édictés par le blog ou ses lecteurs.
Evidemment, un livre complet vaut toujours mieux qu'un incomplet, mais je vous trouve durs lorsque vous êtes affirmatifs, et que vous érigez en principes généraux des critères qui sont les vôtres.

Je fais partie de ces amateurs qui possèdent quelques incomplets. Certes, c'est rageant, frustrant, et effectivement, le regard que je porte sur certains de ces livres est affecté par leur incomplétude. Mais ça ne m'empêche pas de jouir d'une belle gravure, d'une calligraphie élégante ou d'une typographie équilibrée.

Vos arguments témoignent assez du fait que vous considérez les incomplets comme de "mauvais placements", des choses invendables, sur lesquelles on perd toujours de l'argent. C'est sans doute le climat chartrain qui déteint sur la France, et c'est faire peu de cas du plaisir individuel qui peut, parfois, surmonter cette incomplétude.

Je ne suis pas en désaccords sur le fait qu'un incomplet reste un exemplaire boiteux, et je suis, comme vous, à la recherche des meilleurs exemplaires possibles. Mais, diable!, ma bibliophilie m'est personnelle, et aucun grand principe ne parvient à contenir une vraie passion.

Je reste convaincu que la bibliophilie n'est pas raisonnable...

Pierre a dit…

Pour Camille.

Tout d'abord, pas de panique ! Flou, épanouissement et réorientation sont des mots que vous conjuguerez toute votre vie avec plus ou moins de réussite. Le temps ne fait rien à l'affaire...

En ce moment, une jeune femme fait chez un ami libraire un stage pendant sa formation (IUT ou Master ?) de Libraire à Aix en Provence. Elle m'a dit qu'il existait une autre école renommée sur Nancy. Cette formation qui associe la littérature et la gestion me parait une belle opportunité si l'on croit encore au support papier. Et puis, même si on vend des "KIndle" en librairie, il faudra encore des professionnels pour dire quels sont les textes intéressants à télécharger.

Pierre

Antoine a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Antoine a dit…

Gonzalo,
Je ne pense pas que ces critères "définitifs" soient le fait du blog et de ses lecteurs, ils ne sont que l'expression de bibliophiles depuis des siècles, ou au moins me semble-t-il depuis que la bibliophilie est d'une certaine façon théorisée.
Un incomplet peut exister, bien sûr, mais comme vous le dites justement, c'est toujours, hélas, par dépit.
Antoine

Donatien a dit…

Je souscris en mon particulier aux propos de Gonzalo et considère qu'il est tout à fait vain de vouloir poser en généralité ce qui par essence ne saurait l'être ; la bibliophilie n'est à mon sens pas autre chose que l'amour des livres : or ne pas aimer un livre pour la seule raison qu'il n'est pas complet en se focalisant jusqu'à l'obsession sur ce défaut qui quelquefois se trouve être passablement faible

(car si le livre est fait pour être lu, ce n'est pas toujours un fragment de texte qui manque, mais simplement un frontispice ou une illustration, ce qui n'entrave nullement la lecture)

c'est d'après moi faire abstraction de l'essentiel de ce qui constitue l'ouvrage : et cette abstraction est certes favorisée si l'on met celui-ci en comparaison avec d'autres ouvrages : mais outre que je ne vois nullement la nécessité de perpétuellement comparer étroitement les ouvrages entre eux plutôt que d'aimer chaque ouvrage pour ce qu'il représente seul

(l'on aime un livre ancien à mon sens parce qu'il est ancien par rapport au siècle dans lequel on vit, et non pas par rapport à d'autres ouvrages ; l'on aime un ouvrage en maroquin parce que le maroquin est beau (au sein de toutes les matières dont est composé l'univers), et non pas parce que l'opinion l'a déclaré plus cher et plus noble),

je conçois mal, hormis bien entendu s'il s'agit de personnages n'acquérant des livres que pour l'ostentation ou l'orgueil de posséder ce que d'autres ne possèdent pas, que l'on puisse excommunier un ouvrage simplement parce qu'il lui manque une petite partie de lui-même, comme s'il n'était plus rien dès qu'il n'est pas absolument tout ce qu'il dût être originellement.

