« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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samedi 22 mars 2008

Le Gascon, le relieur inconnu

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Pour beaucoup, il fût le plus grand relieur du 17ème siècle, si ce n’est de toute l’histoire de la reliure et on lui doit certaines innovations importantes. Le paradoxe, c’est que de ce génie, on ne connaît que le surnom : Le Gascon.

Qui fût le Gascon ? On sait de lui qu’il fût actif dans la première moitié du 17ème siècle et que de son vivant déjà il était extrêmement renommé.
Comme je l'ai dit, on lui doit plusieurs innovations telles que le pointillé, dont j’ai déjà parlé, mais il semble également qu’il fût le premier à couvrir les gardes intérieures des reliures.

On garde de lui l’image d’un relieur-doreur d’une maîtrise absolue, dont les entrelacs et les filets composés de fers pointillés dessinent des décors d’une finesse exquise.

Reste à savoir qui fût Le Gascon. Il y a plusieurs hypothèses, Gruel notamment émît l’hypothèse que La Gascon était en fait Florimond Badier, un gascon, effectivement. Cette hypothèse fût ensuite réfutée quand on découvrît que Le Gascon était actif dès 1622. En effet, à cette époque, Badier n’avait pas encore débuté son apprentissage. D’autres hypothèses suggèrent que Le Gascon fût un temps un doreur de l’atelier des Eve, dont certaines créations sont proches.

Je ne sais pas si la question a été finalement tranchée, mais j’avoue que j’ai de l’affection pour la théorie de Roger Devauchelle. Celui-ci évoque en effet la piste de Florimond Badier, mais simplement comme un indice. En effet, Badier, gascon de naissance, fût accueilli par un relieur de sa région, gascon lui aussi, dont il épousera la fille. Ce relieur se nomme Jean Gillede. Ce qui est intéressant c’est de constater que des comparaisons ont montré que les reliures attribuées à Le Gascon et celles de Badier furent exécutées avec des outils de dorures issues du même atelier, et comme Badier n’avait pas encore débuté sa carrière quand Le Gascon était déjà reconnu, cela nous met naturellement sur la piste de Gillede.

Roger Devauchelle rejoint cette thèse et la développe dans une direction intéressante : en effet Gillede fût reçu maître en 1615, ce qui coïncide avec les premiers éléments sur sa bonne réputation, et qui datent de 1622… mais surtout en 1622, dans le registre de la Confrérie des relieurs, apparaît un détail qui mérite d’être noté : le nom de Gillede y figure en surcharge d’un « L », comme si Gillede, entraîné par son habitude avait commencé à écrire « Le Gascon »… Hypothèse séduisante, non ?

H

vendredi 21 mars 2008

Bibliophilie et Cohérence

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Cohérence...

Le mot est simple, c'est un argument qui simple évident quand on veut estimer une bibliothèque. Le débat autour de la bibliothèque napoléonienne de Dominique de Villepin m'a fait réfléchir à cette idée. Vous êtes plusieurs à avoir exprimé que ce qui caractérise le bibliophile, et le distingue du simple spéculateur par exemple, c'est la cohérence de sa bibliothèque. En même temps, si on y songe, qu'y a-t-il de plus subjectif, et à partir de quand cohérence peut-il rimer avec manie ou obsession?

En clair, une bibliothèque est elle estimable parce qu'elle est cohérente? Un bibliophile est-il respectable parce que sa démarche est cohérente? Est-ce seulement un signe de bibliophilie?

Hier encore j'aurais dit oui, aujourd'hui, je ne sais plus. En effet, ce qui sera cohérent pour l'un d'entre nous sera incompréhensible pour d'autres. Exemple : que pensera un bibliophile amateur d'ouvrages de botanique d'un autre bibliophile qui vient de lui arracher un ouvrage de botanique, simplement parce qu'il est 18ème, et que ce deuxième amateur se passionne pour ce siècle, achetant des ouvrages de thèmes divers. On peut se spécialiser et développer une cohérence dans des domaines extrêmement divers : sujets particuliers bien sûr (livres sur le Dauphiné, livres sur Napoléon, etc, mais aussi qualité (du maroquin seulement svp), rareté, beauté, reliure, iconographie, origine (relieur, imprimeur, anciens possesseurs, etc.).

L'un va se spécialiser dans les voyages vers le Nouveau Monde, l'autre dans les éditions originales de Baudelaire, le troisième dans les ouvrages illustrés par Romeyn de Hooghe (peu importe le thème), un quatrième dans les reliures de Lortic qu'il recouvrent des Elzevirs ou des illustrés 19ème, un autre dans les ouvrages sur l'Alsace, un dernier dans les utopies. Dans une vente, on risquera de voir l'amateur de Lortic disputer un Romeyn de Hooghe avec un amateur, qui lui se battra avec un autre amateur d'utopies, etc.

