samedi 19 juillet 2008

La restauration d'un coin, par Eric

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous présente ce soir un bien drôle de couple de bibliophiles: elle a les talents culinaires nécessaires pour être restauratrice, mais préfèrerait être relieure, alors que lui de son côté, pourtant peu versé dans ce genre de cuisine, pourrait être qualifié d'excellent restaurateur (du coin).

Enfin bref, Eric se propose de vous expliquer, en images, comment restaurer le coin d'une reliure ancienne. Un beau travail (je rappelle de plus qu'Eric est un "amateur" et non un professionnel de la reliure), qui me laisse pantois, et émerveillé. Je suis incapable de me lancer dans ce genre d'exploit!

Eric, à toi la parole: je vous propose aujourd'hui un article sur la conservation et la restauration des livres anciens, en commençant par le moins difficile et le plus gratifiant : la restauration des coins.

En préambule :

J’ai commencé à vouloir restaurer les livres anciens, lorsque bibliophile amateur, j’ai acheté à bon prix des ouvrages en mauvais état. Quelle mauvaise idée !
Sans même compter les couteuses années d’apprentissage et le matériel nécessaire, l’opération est rarement rentable. Le temps nécessaire pour restaurer un livre est très important. Patience, minutie, reprise du travail lorsque celui-ci n’est pas satisfaisant sont les données indispensables d’une restauration réussie.

Avant d’envisager une restauration, je vous conseille donc d’envisager sérieusement la vente de votre ouvrage en état plus ou moins médiocre, et le rachat du même livre en bon état. Un tour rapide sur www.vialibri.net vous permettra en effet de découvrir que votre précieux ouvrage n’est, souvent, pas si rare que cela.

Autre point important : souvent un simple entretien suffit à rendre un livre très acceptable visuellement. Mieux vaut de bonnes mesures de conservation plutôt qu’une mauvaise (et parfois aussi une bonne) restauration.

Etape 0 :
Entretien du livre. Permet de protéger le livre lors des étapes de restauration
- Si nécessaire (et possible), nettoyage du livre au savon Brecknell. Cette opération parfois critiquée nécessite d’être réalisée avec précaution. Les risques principaux sont d’abîmer les dorures, de laisser des traces de savon et de foncer le cuir.
o Matériel nécessaire : Eponge naturelle, savon Brecknell
§ Mouiller l’éponge pour la ramollir
§ Essorer l’éponge au maximum (l’eau fonce le cuir !)
§ Mettre du savon sur l’éponge en quantité raisonnable et nettoyer le livre (attention, la vigueur du nettoyage dépendra fortement de l’état du livre et des dorures en particulier) sur les plats, le dos et les coupes
§ Rincer l’éponge et l’essorer au maximum
§ Enlever le reste de savon du livre

- Encollage à la Klucel G è cette opération permet à la cire de rester à fleur et d’avoir un effet visuel prolongé. Je n’effectue pas cette étape lorsque le cuir est trop desséché.
o Matériel nécessaire : Pinceau, Klucel G, Chiffon, sèche-cheveux
§ La Klucel G se présente sous forme de poudre et doit être diluée avec de l’alcool pur (>98%) (en effet, l’eau mouille et tache le cuir). La texture doit être un peu plus liquide que du sirop d’érable.
§ Appliquer la Klucel sur un plat avec un pinceau.
§ Masser avec la main bien à plat
§ Enlever le surplus avec le chiffon
§ Sécher au sèche-cheveux
§ Répéter l’opération sur le dos et l’autre plat

- Application d’une cire de conservation è Il y deux cires en circulation : la cire 213 de la BNF et la cire British Museum. D’aucuns critiquent la cire BNF. Celle-ci est en effet très liquide et à tendance à foncer les cuirs. Ceci dit, cet effet s’estompe avec le temps. Pour ma part, je trouve que la cire British Museum est trop grasse et ne pénètre pas suffisamment le cuir. Au final, j’utilise essentiellement la BNF, sauf pour les veaux blonds et les basanes « duveteuses ».

o Matériel : De la cire, un chiffon doux
§ Appliquer la cire sur l’ensemble du cuir. Ne pas mettre trop de cire (pour éviter de laisser des traces avec la BNF, ou d’avoir un livre collant avec la British Museum)

- Epoussetage des tranches
o Matériel : chiffon doux
§ Passer très délicatement le chiffon sur les tranches. Ne pas chercher un résultat parfait, cela n’est pas possible. Si l’on frotte trop fort, le risque est d’incruster la crasse dans la tranche, se qui sera pire que de ne rien faire
Et voilà. Le résultat est souvent saisissant et satisfera la plupart d’entre nous.

