« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

frise2

dimanche 12 février 2012

Les marques typographiques ou marques d'imprimeurs, plaisirs secrets du bibliophile

Amis Bibliophiles bonjour,

L'imprimerie serait la plus grande invention humaine... ou au moins l'une des plus grandes inventions humaines, et les imprimeurs les artisans de cette révolution. Très tôt les imprimeurs ajoutèrent leur marque pour identifier et authentifier leur production. Elle permet aussi à un imprimeur d'éviter la circulation d'éditions pleines de fautes sous son nom (article 16 de l'ordonnance de 1539, sous le règne de François Ier interdit aux libraires et imprimeurs d'utiliser la marque d'un de leurs confrères).

Atelier d'imprimeur, la marque de Josse Bade, libraire et imprimeur à Paris (1517)
Cette  marque d'imprimeur, ou marque typographique, apparaissait sur la page de titre ou sur le colophon (en fin de volume). Aux débuts la marque se trouvait plutôt au colophon, où l'on retrouvait également les éléments distinctifs principaux du livre, alors que la page de titre présentait parfois uniquement le titre, ou un frontispice portant un portrait de l'auteur ou une allégorie. Sa taille pouvait varier, en fonction de la taille du livre, comme par exemple dans les ouvrages de Plantin.

Le compas d'or de Plantin
Peu à peu, la page de titre prît une importance plus grande, on y retrouvait le titre, l'auteur, le nom de l'imprimeur, la ville et la date, etc. marquant la fin progressive de l'utilisation du colophon. On retrouva alors souvent la marque d'imprimeur sur la page de titre; ainsi l'édit de Henri II du 11 décembre 1547 ordonne que le nom et l'enseigne de l'imprimeur soit apposé au début des livres. Cette disparition progressive est également stimulée au XVIIe par la plus grande rigueur dans la mise en application du système des privilèges, nominatifs et datés, qui rendent leur usage superflu et font que les marques qui subsistent prennent surtout une dimension symbolique. En 1730, paraît le Thesaurus Symbolorum de Friedrich Roth-Scholtz, premier répertoire de marques typographiques anciennes.

La marque d'imprimeur, qui reprenait souvent le dessin apposé par les imprimeurs sur les balles de livres avant expédition est à mes yeux l'un des plaisirs du bibliophile. On imagine quel soin apportèrent ces professionnels du livre au choix et à la réalisation de ces marques, qui sont souvent allégoriques et toujours de petits bijoux.

Marque de Fust et Schoeffer, imprimeurs
La première marque d'imprimeur utilisée fût celle de Fust et Schoeffer à Mayence, en 1462, elles semblent commencer en France vers 1470, à Paris et Lyon, mais aussi dans des villes plus petites comme Angers, Chablis, Rennes ou Rouen... où les plus grands imprimeurs font graver leur marque et l'apposent sur leurs ouvrages. Aujourd'hui, rares sont les imprimeurs qui utilisent des marques. 
Marque de Georges Mittelhus, Paris, 1488

Marque de Levet, imprimeur à Paris, 1489

Marque de Husz, imprimeur à Lyon, 1488
Petite curiosité, que vous avez peut-être rencontrée, il arrive que l'on croise deux marques, celle du libraire et celle de l'imprimeur, dans ce cas, le libraire était souvent placé au début de l'ouvrage et l'imprimeur à la fin. Il arrive également que l'on retrouve les marques typographiques sur les reliures elles mêmes, que les imprimeurs faisaient apposer sur les ouvrages, comme dans les cas de Tory et Gryphe. 

Marque de Gryphe, imprimeur à Lyon, 1526 
Marque de Tory, le pot cassé, libraire à Paris, 1429
J'aime les histoires que nous racontent les marques, la symbolique est en générale forte: référence astrologique, maçonnique ou alchimique, voire personnelle comme dans le cas de Tory, ou clin d'oeil, comme chez Lecoq, Lenoir ou Colines.

Marque de Simon de Colines, imprimeur à Paris, 1527
Marque de Philippe Le Noir, imprimeur et libraire à Paris, 1530
Marque de Jean Lecoq, imprimeur à Troyes
H

16 commentaires:

Jacques L. a dit…

Superbe. Merci
Jacques L.