La notion de cohérence est donc toute relative, et extrêmement vaste... au point qu'on ne puisse la juger. Je me demande si nous devrions pas simplement parler de bibliothèques spécialisées ou thématiques, parce qu'à part pour les pan-bibliophiles, chaque bibliothèque à sa cohérence propre, ne serait-ce que parce qu'elle est le fruit des efforts d'un bibliophile. Même si elle déclenche l'incompréhension de ses camarades? Finalement, hétéroclite ne signifie pas forcément incohérent. C'est d'ailleurs l'un des charmes de la bibliophilie je trouve, qu'un amateur qui ne recherche que des Alde, puisse partager sa passion avec un cazinophile, un amateur qui ne rassemble que des éditions de Paul et Virginie (comme le fît Tristan Bernard), etc. Christian Galantaris, dans son Manuel de Bibliophilie présente même deux amateurs qui ne recherchaient que des ouvrages dont le nom de l'auteur commençait par un B, ou dont le prénom était Jules.

Le plus important, comme l'écrit d'ailleurs Vanderem, reste d'avoir une idée directrice, qui permet de borner le champ de ses recherches. Pas parce que cela donnea une bibliothèque cohérente, mais parce que cela permettra au bibliophile d'approfondir ces connaissances, plutôt que d'essayer de "tout savoir".

Si vous veniez demain chez moi, vous découvririez des utopies, des voyages, des reliures, de la littérature, de l'ésotérisme et d'autres ouvrages encore. Un ensemble incohérent aux yeux du profane, et pourtant pour moi, d'une cohérence absolue. Parce que c'est moi, parce que ce sont eux.

Finalement, à mes yeux, le plus important c'est que ma bibliothèque se construise à mon image, avec mes goûts, éclectiques, et suivant mes évolutions. La cohérence globale n'est pas importante, parce que tout ceci sera peut-être totalement abscons pour mon voisin, d'ailleurs.

La cohérence ne serait donc pas synonyme de bibliophilie. Elle peut parfois l'être, parfois non, et c'est en tout cas une notion très subjective. Trop? Qu'en pensez-vous? Débat!

H

A prendre en compte : "Logic is the beginning of wisdom; not the end." - Spock, ST IV.

jeudi 20 mars 2008

La Bibliothèque Napoléonienne de Dominique de Villepin - Résultats

Amis Bibliophiles Bonsoir,

L'Empereur aurait sans doute été satisfait d'assister à la vente de la Bibliothèque Napoléonienne de Dominique de Villepin hier à Drouot : affluence et enchères ayant largement dépassé les estimations étaient en effet au rendez-vous.

La vente a en effet attiré les collectionneurs d'objets napoléoniens, les bibliophiles mais aussi de nombreux curieux, et les chaises n'ont pas suffit à installer le public qui s'est assis sur les cimaises et se tenait debout dans la porte.

Les 335 lots de la vente ont totalisé 1,12 million d'euros (avec les frais), soit plus de deux fois l'estimation initiale.

Plusieurs ouvrages ont vu leur prix dépasser largement les estimations lors de batailles d'enchères entre les téléphones et la salle où se côtoyaient marchands, bibliophiles fortunés et représentants d'institutions.

Ainsi, un exemplaire du Mémorial de Saint-Hélène de Las Cases, enrichi de lettres manuscrites de Napoléon ou de Wellington a atteint 32.000 euros.

Un décret manuscrit de Napoléon, sur "l'élévation aux titres de comte et de baron de l'Empire", s'est vendu 28.000 euros (plus de quatre fois l'estimation basse) et a été préempté par la direction des Archives de France. M. de Villepin a fait savoir après la vente qu'il lui en faisait don, a indiqué la maison Bergé.

Mais comme pour les ventes Bérès, vous pouviez également repartir avec votre lot pour des sommes très inférieures. Pour 181 euros frais inclus, vous pouviez ainsi repartir avec l'un des 40 exemplaires sur Hollande de l'EO de Henry Houssaye, "Iena et la campagne de 1806", 1912, dans une chemise en demi-maroquin vert. C'est le lot le moins cher de la vente, mais il y avait de nombreux lots intéressants entre 600 et 1500 euros.

Neuf lots ont été préemptés par des institutions, dont la Bibliothèque Nationale de France pour le livre d'un préfet aux armes du dernier Condé. Le musée Napoléon de Fontainebleau de son côté a acquis un almanach aux armes d'Eugène de Beauharnais et un pamphlet anglais contre Napoléon, sous les applaudissements de la salle et au cri amusé de "Vive l'Empereur!".

Bref, une belle vente, dont on gage que le produit permettra au Premier Ministre de se lancer sereinement dans sa nouvelle passion, les ouvrages des XVe et XVIe siècles.

H

mercredi 19 mars 2008

Entraide - Identification

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je cherche à identifier ces armes, qui ne sont peut-être pas françaises (éventuellement allemandes ou belges), auriez-vous une idée?
Merci

H

Lorello, le bibliothécaire voleur...

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Qui n'a pas un jour vécu de tels moments, dans une salle des ventes, ou confortablement installé à son bureau face à un écran d'ordinateur? Enchérir, voir quelqu'un surenchérir, enchérir, le voir surenchérir, etc. Ce qui est plus inhabituel ce sont les conséquences récentes d'une bataille d'enchères entre deux américains.