Restauration des coins :

- Etape 1 : Renforcement des cartons (ou comment passer d’un coin en chou fleur à un coin restructuré)
§ Matériel : Marteau, tas à battre, pinceau dur, tylose
§ Battage au marteau pour redresser les coins abimés (attention, à ne surtout pas faire si le coin n’est pas abimé (avec manque de cuir), sinon, sous la pression, le cuir du coin va exploser.
§ Appliquer de la tylose avec le pinceau sur le carton
§ Pincer avec les doigts et sécher au sèche-cheveux
§ Le résultat correspond à la première photo

- Etape 2 : Restauration du carton è Si nécessaire ; mais en fait, cela l’est très souvent.
§ Matériel : Buvard, Elasta N, pinceau, Marteau + tas à battre, Cutter, plaque de coupe, macule, plioir, scalpel
§ Positionner et coller sur le carton du plat, une attelle de papier buvard
· Déchirer une bande de papier buvard en faisant une grande frange (pour ne pas faire de surépaisseur) et suivant « en gros » le contour de la restauration.
· Coller le buvard sur le carton (pas le cuir, le carton)
· Appliquer avec le plioir

§ Positionner, par couches successives, du papier buvard (des morceaux déchirés à la main, surtout pas aux ciseaux) le long du coin
· Il est parfois nécessaire d’appuyer légèrement sur le carton pour ne pas laisser de trou
§ Une fois l’épaisseur du carton atteinte, positionner une deuxième attelle sur le contre plat, coller, appliquer au plioir
§ Battre au marteau
§ Laisser sécher puis couper
§ Réaliser les finitions :
· Arrondir les angles. Le coin restauré doit prolonger exactement le carton ancien
§ Battage au marteau
· On ne doit pas sentir de démarcation entre le cuir et le buvard. Si c’est le cas : combler avec du buvard. Ne comptez pas sur les étapes suivantes pour rattraper un travail mal fait maintenant
· Elagage du cuir, réalisation des béquets
o Le biseau doit être très fin pour obtenir par la suite une bonne incrustation

§ Etape 3 : choix du cuir
· On restaure du veau et de la basane avec du veau. Du maroquin avec de la chèvre sans grain
· Couleur : prendre une couleur proche (en ayant conscience que le cuir foncera ensuite) du cuir originel

§ Etape 4 : préparer la pièce de cuir de comblage
· Matériel : feuille de polyester, feutre permanent, ciseaux, cuir, couteau et pierre à parer
· On délimite la partie à restaurer, on rajoute 5 mm coté plat et coupe et 1 cm + épaisseur des plats pour faire les remplis
· On découpe une pièce de cuir correspondante
· On pare le cuir
o Pas de secret :
§ un couteau bien affuté
§ une coupe de biais
§ des heures d’entraînement
o Sur les bords : le plus fin possible (comme pour une mosaïque) et un peu plus épais au centre

· On cire le cuir : le cuir étant très fin, il fonce. Il faut donc mettre très peu de cire (ici la British Museum est préférable) et on appuie peu.
o La cire protège des projections de colle
o La teinte obtenue permet d’avoir un fond proche de celui du cuir ancien
§ Etape 5 : Positionner le cuir
· Matériel : scalpel, 2 plioirs, Elasta N, paire de ciseaux
· On met de la colle (Elasta N) sur le cuir neuf
· On positionne le cuir neuf sur le plat
· On applique au plioir

· On met de la colle sur le dessus du cuir neuf
· On applique le cuir ancien sur le cuir neuf au plioir
· Battage au marteau pour assurer une bonne incrustation
· Confection des coins
o On découpe l’angle droit du cuir neuf, à une demi épaisseur de carton pour les livres 16° et à un peu plus d’une épaisseur de carton pour les livre 17°.
o Livre 16° : on rabat l’angle puis les remplis
o Livre 17° : on confectionne l’angle en positionnant le rempli de tête puis en faisant un petit triangle sur le rempli de gouttière
§ Etape 6 : estompage de la restauration (dépends fortement de la nature du cuir)
· On reprend les filets à froids.
· On vieillit le cuir neuf en tapotant au pinceau. Pour obtenir la granulosité de mon vieux cuir, j’ai collé un peu de poussière. Voilà le résultat
· Je ne l’ai pas fait ici, mais pour obtenir un meilleur résultat, j’aurais dû effectuer une reprise de teinte pour retrouver le fond un peu orangé de mon cuir ancien.