Textor a dit…

Sympa ! Voilà un article qui marque.
Les imprimeurs associaient souvent le chiffre 4 à leur marque. Savez-vous pourquoi ?
T

pascalmarty a dit…

Sur le 4 de chiffre, des choses dans cette étude (page 45), dénichée par l'intermédiaire de la Liste typo.

Olivier a dit…

En passant une annonce ebay qui m'a fait sourire. Les libraires sont-ils durables au point d'avoir passé 3 siècles... : http://cgi.ebay.fr/Tres-rare-catalogue-des-livres-chez-Le-Mercier-au-livre-dor-1735-Coignard--/220953649821?pt=FR_GW_Livres_BD_Revues_LivresAnciens&hash=item3371dd229d#ht_512wt_1189

C'est mignon que les gens s'interrogent en même temps...
Bonne soirée,
Olivier

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Le 4 de chiffre reste un mystère.
Dire que c'est une marque corporative est une banalité qui n'explique rien.
Le lier au signe de croix est une élucubration de visionnaire (en outre, on dessine le 4 à l'envers en faisant le signe de croix).

Textor a dit…

Non, j'y crois pas, j'ai réussi à coller Jean-Paul !! :p
Voilà qui aura au moins permis de découvrir ce livre sur les marques d'imprimeurs, merci Pascal.
T

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Textor,
Jean-Paul a encore beaucoup à apprendre : ce qui lui reste à vivre ne suffira pas !
Et quelqu'un sait peut-être ce que je ne sais pas sur le quatre de chiffre !?

Textor a dit…

Il me semble qu'Yves Perrousseaux donnait une explication à propos de ce symbole 4 dans son Histoire de l'écriture typographique, mais je n'ai pas le livre devant les yeux en ce moment.
T

Textor a dit…

Il me semble qu'Yves Perrousseaux donnait une explication à propos de ce symbole 4 dans son Histoire de l'écriture typographique, mais je n'ai pas le livre devant les yeux en ce moment.
T

Textor a dit…

L’explication donnée par PY Perrousseaux sur le symbole en forme de 4 qui surmonte les initiales de nombreux imprimeurs dont Jean Syber, Jehan Philippi ou Berthold Rembolt, représenterait, selon Jean Frédéric Christ qui s’interrogeait déjà sur ce mystère dès 1750, la figuration stylisée des anciens outils de graveurs.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

ça ferait avancer la schmilblic ?...

Yves a dit…

Schmilblick: dire "le", c'est un mot masculin.

Que vaut-il mieux: dire "Le 4 de chiffre reste un mystère" ou proposer l'hypothèse de M. Perrousseaux? Je pense que l'un des deux ne fait vraiment pas avancer le Schmilblick, en effet.

Yves

Le Bibliophile Rhemus a dit…

L'hypothèse rapportée par Perrousseaux est de l'Allemand JF Christ.
On a aussi le droit de ne pas avoir d'avis sur le sujet.
La critique est facile ....

B. a dit…

C'est vrai que ça c'est constructif et pas critique:
"Le 4 de chiffre reste un mystère.
Dire que c'est une marque corporative est une banalité qui n'explique rien.
Le lier au signe de croix est une élucubration de visionnaire (en outre, on dessine le 4 à l'envers en faisant le signe de croix)."
Je crois que tout le monde respecte votre avis quand vous en avez un Jean-Paul, vous pouvez aussi respecter celui des autres quand ils en ont un. Entre Perrousseaux et Enssib, on peut espérer que ces gens ne balancent des choses juste pour se rendre intéressants.
B.

Daniel a dit…

En tous cas merci à PascalMarty de nous avoir fait découvrir cette étude que pour ma part je ne connaissais pas et qui est intéressante en bien des points.
La quadrature du cercle est difficile à résoudre,le quatre, n'est ce pas simplement le symbole architecturale de la perfection, de la trinité plus un, l'imprimeur...bien souvent à cette époque transcripteur de la divine parole.

Daniel B.

Daniel a dit…

Et bien sur merci à Hugues, d'avoir lancé le débat par ce bel article sur les marques.

Daniel B

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...