Dans le cas qui nous intéresse, le meilleur enchérisseur est un juriste américain qui vient de remporter une photographie d'un général de la Guerre de Sécession sur ebay, pour 2500$. Plutôt que de se faire envoyer l'objet, il propose de rencontrer le vendeur pour une remise en mains propres, et ce dernier organise une rencontre sur le parking de son lieu de travail... La Bibliothèque de l'Etat de New York, et plus particulièrement la section Manuscrits. L'acheteur se rend sur place, rencontre un vendeur affable et cultive, Daniel Lorello, conservateur de la dite librairie et expert.

Notre acheteur est bien loin de se douter que cette transaction sera au coeur d'un important vols de documents historiques, dont un almanach de Davy Crockett, commis par le conservateur en question.

En effet, celui-ci, après avoir vendu près de 300 documents anciens sur ebay, sera arrêté par la police, et rapidement confondu. En quelques années, il aura ainsi écoulé des documents précieux, plusieurs centaines, qui malheureusement, ne seront pas tous retrouvés par les autorités, malgré l'aide d'ebay.

A noter que le voleur profitait de sa position et du fait qu'il travaillait dans cette bibliothèque depuis de 30 ans, pour escamoter des documents et livres rares, mais pas assez rares pour attirer l'attention.

A noter également, et cela rejoint notre récent débat, que la bibliothèque n'avait pas remarqué la disparition des objets. Ce sont des acheteurs sur ebay qui ont alerté la police, avant que celle-ci n'achète un livre du vendeur sur ebay, pour le confondre définitivement. Les victimes de Lorello furent aussi bien des particuliers collectionneurs, que des professionnels.

A noter enfin, le geste appréciable d'ebay, qui a offert de racheter tous les objets vendus par Lorello sur ebay, pour 70000$ environ, avant de les offrir à la Bibliothèque spoliée.

Qu'en déduire?

L'absence d'un cachet ne garanti malheureusement pas la provenance d'un livre ou d'un document. Professionnels comme amateurs peuvent être abusés par un vendeur malhonnête, même si ici, c'est un particulier qui a tiré la sonnette d'alarme. Se méfier des mariées trop belles, sur ebay comme ailleurs. Et puis, pour finir sur un sourire... n'est-il pas cocasse de constater que la plupart de ces tristes individus ne sont quand même pas très futés! Ou alors on attrape que les plus bêtes...

H

mardi 18 mars 2008

La Reliure à Plaque / Dubuisson

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Après la dentelle et la reliure Aldine, abordons aujourd'hui la reliure à plaque (ou "à la plaque"), et par extension, les reliures exécutées par Dubuisson, l'un des grands relieurs du 18ème siècle.

La reliure à plaque se réalise en appliquant une plaque métallique sur le plat d'une reliure pour y "imprimer" son empreinte. La plaque est alors le décor obtenu, et la reliure à plaque, la reliure dont les plats présentent ces plaques. Elle se distinguent des reliures à la dentelle, qui utilisent le plus souvent des petits fers, poussés à la main par le relieur.
Les plaques sont apparues dès le 15ème siècle, mais c'est Dubuisson qui va réellement leur donner leurs lettres de noblesse au 18ème siècle. En effet, Pierre-Paul Dubuisson, qui sera relieur du Roi à partir de 1758, va créer une vingtaine de plaques décoratives, qu'il apposera ensuite sur de nombreuses reliures de la seconde partie du 18ème siècle.

Ces plaques sont particulièrement élégantes et fines et elles laissent le plus souvent libre le centre des plats, pour permettre d'y frapper les armes de leur propriétaire éventuel. La plupart des plaques connues et attribuées à Dubuisson étaient destinées à des formats in-8 ou in-12. Pour des reliures de grande taille, le relieur pouvait raccorder des plaques de tailles différentes pour créer des décors à l'échelle.
Dubuisson est mort en 1762, ce qui a donné lieu à des débats pour lui attribuer telle ou telle plaque. Si vous souhaitez plus d'informations, ou si vous souhaitez identifier l'une de vos reliures afin de savoir si la plaque est bien de Dubuisson, vous pouvez vous rapporter à deux ouvrages :

1. Les travaux d'Edouard Rahir, dans son catalogue "Livres dans de riches reliures", Paris, 1910.
2. Le Manuel de Bibliophilie de Christian Galantaris, Editions des cendres, dans lequel Monsieur Galantaris a complété les travaux de Rahir et présente une vingtaine de plaques attribués à Dubuisson.
Bien sûr, il existe aussi des reliures à plaque du 18ème qui ne sont pas l'oeuvre de Dubuisson, attribuables à Padeloup par exemple.

Vous allez me demander comment on attribue une plaque à un relieur, alors que les relieurs du 18ème signaient très rarement leurs oeuvres. Il y a plusieurs solutions, mais la plus simple est que Dubuisson en a malgré tout signé quelques unes. Ainsi, sur un Almanach Royal de 1752, avec une reliure à plaque, on a pu retrouver l'étiquette suivante : "Du Buisson le Fils relieur doreur […] Fait en or les armes de toutes les têtes couronnées, princes, princesses, prélats, grands officiers de la couronne et de la maison du Roi".