Et voilà. En relisant mon article, déjà trop long, je m’aperçois qu’il manque encore plein d’informations. Difficile de décrire des gestes !

En attendant un prochain article sur la restauration des mors ou des coiffes, comme vous préférez, ceux qui s’intéressent à la restauration de livres peuvent me contacter à restauration@z1k.com

Eric.

Merci!

Hugues

Luther, le Diable et Loudun

Amis Bibliophiles Bonjour,

Une autre intéressante plaquette, au fil du rangement : Récit de la Conférence du Diable avec Luther, fait par Luther même... A Loudun, chez G. Chachereau, Imprimeur, 1681. Un volume in-8 de 50 pages.
On notera "l'amusant" lieu d'impression, puisque la plaquette a été imprimée à Loudun, ville évidemment marquée de l'empreinte du Diable.

H

vendredi 18 juillet 2008

Un gentil-homme, le Diable, un miracle, des prodiges

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je classe actuellement les petites plaquettes qui se sont accumulées au fil des années. En voici une, assez rare, juste histoire de poster un petit message ce soir:
D'une quarantaine de pages, format in12, elle contient trois textes :
1. Histoire Prodigieuse d'un Gentil-Homme auquel le Diable s'est apparu et avec lequel il a conversé, sous le corps d'une femme mort, advenue à Paris, le premier janvier 1613. A Paris, chez Carroy, 1613.
2. Histoire miraculeuse, advenue en la Rochette, ville de la Maurienne en Savoye, l'an 1613.
3. Histoire nouvelle et remarquable, de l'esprit d'une femme, qui s'est apparue au Fbg Saint Marcel, après qu'elle a demeuré 5 ans entiers ensevelis... 1618

Sympa, pas commun, et passionnant à lire.

H

jeudi 17 juillet 2008

Portrait de libraire : Vincent, jeune libraire du SLAM et d'ailleurs

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose ce soir de découvrir le portrait d'un jeune et sympathique libraire avec lequel j'ai beaucoup échangé depuis quelques années. Il est basé entre Dublin et Bordeaux et comme vous le constaterez, il fait partie des jeunes libraires passionnés qui font et feront les beaux jours des bibliophiles aujourd'hui et demain.

Bonjour Vincent, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre librairie?

Bonjour, j’ai 37 ans et suis libraire depuis maintenant six ans et demi, après avoir été auparavant courtier pour quelques grands libraires pendant deux ans. Mon cursus est classique, tout en ayant déjà eu plusieurs changements d’orientation, parfois assez surprenants. Je suis diplômé de 3eme cycle en Egyptologie, et après avoir été jusqu’en mai 1998 archéologue (sous multiples contrats à durée déterminés, et fatigué de cette situation je me suis mis à passer tous les concours administratifs possibles jusqu’à obtenir celui de cadre…à la Poste !), puis aux Services Financiers de la Poste à la gestion de la production, c'est-à-dire pour ma part à l’époque la gestion des chèques au crédit et au débit (fascinant…) jusqu’à mon départ (au désespoir de mes parents de me voir quitter la fonction publique) lors de la création de ma librairie.

La visite des librairies partout en France m’avait amené à constater que selon les spécialités de chacun, certains livres étaient très bon marché, et pouvait se revendre (ou s’échanger) à ceux qui avaient la clientèle adéquate. Ainsi à débuter mon activité de courtier, tout d’abord avec des achats aux libraires, puis de contacts en contacts à des particuliers, des institutions religieuses…Ce courtage n’était pas un métier (j’étais encore à la Poste), mais une occasion d’enrichir ma bibliothèque en me permettant d’avoir les fonds nécessaires à mes achats et de procéder à d’intéressants échanges. Puis peu à peu j’ai dégagé, malgré mes achats personnels, un petit surplus, puis l’équivalent d’un salaire. Là j’ai décidé de sauter le pas et de créer ma propre librairie.