Supposons un bibliophile qui serait épris des incomplets et ne chercherait que les incomplets : aurait-il moins de plaisir à toucher ses ouvrages qu'un autre n'ayant que des maroquins complets et en parfait état? Non, sans doute ; serait-il moins bibliophile que celui-ci? Certes non, la bibliophilie étant avant tout une passion subjective et non pas une affaire de spéculation ou autre.

Ainsi à la question : l'achat d'ouvrages incomplets doit-il être évité à tout prix? je réponds que tout dépend l'optique dans laquelle l'ouvrage est acheté ; s'il l'est dans celle de le revendre, d'en faire ostentation ou de satisfaire à un besoin de distinction ou d'orgueil, effectivement il vaut mieux éviter ; maintenant s'il l'est purement et simplement par amour pour les livres, et que ce soit un ouvrage aimé, je ne vois absolument pas pourquoi il devrait être évité : si je ne l'ai certes pas résolu, étant bien trop sommaire, je pense du moins avoir tant soit peu éclairci l'état de la question ; à l'égard de ceux qui n'aiment les livres que quand ils sont propres à satisfaire à l'un des trois (ou aux trois) buts mis en lumière, qu'ils ne balancent pas à me faire libéralement offrande de leurs incomplets : je les aime tout autant que les complets et la grandeur d'âme est un plus grand motif d'orgueil et produit un meilleur effet en ostentation que la possession de cèdres de la contrée des livres.

N'ayant fait qu'exposer mon humble avis, je terminerai en déclarant que l'apogée de la bibliophilie me parait être, à moi, quand le bibliophile a atteint le plus haut degrés de passion, d'émotion, de persévérance et d'amour.

Donatien.

Anonyme a dit…

Difficile de ne pas souscrire à la position de Donatien... et pourtant, il y a des choses qui me font réagir:

1. Vous opposez comme à chaque fois dans ce débat le bibliophile amoureux, respectueux, sage, passionné, qui ose acheter des incomplets mais dont la grandeur d'âme est telle qu'on ne peut que le lui pardonner.... et de l'autre, le nouveau riche inculte gavé de maroquin dont il garni des bibliothèques qui ne seront jamais "lues". Vu, comme cela, évidemment, même les plus intransigeants des complétophiles se sentent idiots. Sauf que cela est trop facile et nous fait tomber dans des clichés: riche = idiot = parvenu = moins bibliophile que l'autre, etc. on pourrait même raccourcir: maroquin = snob, etc.

A mon sens, la bibliophilie (dont je me garderais bien de donner une définition. Hugues a d'ailleurs conclu le débat une fois pour toutes sur ce point en expliquant à raison qu'il y a autant de bibliophilies que de bibliophiles) dans sa grande masse est loin de ces extrêmes. Je n'ai que deux ou trois maroquins, j'aime les brochés, les livres en état piteux ne me rebutent pas, je ne suis donc pas un de ces magnats bibliophiles, et pourtant les incomplets me font fuir. Ce n'est pas que je ne suis pas amoureux des livres, mais les manques ne m'attendrissent pas, ce doit être mon bon sens familial et paysan qui parle. Cré vingt dieu, pourquoi acheter un livre auquel il manque des pages! Cliché me direz-vous et vous aurez raison, mais si on prend du recul, tout ou presque est dit.

2. Et d'ailleurs, regardons les choses en face: si nous avions tous des moyens financiers illimités, et la possibilité de se procurer tous les livres qui nous font rêver, croyez-vous réellement que nous aurions des incomplets... sauf cas exceptionnel, ou erreur lors de l'achat? C'est hélas un choix, ou un goût par dépit.

Hercule Savinien
P.S.: Donatien, j'ai aimé votre texte mais je relève même pas l'argument "livre complet = destiné à la revente = spéculation". Vous savez, on peut aimer un livre complet, et le vouloir complet, sans jamais lui accorder une valeur financière à terme. Encore une fois, l'amalgame destiné à discréditer les amateurs de complets est une ficelle un peu grosse.
-> Hugues, pardon si je nous entraîne vers le point Goodwin. Espérons que non.