Si vous avez une plaque à identifier, n'hésitez pas à m'envoyer une image, je ferais de mon mieux pour vous aider.

H

lundi 17 mars 2008

La Reliure à Dentelle

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Autre type de reliure, que l'on croise encore assez souvent : la reliure à dentelle.
La reliure à dentelle présente une juxtaposition de petits fers sur le bords des plats, qui donne cette apparence de bande de dentelle, plus ou moins large. Les fers sont parfois appliqués à l'aide d'une plaque et d'un balancier. Cette dentelle peut également être à froid, mais c'est plus rare. C'est une dentelle assez caractéristique du 18ème siècle, qui sera reprise par les grands relieurs de la fin du 19ème, sur leurs reliures pastiches.
La dentelle est parfois également présente sur les contreplats, mais on parle alors de dentelle intérieure, et non pas de reliure à dentelle.
On connaît aussi la dentelle Pompadour, que l'on peut trouver sur les ouvrages reliés aux armes de la marquise de Pompadour, c'est une dentelle large.

H

La Reliure Aldine

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Reprenons ensemble le chemin de la reliure, avec un type de reliure emblématique du 16ème siècles, la reliure Aldine.
Comme son nom l'indique, les reliures aldines furent exécutées dans les ateliers vénitiens des Alde au 16ème siècle. Elles recouvrent évidemment toujours des ouvrages sortis des presses des Alde.
Les reliures Aldine se composent de plats en carton, voire de bois, revêtus de maroquin, avec un cadre doré ou estampé à froid, présentant souvent des volutes ou décorations dans leurs coins, et un motif central doré, reprenant soit le titre de l'ouvrage, soit des lettres.

Ces reliures sont naturellement particulièrement recherchées.

H

dimanche 16 mars 2008

Débat : comment réagir face à un cachet?

Amis Bibliophiles Bonjour,

Suite au message de Jean-Paul qui condamnait (à tort, mais l'ami Jean-Paul s'est emporté.. et excusé) un vendeur d'ebay dont le livre présentait un cachet d'une bibliothèque bavaroise, je me suis interrogé sur les cachets.

Comment réagir face à un livre qui présente un cachet d'appartenance à une institution? A la réflexion, cela semble moins simple qu'il n'y paraît et de nombreuses situations peuvent se présenter.

En effet, si les collections sont inaliénables en France, ce n'est pas le cas partout dans le monde (les bibliothèques américaines se séparent parfois d'une partie de leur stock, et de livres qui sont de facto marqués), et l'Histoire peut aussi avoir fait prendre un chemin particulier à un livre.

Exemple? Pour des raisons personnelles, je me suis intéressé à la prise du Berghof d'Hitler par la 3ème Armée Américaine et la 2ème DB. Hitler possédait en effet un très grand nombre de livres. S'il n'était pas bibliophile apparemment, il était en tout cas un très grand lecteur (comme quoi, hein...) et aimait rassembler des livres de toute sorte. Une partie de ses livres a été retrouvée au "Nid d'aigle", et d'autres à proximité, cachés au fond d'une mine de sel. Il s'agissait de livres modernes, de livres anciens, d'achats personnels, d'envois reçus par Hitler, mais aussi de prises de guerre portant les cachets d'institutions étrangères qui finirent par atterrir entre ses mains. Qu'est-il advenu de ces livres?

La 3ème Armée s'est emparée d'une partie d'entre eux, plusieurs milliers, les a rapatriés aux Etats-Unis et confiés à la Bibliothèque du Congrès où quelqu'un s'est chargé de les trier. Il se trouve que cette personne a décidé d'en conserver une partie et d'en remettre une autre partie sur le marché (parce qu'ils étaient "sans intérêt pour la bibliothèque, ou constituaient des doublons), mettant de fait en circulation des ouvrages ayant appartenu à d'autres institutions, portant des cachets.

Parallèlement, la 2ème DB s'est également emparée de certains livres. Certains ont rejoint directement le rayon souvenirs des familles des soldats sur place, d'autres ont été marqués d'un cachet portant une inscription du type "Ce livre a été "libéré" par les soldats de la 2ème DB lors de la prise du Berghof", et ont atterri sur le marché au fil des ans. J'en ai vu un, un Ptolémée, qui portait ainsi le cachet d'une bibliothèque belge, un tampon de l'aigle nazi et le tampon de la 2ème DB. Il a été vendu à un particulier. Celui-ci possède donc un ouvrage avec un cachet d'une bibliothèque belge, mais comment considérer ceci? Doit-il rendre le livre, la bibliothèque existe-t-elle encore?

Idem, on croise souvent des livres portant le cachet d'institutions religieuses qui n'existent plus ou dont les bibliothèques ont été pillées pendant la Révolution et dispersées... Comment réagir?

Enfin, j'ai eu dans ma bibliothèque un livre en français du 18ème siècle, qui avait appartenu à une bibliothèque anglaise, portait son cachet, mais portait également un tampon sur une feuille volante insérée avant le titre "la bibliothèque de "machin" a mis en vente ce livre pour financer les réparations liées aux dommages occasionnés par les bombardements du..., etc.". Problème, la feuille était "volante", ce qui signifie que si elle était enlevée du livre, celui-ci ne contiendrait plus que les cachets.