J’ai ouvert ma librairie, Librairie Les Dioscures 11 Rue Charlot 75003 Paris, en février 2002, avec comme associé Eric Frölich, à l’époque directeur de la Librairie Historique Clavreuil et bibliographe réputé, que j’avais rencontré plusieurs années auparavant et qui était devenu tout d’abord un conseiller, puis un ami.

Et l’aventure a failli tourner court. Peu de temps après les Américains envahissaient l’Irak, et une crise de la librairie ancienne s’est abattue sur nous tous. Nous avons vivoté très chichement pendant plus de quatre ans, le temps de nous intégrer au paysage du livre ancien : il est en effet très long de se faire connaître, puis encore plus long de se faire reconnaître et de fidéliser une clientèle qui a confiance en vous.

Mis à part notre premier catalogue qui offrait quelques pièces de belle bibliophilie, notre choix s’est porté sur les ouvrages de documentation historique, philosophique et religieuse dès 16eme au 20eme siècles. Il y a bien sûr toujours quelques belles pièces rares et très bien reliées, mais notre politique est de privilégier la pièce rare à prix raisonnable (d’ailleurs nombre de libraires s’approvisionnent à nos catalogues, je pense que c’est plutôt bon signe). Les très belles pièces de haute bibliophilie que nous avons de temps en temps sont vendues directement à quelques clients, ou le plus souvent aux libraires spécialisés uniquement en ces ouvrages.

Chroniques de Froissart, seconde édition incunable, vers 1499-1500

Actuellement je mets en place un second projet, embryonnaire pour le moment, mais qui devrait voir le jour d’ici la fin de l’année en Irlande où je réside désormais.

Voilà qui nous sommes, ma librairie et moi.

Depuis quand la passion de la bibliophilie s'est-elle emparée de vous? Vous qualifiez vous plutôt de bibliophile libraire, ou de libraire bibliophile?

La découverte de la bibliophile remonte à mon enfance avec la trouvaille d’une caisse de vieux ouvrages dans le grenier de mes grands-parents. S’ensuivit mon premier achat La Princesse Sophie , tome 2, en brocante (n’est malheureusement pas Pierre Bérès qui veut…).

Puis étrangement, même si j’ai continué à beaucoup lire, je ne me suis plus intéressé aux livres anciens, jusqu’à l’été 1996 où mon ami Guillaume B. m’a offert le classique d’Hardouin de Péréfixe, La Vie d’Henri IV, dans une édition du début du 19eme siècle, joliment relié en veau raciné. Et là, deuxième révélation : parfums du cuir et du papier, sensualité du contact avec le livre-objet. Fétichisme ? Je me suis posé, et me pose encore la question je dois avouer.
Mais en tout cas fascination et virus définitivement contracté à Nîmes ce jour d’août 1996.

Quant à savoir si je suis plutôt bibliophile libraire ou libraire bibliophile je dois dire que ma passion et ma fascination pour les ouvrages rares et précieux qui passent entre mes mains me poussent le plus souvent à ne penser qu’en bibliophile et à oublier le libraire. Ce qui fait dire à mon associé que je ne serai un « bon » libraire que lorsque je cesserai de collectionner… Cependant devant avant tout vivre et alimenter le stock de la librairie, le libraire bibliophile prend le dessus, tout au moins en ce qui concerne les ouvrages rares, mais sans reliures et/ou provenances prestigieuses qui ceux-ci restent chez moi le plus longtemps possible.

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de coeur?

Mon domaine de prédilection est avant tout l’histoire. Ceux de mon associé l’histoire et la religion, plus spécialement les querelles religieuses du 16eme au 18eme siècle. Mais je reste ouvert à tout « bon » livre.