Anonyme a dit…

Taratata et bavardages de commères!

Le bibliophile est comme tous les collectionneurs, c'est la perfection qu'il recherche. Il se nourrit de la concupiscence qu'il allume dans le regard des autres ou, s'il est discret, de celle qu'il imagine.

Les incomplets, les tarés, les bidouillés n'ont jamais fait ba..der personne. Au feu de nos cheminées ils faut les vouer ! et les regarder longuement noircir et se tordre, un maroquin insolent bien lisse en main ou un vieux vélin barbon ayant appartenu à un bibliophile de l'ancien temps avec toutes ses pages, ses illustrations et ses relents. Quel plus délicieux spectacle se peut-il être ?



Montag

Hugues a dit…

100% d'accord avec Montag, personnellement, j'en ai deux, ils calent une armoire normande. J'ai essayé le feu, mais je trouve que l'encre du 16ème a une odeur âcre, aussi je le déconseille, ça gâte mon Vougeot.
Comme je n'ai qu'une armoire (bien complète de toutes ses portes), je me suis arrêté là pour les incomplets.
H
Bah, si on ne peut plus rigoler! :)

Anonyme a dit…

Brûlez aussi l'armoire.

S'il faut la caler avec deux vieux bouquins dépareillés, c'est qu'elle ne vaut plus rien non plus. Soyez sans indulgence avec vous-mêmes !

Sacré bon sang de bonsoir.

Montag

Hugues a dit…

Impossible hélas, elle est remplie de maroquin précieux qui ne se dévoilent qu'à mon regard, et puis je ne suis pas armoirophile, donc mon honneur est sauf.
H

Intaglio a dit…

Pour Camille,
Voir les métiers des bibliothèques : les principaux centre de "Formation aux métiers du livre et de la documentation" sont recensés dans les excellentissimes Signets de la BnF.
http://signets.bnf.fr/html/categories/c_020formation.html

Léo Mabmacien a dit…

Vieux serpent de mer que les incomplets... Je croyais que la question était close...;-))

Il faut distinguer 2 sortes d'incomplets : le manque d'un volume (1 tome sur 2 par exemple) et le livre dont il manque des pages ou des illustrations.

Effectivement un incomplet est à éviter sauf exceptions (pour ma part) : incunable, ouvrage du 16e rare avec illustrations, pièces de théâtre réunies, ouvrage dont il ne manque que le frontispice et/ ou une ou plusieurs illustrations. Un incunable a une valeur patrimoniale importante même s'il est incomplet et je souris à la valeur d'une petite page de la Bible de Gutenberg (pourtant incomplète ) !

Effectivement avec le temps on affine sa recherche et on évite les incomplets (au niveau des tomes) : compléter une série est du domaine de l'impossible !. Pour un livre dont il manque une illustration,une page de garde... tout dépend du prix proposé et de son état. J'accorde une grande importance au fait que la reliure tienne et que le livre ne soit pas rempli de galeries ou parsemé de mouillures (ah la moisissure !).
Reste que devant le prix (un livre du 16e est cher, très cher) on peut être tenté. Je pense qu'il y'a une raison pécuniaire (avec 5 tomes sur 6 des oeuvres de Molière à 40 € au lieu de 300 € les 6 tomes, cela fait réfléchir) et une raison patrimoniale (ou d'intérêt).
Il y'a donc incomplets et incomplets (on n'en sort pas !). A nuancer donc.
Bien cordialement

Léo Mabmacien

Gonzalo a dit…

Nous n'en sortons pas, certes, mais j'aime bien ces débats.

;o)

Gonzalo a dit…

NB: Tout amateur est nécessairement affecté par l'incomplétude d'un de ses livres, mais je voulais juste revendiquer le droit d'apprécier malgré tout un volume incomplet... Mon message n'avait pas d'autre ambition.

Anonyme a dit…

Il sont comme les cafards, les incomplets, ils s'insinuent si le terrain est favorable, s'incrustent et quand on s'en aperçoit, il est trop tard pour se débarrasser de l'engeance.