Autant, la réponse me semble évidente si on croise un ouvrage portant le cachet de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, autant elle peut être plus diffuse dans de nombreux autres cas, non?

Un livre portant un cachet est-il forcément un livre suspect? Qu'en faire alors?

(vous savez mon dégoût pour les voleurs de livres, je ne cherche pas ici à les dédouaner "par la bande", mais bien a essayer d'y voir plus clair dans une situation qui peut concerner chaque bibliophile).

Votre avis?

H.

Ebayana, Fontainiana et autres ventes

Amis Bibliophiles Bonjour,

Le printemps approche, c'est vraiment une bonne occasion pour enrichir sa bibliothèque (aucun rapport, mais un prétexte supplémentaire ne fait pas de mal).

A signaler, à part la vente de la bibliothèque napoléonienne de Dominique de Villepin qui aura lieu cette semaine et dont j'ai déjà parlé, la belle vente qui se tiendra à Lyon le 27 mars (catalogue : http://www.bibliorare.com/cat-vent_lyon27-03-08.pdf).

Côté ebay, voici quelques livres intéressants:

Pour les bibliophiles amateurs de livres sur les livres :

- Le Livre des livres:

Le Livre de Jean-Paul, un classique, que je conseille vivement

Les Rois Bibliophiles, un ouvrage belge, richement illustré

Epitres d'un imprimeur aux bibliophiles

Une Bibliographie Alpine, pour qui vous savez...

Un catalogue Sourget, pour rêver

Une étude sur le Livre Romantique

Côté reliure :

Le Manuel de la Reliure Roret

Les maîtres de la Reliure : Georges Cretté

Autres :

- Le Lycosthène, pour les courageux ou les relieurs... Il y a du travail à faire. trop?

Le Lycosthène, mais dans quel état...

Au cas où l'un de vous serait intéressé : un ouvrage 18ème sur le Dauphiné

Divers :

Si je me souviens, il en est parmi vous qui cherchaient ce genre d'objets :

Main en métal pour maintenir les pages d'un livre ouvertes

Une autre

Et ce cinglé, qui se prépare à dépecer deux livres, puisqu'évidemment, sa vente n'atteindra pas 6000 euros....

H

samedi 15 mars 2008

Portrait de Bibliophile : Jean-Marc

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose de découvrir un peu plus l'un des piliers du blog, Jean-Marc, qui est aussi le créateur de la bibliothèque dauphinoise : www.bibliotheque-dauphinoise.com.

Bonjour Jean-Marc, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?

Ingénieur, travaillant dans un grand groupe automobile (le même que celui du précédent portrait), rien ne me prédisposait à la bibliophilie.

Je suis arrivé à la bibliophilie par l'amour de la lecture. Depuis toujours, je lis et j'achète les livres que je lis. Peu à peu, je suis passé à la bibliophilie, mais j'en parlerai un peu plus loin.

Ma bibliothèque est donc le reflet de mon rapport au livre. On y trouve tous les livres d'occasion que j'ai achetés lorsque j'étais étudiant, les livres que j'ai achetés depuis, avec le passage progressif à la bibliophilie. Mon attachement au livre est tel que, pour moi, ces livres de poche d'occasion à 1 franc que j'achetais lorsque j'étais étudiant dans le début des années 80 ont presque autant de prix sentimental que les beaux livres que j'ai acquis depuis.

Quelqu'un qui aurait la patience de regarder tous les livres que je possède pourrait dessiner mon portrait et reconstituer, comme un archéologue, les différentes phases par lesquelles je suis passé au cours de ma courte vie de lecteur et même ma vie tout court, puisqu'il n'est pas de préoccupations ou d'intérêts personnels qui ne se soient un jour concrétisés dans un livre. Ce sont eux qui m'ont permis de découvrir la littérature et l'histoire, mes deux passions de lecteur. On y trouverait aussi un rayon de livres en espagnol, souvenir de mes quelques années en Espagne, ou des livres sur les Etats-Unis, ma destination préférée de voyage, qui ne s'est pas transformée en passion bibliophilique pour ce pays.

J'ai eu la chance il y a quelques années, avant le boom immobilier, de pouvoir acheter le studio voisin de mon appartement pour créer un pièce de plus. Je peux donc consacrer une pièce entière à ma bibliothèque, ce qui me permet de conserver mes livres dans de bonnes conditions de lumière et de température. Mais les livres envahissent mon appartement et j'ai maintenant un vrai problème de place. Et je ne parle pas de ceux que j'ai dû remiser dans la cave.

Depuis quand la passion de la bibliophilie s'est-elle emparée de vous? Comment vivez-vous votre bibliophilie?

Je suis arrivé à la bibliophilie par deux cheminements personnels. Le premier est celui dont j'ai parlé, l'amour de la littérature, de l'histoire, qui s'est concrétisé dans le livre, sous toutes ses formes, même les plus modestes. Le deuxième est un attachement aux Hautes-Alpes, à la montagne.