Chroniques de Monstrelet, Première Edition incunable, vers 1500

Par « bon » livre j’entends tout livre intéressant et rare. En effet je ne suis pas attaché aux « grands » livres, même si il est toujours plaisant et gratifiant de les avoir, pour quelques temps au moins, et point très important pour moi, il n’y a pas de petit livre comme on peut souvent l’entendre dédaigneusement en salles des ventes, sur les salons…

Le livre rare n’est pas forcément un livre hors de prix, et on trouve très régulièrement des ouvrages, plaquettes…qui ne sont recensées dans les collections publiques qu’à quelques exemplaires, voire pas recensées du tout même dans les bibliographies. Il faut les travailler au mieux et bien faire son métier de libraire.
A partir de là les domaines de prédilection et le flair se mêlent pour aboutir bien souvent à une mixité qui fait je ne trie pas les ouvrages de ma librairie : il y a de tout pour tous et à tous les prix.

Où vendez vous vos livres? Internet, salons, librairie, ebay? Quel avenir pour le métier de libraire?

La très grande partie de nos livres est vendue sur les deux catalogues annuels (printemps et rentrée) qui comprennent chacun environ 500 numéros. En plus de ces catalogues papier la librairie envoie une liste de ses nouveautés tous les deux mois par email. La librairie est également présente sur quelques grands sites de vente de livres en ligne : abebooks, galaxidion et livre-rare-book. J’ai également participé à deux salons du SLAM, un à la Mutualité, et le premier organisé au Grand Palais l’année dernière. Cependant je dois dire que malgré la fréquentation fabuleuse du Grand Palais je n’ai pas les livres qui permettent de rentabiliser les frais de location du stand (près de 6.000€ pour un stand ordinaire, sans compter les suppléments pour la location des vitrines, la prise téléphonique pour le terminal de paiement…), et même si l’on touche quelques clients qui deviennent des fidèles, l’investissement est lourd à supporter pour les petits libraires. Je ne ferme pas définitivement la porte au Grand Palais mais il vaut mieux partager le stand avec un confrère ou deux…

Chroniques de Pologne, 1573

Ebay me permet de vendre les volumes dépareillés et les incomplets (signalés comme tels bien sûr), les livres en mauvais état, et de temps en temps de bons livres depuis trop longtemps en stock. Et toujours à propos d’ Ebay, je suis de l’avis contraire à celui exprimé officiellement par le SLAM, et suis l’un des rares membres à m’opposer à l’hystérie de certains de mes confrères qui y voient la fin de la librairie, une concurrence déloyale, du para-commercialisme et j’en passe. Ebay a simplement remplacé le courtage traditionnel, et beaucoup des livres des manettes des salles des ventes où pas un libraire ne jette presque plus un œil s’y retrouvent. Et je n’ai pas honte de dire que j’achète sur Ebay (de moins en moins car les livres ont de plus en plus tendance à rattraper le niveau des prix qu’ils feraient en salle), comme d’ailleurs beaucoup de grands libraires de la place, voire même les plus grands.

L’avenir de la librairie maintenant… L’avenir de la librairie d’ancien est peu radieux je pense, tout au moins tant que les libraires n’auront pas clarifié eux-mêmes leur situation vis-à-vis de leurs clients.

En effet Internet et la mise en ligne de la quasi-totalité des ventes de livres font que presque tout bibliophile s’intéressant à un livre important connaît son prix au marteau. Alors le retrouver un mois plus tard (comme je viens de l’expérimenter moi-même en recevant hier le catalogue d’un confrère) multiplié bêtement et simplement par 3, en reprenant presque intégralement la fiche de l’expert de la vente (D. Courvoisier il est vrai, alors pourquoi se fatiguer et essayer d’approfondir encore…) c’est prendre l’acheteur potentiel pour une cruche, passez moi l’expression.

Je ne veux bien sûr pas dire par là qu’il ne faut pas acheter en vente publique, loin de là. C’est la source principale d’approvisionnement des libraires et ce le sera de plus en plus maintenant que la plupart des grandes Etudes proposent des avances sur vente et des prix garantis (c’était là le seul avantage qui restait au libraire : le règlement immédiat des livres). Mais peut-être faut-il le faire plus intelligemment et attendre quelques mois avant de passer le livre sur catalogue ? Ou alors réellement apporter par son expertise et son savoir-faire l’explication de la plus-value, explication qui donnera l’envie au bibliophile d’acheter l’ouvrage malgré le fait de la connaissance du prix initial ? Revenir à notre cœur de métier, la fiche et l’envie qu’elle donne au bibliophile d’acheter nos ouvrages, voilà je crois une solution simple pour redonner à la librairie ancienne sa vrai place et la vrai relation de confiance avec le client qu’elle a perdu au fil des années.