Une qualité enviée du bibliophile parvenu au sommet de son art est de savoir résister. Au besoin en se ligotant au mât.


Montag

Pierre a dit…

S'il fallait trouver, ne serait-ce qu'une utilité aux incomplets, je dirais que c'est la qualité des commentaires qu'ils déterminent sur ce blogue.

Je garde tout ceci en mémoire. Pierre

Anonyme a dit…

Je vois que le débat est toujours aussi vif et mobilisateur à ce sujet... Personnellement, j'achète des exemplaires incomplets pour les ouvrages que je ne pourrais jamais acquérir autrement. Bien sûr, il leur manque quelque chose à mes yeux et je préfererai qu'ils soient tous complets en maroquin à la fanfare ou vélin doré ...
Peut-être que la réponse à ce problème est que chacun accepte un seuil d'incomplétude différent : nul pour Jean-Paul, très faible pour Hugues (vous nous avez présenté il y a quelques temps une série du code justinien de 1551 qui est ncomplète si ma mémoire est bonne...), plus élevé pour d'autres.
Cela dit, je pense comme l'a dit Jean-Paul que la bibliophilie est l'amour des livres et qu'un ouvrage par trop incomplet devient autre chose : une archive, un document, un objet de mémoire, ...

Philippem

Anonyme a dit…

Beaucoup de commentaires en sens divers, je vais en rajouter une petite couche.
D'accord pour éviter, dans la mesure du possible, l'acquisition de livres incomplets. Mais que dire des ouvrages qui l'ont toujours été ?
Exemples : l'"Introduction à l'étude de la médecine expérimentale" de Claude BERNARD.
Un ouvrage décisif aussi important que le Discours de la méthode et conçu comme la partie préliminaire d'une grande étude intitulée "Principes de médecine expérimentale"... qui ne paru jamais. Il existe sans doute de nombreux autres exemples du même genre, je pense notamment à l'"Introduction à l'étude de la Chimie" de WURTZ.
Plus frappant encore, mais d'un intérêt purement local : Les Almanachs belges de ZECH-DUBIEZ, paru (à Braine-le-Comte) en livraisons et qui s'est arrêté à la fin de la lettre B suite au décès d'un des auteurs, on ne peut imaginer plus incomplet et pourtant il est toujours recherché.
Quant aux Livres de Voyage et traités d'Histoire Naturelle du XVIIIe, ils comportent de nombreuses planches hors-texte souvent insérées de manière plus ou moins aléatoire par le relieur qui en oubliait parfois l'une ou l'autre. Les collations sont souvent inexactes ou impécises.

Je passe la plume au suivant.

René de Briane-le-Comte

Hugues a dit…

Hum... Philippe le Justinien est complet. Et il vient pourtant d'une manette!
H

Anonyme a dit…

On vous comprend René, vous parlez des incomplets complets qui sont source de jouissance bibliophilique et non des complets incomplets qui sont source de pleurs et de rage.

Conservateur de fragments anonymes de poterie sigillée ou chasseur de Tanagras ?


Montag

Mike a dit…

C'est vrai que les commentaires sont très intéressants à lire. Hugues, avez-vous pensé à les mettre dans un post?
Mike

Anonyme a dit…

Mille excuses Hugues, j'ai confondu votre exemplaire avec un autre.
Je vous dois un incomplet (^^)...
Philippem