Lyonnais d'origine, parisien d'adoption depuis plus de vingt ans, je reste profondément attaché aux Hautes-Alpes, à Briançon plus particulièrement. Ma grand-mère et ma mère en sont originaires. Une maison de famille nous attache à ce pays où j'ai passé mes vacances depuis que je suis enfant. Cet attachement au pays et le goût de l'histoire m'ont amené à lire tout ce qui avait été écrit sur ce petit coin de pays. Peu à peu, avançant dans ma découverte de cette histoire régionale, je ne pouvais qu'en venir à tous les ouvrages anciens qui avaient été écrits sur cette région. Mais cette démarche restait incertaine. Il a fallu la rencontre avec un libraire ancien de Gap pour faire le saut vers la bibliophilie. Ce libraire, qui n'est plus en activité, m'a fait découvrir la bibliophilie, en me "décomplexant" vis-à-vis d'un monde qui me paraissait alors ésotérique et exclusif. Et par son âge et par son approche sans affectation de la bibliophilie, c'était le bon passeur pour me faire aller d'un amour du livre, un peu brouillon, à une approche plus exigeante qui est, me semble-t-il, le propre de la bibliophilie. En effet, dans le domaine du régionalisme, on peut toujours se contenter d'acheter des petites plaquettes en mauvaise état, pourvu que le contenu y soit. La bibliophilie consiste à essayer de trouver la même plaquette dans une belle condition, avec, pourquoi pas, un bel envoi ou quelques documents qui la complètent utilement. C'est toute la différence entre l'amour du livre, comme simple texte, et l'amour du bel objet livre, qui représente la bibliophilie.

Après ce premier contact, ce sont les rencontres avec de nombreux libraires qui m'ont permis peu à peu d'affiner et d'assurer mon goût. Ces contacts sont indispensables. A quelqu'un de jeune qui voudrait entrer en bibliophilie aujourd'hui en n'utilisant qu'Internet, je pense qu'il lui manquerait ce quelque chose qui ne se transmet que dans les échanges, le dialogue ou la confrontation.

Pour finir, car je pourrais parler encore longtemps de tout ce qui m'a fait avancer dans ma découvert de cette passion, je citerai un livre qui a eu une très grande influence sur moi : "Le Manuel de Bibliophilie", de Christian Galantaris. Cela reste un des plus beaux textes, particulièrement bien écrit, sur la bibliophilie. Le dictionnaire qui le complète permet d'acquérir ces quelques éléments de base de la culture bibliophilique qui sont comme un passeport pour pénétrer ce monde qui est en même temps assez fermé mais aussi assez ouvert si on veille à utiliser la bonne clef.

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de coeur?

Le coeur de ma bibliothèque est constitué des ouvrages sur les Hautes-Alpes. On y trouve des exemplaires de bibliophilie, mais aussi beaucoup d'ouvrages de documentation et, bien entendu, les ouvrages récents qui méritent d'être gardés pour le futur. Il s'agit donc d'une démarche systématique et ordonnée. Comme il n'existait pas de bibliographie sur ce département, je l'ai créée. Je pensais trouver quelques centaines d'ouvrages et j'en ai déjà référencé plus de 2600, en incluant évidemment toutes les plaquettes et tirés à part, qui sont incontournables dans une bibliothèque régionale.

La Meije, à la limite entre les Hautes-Alpes et l'Isère, est un des pluscélèbres voir mythiques sommets (3987 m) des Alpes.

Pour faire référence à un débat du blog d'il y a quelques mois, la bibliophilie est pour moi indissociable de l'érudition et de la recherche documentaire. Ce n'est que comme cela que je peux être assuré d'identifier tous les ouvrages susceptibles de m'intéresser. En effet, parfois, certains textes sont cachés dans des ouvrages où on ne penserait pas les trouver. Sans cela, je n'aurais peut-être jamais su que le livre de J. Forbes, sur la Norvège : "Norway and its glaciers", contient une texte qui est une des premières descriptions du massif des Ecrins, avec une lithographie qui est la première représentation de ce sommet.

A partir de ce noyau, j'ai étendu ma recherche au Dauphiné, autour de quelques thèmes : histoire du Dauphiné, Grenoble, protestantisme, "patois", etc. Cela me permet d'avoir une démarche plus bibliophilique. Comme Les Hautes-Alpes est un département pauvre, sans grandes familles, ni châteaux, il est rare de trouver des exemplaires en très bonne condition ou de belle provenance. S'intéresser au Dauphiné le permet. De plus, cela me permet de remonter plus loin dans le temps. Une bibliothèque sur les Hautes-Alpes contient essentiellement des livres des XIXe et XXe siècles, car il y a très peu de livres parus avant cette date. Une bibliothèque sur le Dauphiné permet de remonter aux XVIIe et XVIIIe siècles, voire au XVIe, mais cette région est moins riche que d'autres à cet égard.

Ouvrage de 1736 sur les apparitions de la vierge, au Laus, près de Gap

J'ai aussi quelques ouvrages généraux sur les Alpes et la montagne, mais de façon moins systématique. Dans ce domaine, j'ai une démarche plus éclectique.