Peut-être certains libraires devraient arrêter l’accumulation de superlatifs ou d’assertions douteuses car impossibles à vérifier : « précieux exemplaire », « seul exemplaire en mains privées » (oui jusqu’à la découverte d’un second, d’un troisième…Cf l’évolution du nombre de l’édition originale des Essais). Redéfinir la notion de rareté du livre ancien devrait être également une priorité des libraires, et peut-être faudrait-il arrêter de considérer comme rare des livres que finalement l’on voit passer 4 ou 5 fois dans l’année en vente ? Cela assurerait un peu plus le sérieux et la reconnaissance dont notre profession souffre en déficit depuis plusieurs années.


Histoire de Navarre, 1612, Armes de Louis de Phélyppeaux

J’arrête là le sujet de l’avenir de la librairie qui pourrait encore me faire durer plusieurs pages, et vous fatiguer…

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?

Beaucoup de livres me font et me feront toujours rêver. Toujours car inaccessibles de par leurs prix…Des livres mythiques comme les Essais de Montaigne dans son pur velin du temps, les Caractères de Labruyère somptueusement reliés en maroquin du temps aux armes du chancelier Boucherat (qui était « épinglé » dans l’ouvrage, ce qui démontre le peu de rancune et l’intellect élevé du personnage) vendus 125.000€ il y a quelques années ou encore les Fables de la Fontaine illustrés par Oudry…
Voilà pour les inaccessibles…

Pour ceux que j’espère un jour pouvoir m’offrir et qui figure dans le cœur de ma collection idéale, on trouverait quelques unes des plus belles et des plus rares éditions gothiques françaises concernant l’histoire de France et de ses provinces, comme les Chroniques de Bretaigne de 1518 ou la Chronique de Normandie [vers 1525].

Quant aux livres de ma bibliothèque qui me sont particulièrement chers on trouve la rare édition originale de l’Histoire de la Navarre,1612, par Pierre Marca, in-folio en plein maroquin bleu de l’époque aux armes de Louis de Phélyppeaux, les Chroniques de Pologne, rarissime édition originale de 1573 dans son vélin à décor d’entrelacs à l’encre noire, la seconde édition incunable des Chroniques de Froissart [vers 1499-1500], 4 parties en 2 volume in-folio, en reliure de velin moucheté du 17eme siècle, la première édition incunable gothique en français des Chroniques de Monstrelet [vers 1500, 3 volumes petit in-folio, dans une fine reliure en veau du 18eme siècle, ou encore l’édition originale de l’Histoire de Charles VII de 1598 par Blaise de Vigenère, précieux (et là j’ose employer le mot !) exemplaire ayant appartenu à l’auteur (l’un des très rares localisés), avec ses initiales B.D.V. à l’encre noire sur la page de titre, revêtu d’un beau maroquin bleu du 17eme siècle, et que l’on peut suivre dans les ventes publiques depuis la fin du 18eme siècle jusqu’à sa dernière apparition à la vente Fleury de 1997 (Etude Tajan, expert D. Courvoisier), l'Histoire des troubles de Provence par Louvet, 1679-1680, rarissime complet des 4 volumes, reliée en maroquin du temps, les derniers deux volumes dans une reliure légèrement dissonnante mais réunis par un bibliophile du 18eme siècle…Et d’autres ouvrages moins prestigieux mais tout aussi attachants, voilà.

Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?

Deux histoires, une trouvaille et la visite d’une bibliothèque.

En 1998 sur le marché à la brocante de la place Saint Michel à Bordeaux qui a lieu le dimanche matin, je repère sur l’étal d’une jeune bouquiniste un énorme tas de vieux papiers manuscrits. Je ne suis pas du tout attiré par les manuscrits, mais bon la curiosité me gagne. Papier du 17eme siècle, écriture fine et bien lisible. Premiers mots lus : Nous soussignés Talon…, membres du Parlement de Paris nous rendons au château de Vincennes, accompagnés du ci-devant sous-lieutenant des mousquetaires du Roi d’Artagnan…Devant moi s’étalent plus de 800 pages d’une copie des minutes du procès de Nicolas Fouquet. Négociation, achat du lot pour 800 francs car un des blocs-livres du manuscrit est coupé en deux et semble incomplet. De retour chez moi je m’aperçois que l’ensemble est bien complet. Le tout sera revendu à un libraire anglais quelques jours plus tard pour la somme fabuleuse pour moi de 15.000 francs. Ce manuscrit est ressorti tout récemment chez un confrère anglais, dans son premier catalogue, au prix de 60.000€, assorti de la mention pièces originales du procès de Nicolas Fouquet, se basant sur le fait qu’aucune autre pièce n’existant, c’est donc forcément l’original…A suivre car je suis curieux.