Donatien a dit…

Quoi qu'il ait pu ressortir de mon texte peu cérémonieux, je n'ai jamais eu dans l'idée de séparer grossièrement la mer de la bibliophilie en de semblables extrêmes ; j'ai simplement souhaité mettre en lumière le fait que l'on ne pourra jamais trancher la question : "Faut-il éviter l'achat des incomplets?" autrement que par : "pour ceux qui sont affectés par l'incomplétude d'un ouvrage, il vaut mieux qu'ils évitent ; pour ceux qui n'en sont point affectés, l'on ne voit pas pourquoi ils devraient éviter." Ainsi il n'est que de s'entendre sur la distinction que j'établis : ma phrase "Certes non, la bibliophilie étant avant tout une passion subjective et non pas une affaire de spéculation ou autre" ne voulait pas signifier que celui qui possède des maroquins complets est nécessairement un spéculateur, quoiqu'il soit vrai que par la construction de la phrase ce soit l'interprétation la plus naturelle : je faisais en réalité réponse à cette autre phrase qui, Dieu m'en garde, n'est pas de moi : "Mon avis est que l'achat d'ouvrages incomplets doit être évité à tout prix, (...) il me semble en effet que c'est de l'argent gâché" : en entendant cela je ne vous voile pas que j'ai eu un serrement de coeur : mais je connais assez les hommes pour ne pas le rendre éternel ; en bref, je n'ai jamais voulu dire que tout être évitant les incomplets est nécessairement un spéculateur : vous me dites, Hercule, que vous les évitez, vous, par bon sens familial et paysan, et parce que les manques ne sont pas attendrissants : par ma foi je trouve cela respectable et parfaitement soutenable, aussi n'ai-je absolument rien contre ce que vous alléguez ; mais hélas je crains que beaucoup de ceux qui foudroient les incomplets en les jugeant damnés les évitent par des raisons qui les honorent un peu moins ; et que si la communauté des bibliophiles était dissolue et que chacun de ses membres était condamné par un décret de Zeus à finir sa destinée sur une île déserte, tel Crusoé, en sachant ou pensant savoir que l'humanité n'existe plus, beaucoup ne s'intéresseraient même plus à un maroquin aux armes unique, ou à une mirifique édition originale, si par hasard ils en trouvaient dans le sable (l'imagination n'a jamais tué) ; sauf bien sûr dans le cas où ils entretiendraient encore en leur sein quelque espoir de trouver des hommes sur leur île et de pouvoir secrètement se dire : "Ah nous voilà sur une île que ne verra jamais le bateau ivre ! nous n'avons comme enseigne qu'un fatras sableux, vieille poussière d'étoiles, mais écoutez, moi, moi, j'ai aussi la poussière de mes livres ! Mon étoile, à moi, n'est pas morte !" ou qu'ils ne voulussent pas croire à leur sort, préférant calomnier leurs yeux.

Donatien a dit…

Ces êtres qui, observant un incomplet environné de leurs complets, ou ne l'observant même pas, ne peuvent s'empêcher de n'y voir qu'un incomplet, un malchanceux, un ouvrage à distinguer de l'ensemble qu'il dépare, me font étrangement penser à ces êtres qui, admis au sein d'un milieu ésotérique possédant des critères et des conventions qui lui sont propres, considèrent tout profane comme un être indigne de considération, un être de rien. Le pis est que ces êtres qui se refusent absolument à acheter des incomplets parce qu'à leurs yeux ils ont une valeur proche du néant (j'ai failli dire de celle du néant mais encore faut-il prouver que le néant n'a pas de valeur) et ne satisfont pas à leur orgueil verront passer toute l'eau de la terre sous les ponts avant que leur collection soit complète, beaucoup plus avant que leur âme le soit ; car à peine ont-ils pu manier, serrer contre leur sein en signe de possession un livre des plus somptueux qu'ils en veulent (et vouloir est un mot faible) un autre : ce n'est pas le livre en soi qu'ils aiment, ce sont les effets qu'il produit ou pourrait produire (comme l'a mis en lumière Montag) sur eux et sur les autres de par ce qu'il représente socialement (distinction pour soi, envie pour les autres) ; à la phrase de Montag "Le bibliophile est comme tous les collectionneurs, c'est la perfection qu'il recherche", je réponds que ce que recherche le bibliophile à mon sens c'est l'émotion, l'accomplissement de son amour, une certaine authenticité peut-être, et la satisfaction d'une curiosité culturelle ; si je ne sais quel plus délicieux spectacle il peut être qu'un vélin barbon garni de relents, je ne sais pas non plus quel plus consternant spectacle il peut être que celui que vous nous donnez.