Tous les livres que j'achète font l'objet d'un fiche, que je complète avec tous les renseignements que je peux trouver sur l'ouvrage. Je me constitue ainsi un corpus de documentation qui m'a amené, il y a deux ans, à créer un site, www.bibliotheque-dauphinoise.com, sur lequel je décris des ouvrages sur les Hautes-Alpes et le Dauphiné. Pour le moment, il y a un peu plus de 130 notices, mais j'espère pouvoir encore beaucoup l'enrichir. C'est aussi pour faire partager ma passion pour cette région et ses livres. Ce site devait correspondre à un besoin car j'ai à peu près 1500 visites par mois et j'ai déjà eu de nombreux contacts, dont certains très intéressants. Ce site est d'ailleurs doublé d'un blog, dans lequel je donne l'actualité de mon site : www.bibliotheque-dauphinoise.blogspot.com

A titre d'anecdote, comme je suis aussi passionné de généalogie (je me suis découvert cousin de Bertrand !), j'ai trouvé dans ma parenté un auteur d'ouvrages de philosophie et de mathématiques, le père Para du Phanjas (1724-1797) et un libraire de Lons-le-Saunier, Joseph Escalle, qui a été un éditeur assez actif dans la première moitié du XIXe siècle. Je collectionne ainsi les ouvrages de cet auteur et de ce libraire. Ils n'ont, en apparence, aucun rapport avec le reste de ma bibliothèque, mais, peu importe, car je sais ce qui les lie aux autres.

"Histoire des plantes de Dauphiné" (1786-1789), par Dominique Villars, botaniste haut-alpin

Pour finir, j'ai une autre bibliothèque, plus personnelle, autour de quelques auteurs que j'aime ou qui comptent pour moi. C'est le hasard des trouvailles, essentiellement dans les salons, qui me fait acheter de beaux exemplaires des textes que j'aime. Ce n'est pas une démarche construite comme celle de ma bibliothèque régionale.

Où achetez vous vos livres.? Internet, salons, libraires?

J'achète essentiellement chez les libraires. Sur un domaine précis comme le mien, il y a quelques libraires spécialisés qui restent incontournables. Il est même nécessaire de les connaître, car, pour approfondir la connaissance de ce domaine, l'échange et le partage d'informations sont indispensables. Je fréquente aussi beaucoup les salons. C'est l'occasion unique de voir beaucoup de livres, d'enrichir sa connaissance, de former son goût au contact des beaux exemplaires, de se bâtir son échelle de valeur des prix et, aussi, l'occasion de connaître de nouveaux libraires. Sur certains salons, j'ai eu des échanges enrichissants (au passage, j'en profite pour dire que je ne partage pas la méfiance, voir la défiance, de certains vis-à-vis des libraires). Je fréquente évidemment deux salons plus particulièrement consacrés à mon thème : Le salon du Livre de Montagne, de Passy (Haute-Savoie) qui est devenu le rendez-vous incontournable des amateurs du livre de montagne, ancien et récent et le Salon du Régionalisme alpin de Grenoble.

Depuis quelques années, j'achète en salle de ventes. J'ai débuté lors de quelques ventes "historiques" à Grenoble de bibliothèques dauphinoises, dans le début des années 2000. C'est l'occasion de voir passer des ouvrages rares, qui ressortent sur le marché à ce moment là. Malheureusement, la lutte est féroce et les prix très soutenus. Lors de ces ventes, j'ai acheté des ouvrages que je n'ai vus qu'à cette occasion. Sinon, toutes les semaines, je parcours l'ensemble des ventes sur la Gazette de Drouot, puis sur Internet. Mon plus grand plaisir est de dénicher, au milieu d'une vente, un ouvrage isolé que je recherche. Récemment, dans une liste de 600 livres, au milieu de livres de cuisine et autres ouvrages divers et variés, il y avait une histoire manuscrite inédite de la ville de Gap. Je suis allé à Drouot, je l'ai eu à bon prix, sans bataille d'enchères. Je n'ose pas imaginer la bataille lors d'une vente à Grenoble ! Cet exemple est le plus marquant, mais j'ai souvent eu de telles occasions, en particulier dans des ventes en province. Malheureusement, mon emploi du temps ne me permet guère d'aller à Drouot. Je dépose des ordres et je n'ai pas eu de trop mauvaises surprises. En plus, j'aime beaucoup l'ambiance des ventes. C'est unique, et un peu stressant quand vous convoitez un ouvrage !

J'achète peu sur Internet. Ça a surtout été l'occasion de connaître de nouveaux libraires. Quant à ebay, je suis régulièrement, j'y ai acheté des "petites" choses, qui sont souvent à des prix très intéressants par rapport à la librairie (je pense à ces petites plaquettes que l'on trouve à 10 € sur ebay et que certains libraires vous vendent 50 € ou même 100). Pour les ouvrages plus recherchés, je n'ai jamais trouvé de choses particulièrement intéressantes et les prix sont alignés sur le marché.

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?