La deuxième histoire m’est arrivée il y a maintenant trois ans, la visite de la bibliothèque de l’un des plus grands bibliophiles français, un monsieur de 83 ans, d’une gentillesse hors du commun. Il m’a entraîné à sortir de ses rayonnages tous les ouvrages que je voulais voir, dont le fameux exemplaire de Caractères aux armes du chancelier Boucherat, l’édition de Bordeaux des Essais de Montaigne, un atlas d’Ortellius en coloris de l’époque, une Chronique de Nuremberg elle aussi en coloris d’époque, tous les livres qui un jour ou l’autre font rêver un bibliophile…Et puis nous nous sommes retrouvés sur la moquette, comme des enfants, à sortir des meubles bas les précieuses reliures de frère Edgar Claes, reliures contemporaines en plexiglas avec des inclusions de feuilles d’or, sur des livres d’artistes contemporains dont Zao Woui-Ki. Chaque ouvrage pesant avec sa reliure plus de 10 kilos voilà pourquoi nous étions à terre…Une aventure humaine merveilleuse de plus de trois heures.

Enfin, vous êtes un visteur fidèle du blog... qu'en attendez-vous?

J’attends du blog qu’il continue à s’enrichir des apports de chacun, libraire, bibliophile, et que l’on puisse continuer à échanger sur tout et rien, comme des amis autour d’un bon repas (j’espère d’ailleurs vous rejoindre au prochain déjeuner des bibliophiles). J’adore en particulier lire les articles de fond. Bravo à Bertrand pour ses articles qui sont toujours d’une grande richesse et qui démontrent tous les talents du fin libraire qu'il est. Je tire mon chapeau également à Rémi sur sa leçon à propos de la pagination, où étais-je moi à 25 ans, que de temps perdu…Merci également à Jean-Paul Fontaine, à Bernard et à tous ceux que j’oublie ici.
Longue vie au blog et merci surtout à vous H. de sacrifier de votre temps et de votre énergie pour le faire vivre.

Amitiés bibliophiles,
Vincent P.

Merci Vincent,
H

mardi 15 juillet 2008

Livres recherchés suite à un vol.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Deux messages ce soir, celui-ci et juste en dessous, un autre de demande d'entraide et d'information. Nous parlions de vol, je vous transmets le message d'un fidèle lecteur du blog, libraire de son état, qui a récemment été cambriolé. Voici la liste des livres qui lui ont été dérobés. Si vous les croisez, contactez-moi, nous essaierons de coincer les voleurs :

- Vinet Elie. L'antiquité de la ville de Bourdeaus et de Bourg sur Mer, reveue et augmentee, et a ceste autre impression enrichie de plusieurs figures par son aucteur. Bordeaux, Millanges, 1574.
Petit in-4. Reliure en plein maroquin bleu nuit signée de Lortic, avec un large fleuron au centre des plats.

- Vinet Elie. L'antiquité de Saintes. Bordeaux, de Ladime, 1571.
Petit in-4. Reliure en plein maroquin grenat janséniste signé de Trautz.

- Vinet Elie. L'antiquité d'Angoulesme. Poitiers, Marnef, 1567.
Petit in-4. Reliure de l'époque en plein velin souple. Ex-libris de la famille de Montesquiou-Fesenzac.

- Lurbe Gabriel de. Chronique bourdeloise.Bordeaux, Millanges, 1594.
Petit in-4. Reliure du 18eme siècle en plein maroquin rouge aux armes de la famille de Duras.

- Lurbe Gabriel de. De illustribus Aquitaniae viris, a Constantino magnusque ad nostra tempora, libellus. Bordeaux, 1591.
Petit in-8. Reliure en plein maroquin bleu signé de Chambolle-Duru. Ex-libris Bordes.