Si nous avions tous des moyens financiers faramineux, je peux vous accorder que, sauf rare exception (rappelez-vous du bibliophile qui ne porte ses voeux que sur les incomplets), tous autant que nous sommes aurions moins d'incomplets ; mais je m'inscris vivement en faux contre l'idée selon laquelle plus aucun bibliophile n'en posséderait ; et je ne suis pas assez vain pour évoquer ici les incunables incomplets ; les ouvrages n'ont pas seulement une valeur raisonnable : ils ont souvent également une valeur sentimentale, subjective ou une spécificité que l'on leur a attachée selon la manière dont on les a décrochés ; et je ne parle pas forcément de circonstances exceptionnelles ; supposons que je parte en voyage dans un pays étrangement beau et que, faisant ma promenade un jour dans un lieu fort charmant et perdu, j'avise un petit colporteur, et que je tombe sur un ouvrage du 17è siècle fort intéressant à tous égards, mais incomplet ; incarnant Crésus, je ne m'enquiers du prix qu'après avoir donné ma bourse : j'aurai beau, une fois rentré mes pénates, savoir que je peux le plus aisément du monde obtenir le même livre mais complet, je n'en voudrais point. Car celui que j'ai eu en voyage aura plus de valeur à mes yeux. Encore ai-je pris ici une circonstance qui n'arrive pas souvent ; mais j'aurais aisément pu en prendre une autre.

Donatien a dit…

"et qu'un ouvrage par trop incomplet devient autre chose : une archive, un document, un objet de mémoire..." Je crains hélas que les bibliophiles évitant absolument les incomplets ne parlent point d'ouvrages auxquels il manque 40 pages, mais une ou deux, ou même une illustration ; or si un livre auquel il manque une page ou une illustration devient un simple document ou objet de mémoire, c'est qu'il n'était pas grand-chose même avec la page ou l'illustration.

Supposons maintenant que tous les livres - hormis une minorité d'entre eux (les plus beaux), soient originellement conçus avec quelque chose en plus comme une page tout à fait inutile avec je ne sais quelle estampe dévalorisante (c'est une supposition fantaisiste) ou quelque chose de semblable, et que cette page présente en beaucoup d'ouvrages soit déclarée par l'opinion et la communauté des bibliophiles comme un défaut qui enlève de la valeur à l'ouvrage ; par ma foi je suis sûr que tous ces êtres qui proclament que les incomplets n'ont pas toute leur valeur du fait de n'être pas tout ce qu'ils étaient originellement, cela ne les dérangerait absolument pas que l'on vienne enlever cette page défavorable dans tous leurs ouvrages où elle est présente, afin de les rehausser ; à moins qu'ils se soient toujours refusé à acquérir des ouvrages contenant cette maudite page. Il ne me semble pas devoir pousser ce qui en ressort plus loin ; d'ailleurs il est bien temps de mettre une bride à ma plume, sous peine qu'elle ne gambade en des détours infinis.

Que Dieu bénisse les incomplets.

Donatien.

Hugues a dit…

Donatien,
Pouvez-vous me contacter svp?
blog.bibliophile@gmail.com
Merci!
H

Anonyme a dit…

Oui, pour nous faire un résumé.

Montag

Pierre a dit…

Donatien et Savinien,

Il me semble vous avoir déjà rencontré mais je ne me rappelle plus sur quelle planète.

Pierre

Le Bibliophile Rhemus a dit…

"Tout a déjà été dit, mais comme personne n'écoute, tout est toujours à redire" (André Gide, "Le Traité du Narcisse").

La "bookinerie" est de retour...Elle n'a rien d'interdit, mais je croyais qu'on parlait ici des livres rares et précieux.La querelle des anciens (pour LA bibliophilie) et des modernes (pour LES bibliophilies - quel horrible mot au pluriel-) a encore de beaux jours devant elle et n'a pas fini de faire se retourner nos ancêtres dans leurs tombes : que de bruit dans les cimetières !

Tout cela dit, bien sûr, dans la joie et la bonne humeur.

ys a dit…

Les incomplets ont l'avantage de vous permettre de palper partiellement le mythe à des prix abordables.

et le mythe étant très relatif, on peut etre rapidement contenté

ys

ys a dit…

Rhemus,

Je connaissais aussi celle-ci qui me semble adaptée pour ce post :

"ils ont tout dit, mais ne l'ont pas tous dit"

ys

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