- Holbein Hans. Les simulachres et histories face a la mort.Lyon, Frellon, 1542.
Petit in-8. Reliure en plein maroquin rouge signé de Chambolle-Duru.

- Tassin Nicolas. Les plans et profiles de toutes les principales villes.Sans date [vers 1630]. Aquitaine et Poitou. Environ 30 vues.
Petit in-4 oblong. Reliure en plein maroquin rouge signé de Petit avec armes azurées non identifiées au centre des plats.

- Le livre des statuts et ordonnances de l'ordre Sainct Michel.Sand date [milieu du 16eme siecle].
Petit in-4. Reliure de l'époque en plein maroquin tabac au semis de chiffre, armes d'Henri II au centre des plats.
IMPRESSION SUR PEAU DE VELIN.

Heures a l'usage de Tours.Paris, Simon Vostre, 1504.
Petit in-8. Reliure de l'époque a la cire a décor d'entrelacs végétaux.
IMPRESSION SUR PEAU DE VELIN.

Coutumes de Boullenoys [Boulonnais], Paris, 1551.
Petit in-8. Reliure en veau du 18eme siècle.

Coutumes d'Acs [Dax], 1576.
Petit in-8. Reliure en velin de l'époque.

H

Entraide et demande d'informations

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J'aimerais avant tout vous présenter deux nouveaux venus dans ma bibliothèque, sur lesquels je recherche des informations. Ces deux plaquettes ont eu le bon goût d'être très bon marché malgré leurs beaux atours, oui mais voilà, le prix bas a fait que j'ai acheté sans connaître, hélas... :

Le premier : Les Disputes, discours en vers par Ruhlières, à Paris, chez Delessert, An 3ème de la République. Une plaquette de format in-8, reliée en maroquin rouge par Trautz-Bauzonnet.
Son cousin : La Lanterne Magique Nationale, une plaquette slnd, format in-8, reliée en maroquin rouge par Chatelin. On y trouve un ex-libris que j'ai déjà croisé, mais dont je ne me souviens plus s'il a un intérêt ou pas.
Enfin, un jeune libraire bourguignon cherche des informations sur l'ouvrage suivant :
Trium disertissimorum praefationes ac epistolae familiares aliquot : Mureti, Lambini & Regij. Quibus, propter argumenti similitudinem, doctrissimi ac eloquentissimi viri Pauli Manutij prefationes adiunximus, cum indice copiosissimo.
Parisiis, Apud Ioannem de Heuqueville, via D. Ioannis Lateranensis, sub rosa rubeae. 1579. Cum privilegio regis.

1 volume petit in-12 (130 x 85 mm - Hauteur des marges : 120 mm) de 13 feuillets non chiffrés et paginé ensuite 3 à 549, le verso du dernier feuillet contenant l'extrait du privilège.
Ce petit volume est relié en plein parchemin semi-rigide de l'époque, dos à l'encre au dos, traces de lacets. Très bien conservé.

Il s'agirait de lettres familières de Marc-Antoine Muret, Denis Lambin et Louis Le Roy, trois "lumières de l'érudition française du XVIè s." comme on peut lire dans la littérature qui les concerne. Mais rien concernant cette édition de Paris Heuqueville, 1579 ?

Merci!

H

dimanche 13 juillet 2008

Ebayana

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Aaah, l'été, la saison de tous les chopins sur ebay. Ce fût en tout cas le cas pour moi ces trois ou quatre dernières années, et je viens de réitérer deux jolis coups, dont un achat en direct en demandant au vendeur d'enlever son livre du site...

Le nombre de livres reste a peu près constant, mais le nombre d'acheteurs potentiels se réduit, aux plus malins de tirer leur épingle du jeu.

En attendant, voici une petite sélection :

Un manuscrit de Papus... pour 20 euros...

Et un envoi au même Papus

Les Fleurs Animées de Grandville, à un prix encore dérisoire...

Un intéressant manuel, pour apprendre à décrypter les manuscrits. Pour Gonzalo et les autres

Un essai sur la Franc-maçonnerie

Ce livre d'heures à prix sacrifié, vous en pensez quoi?

Une reliure "Lettriste" (je ne connaissais pas ce terme), de Max Fonsèque, élève de Lortic

Une autre de Marius Michel