Il y a les livres que je désire, car je sais qu'ils existent, et ceux dont je rêve. Ceux que je désire sont ces quelques ouvrages introuvables : "Les Essais" d'Antoine Froment, premier ouvrage sur Briançon paru en 1639, ou "L'Histoire de la glorieuse rentrée des Vaudois dans leurs vallées" du pasteur Henri Arnaud, paru en 1710. Je sais qu'il en existe des exemplaires. J'espère en trouver un jour. Les livres dont je rêve n'existent peut-être pas : ce serait un exemplaire de l'"Histoire des Haute-Alpes", du baron Ladoucette (1848), exemplaire personnel de l'auteur qui l'aurait fait relier par Bozérian, avec ses armes sur les plats et qu'il aurait truffé de documents et de notes en vue d'une quatrième édition, que la mort l'aurait empêché de publier. Ce serait une "Histoire du Diocèse d'Embrun" aux armes du dernier archevêque d'Embrun. Là dessus, je pourrais laisser courir mon imagination, pour décrire ces hypothétiques exemplaires.

J'ai souvent retourné la deuxième question en tous sens. Je n'arrive pas à choisir les livres qui me sont particulièrement chers. Autrement dit, ils me sont tous chers. J'ai une forme d'attachement très irrationnel à tous les livres que je possède. C'est probablement pour cela que je ne suis pas encore arrivé à me séparer d'un seul ouvrage, alors que j'ai quelques doublons. J'en profite pour dire que j'aime aussi bien les beaux exemplaires, bien reliés, que les quelques ouvrages de qualité médiocre, imprimés sur du mauvais papier par des imprimeurs locaux malhabiles, brochés, qui sont très courants dans le régionalisme. Si je peux m'exprimer ainsi, il en émane une épaisseur humaine, directement sortie des épreuves qu'ils ont dû traverser pour arriver jusqu'à nous. J'aime autant la "Notice sur la décadence du canton de Saint-Etienne-en-Dévoluy", de J.-P. Collin, imprimée sur du mauvais papier, mais rarissime, que les "Ephémérides des Hautes-Alpes", reliées par Gruel, aux armes.

Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?

Malgré Internet, les catalogues, les listes, il faut chiner et encore chiner. Il y a quelques années, au salon de Saint-Sulpice, sur un stand qui avait un minuscule rayon de régionalisme (peut-être 50 cm), car ce n'était pas sa spécialité, j'ai trouvé la perle rare. J'ai regardé par acquis de conscience, car dans ce cas, on y trouve toujours la même chose. Miracle ! j'y ai déniché un petit ouvrage rarissime : "Ephémérides des Hautes-Alpes", de l'abbé Gaillaud, la première édition de 1864, dans une reliure en plein maroquin de Gruel, aux armes du marquis de la Mazelière. Une telle trouvaille est inespérée.

Reliure aux armes de Gruel, sur les "Ephémérides desHautes-Alpes", de l'abbé Gaillaud (1864).

Autre trouvaille. J'ai acheté il y a quelques années le "Dictionnaire biographique des Hautes-Alpes" de l'abbé Allemand (1910). L'exemplaire comportait un ex-libris manuscrit, avec la signature du curé de Chorges. Quelques années plus tard, mes parents m'ont donné une copie du sermon prononcé lors du mariage de mes grands-parents à Briançon. La signature était la même. Ainsi, ce livre appartenait au curé qui avait marié mes grands-parents. Cela peut paraître anecdotique, mais cela donne une valeur "sentimentale" à l'ouvrage.

Enfin, vous êtes un visiteur fidèle du blog... qu'en attendez-vous?"

Depuis le jour où j'ai découvert ce blog, en septembre 2007, je suis un fidèle. Je m'y connecte tous les jours, je lis tous les messages et tous les commentaires. C'est pour moi un lieu d'échanges, un lieu de rencontres d'autres bibliophiles, avec la diversité de leurs goûts, de leurs approches, de leurs passions. Je suis frappé par la diversité des personnalités, des âges (rien à voir avec la population que l'on croise dans les salons ou les salles de vente). J'ai particulièrement apprécié que ce blog se prolonge par des rencontres "in the real life". Les deux repas auxquels j'ai participé sont des bons souvenirs.

Merci Jean-Marc, à très vite sur le blog.

H

vendredi 14 mars 2008

Martyrologie: le Flos Sanctorum d'Alfonso de Villegas

Amis Bibliophiles Bonsoir,
La "martyrologie" est un domaine à part dans la bibliophilie, elle donne en général lieu à des ouvrages très (trop) bien illustrés. Un exemple ce soir, avec cet article de Bertrand.
Il ne l'a pas fait et donc je m'en charge : éloignez les âmes sensibles de l'écran ou les enfants qui viennent sur vos genoux se former à la bibliophilie sur le blog de l'ami Hugues.

"Ce message n’est ni vraiment une énigme, ni vraiment un article de fond, c’est un peu les deux , et surtout ni l’un ni l’autre. C’est avant tout un voyage iconographique au pays des supplices.
Vous allez découvrir plus bas une série de gravures sur bois issues d’un ouvrage imprimé en italien. Cet ouvrage, connu sous le nom de Flos Sanctorum est l’œuvre de Alfonso de Villegas, théologien espagnol du XVIè siècle. Nous avons ici une version italienne donnée par Timoteo da Bagno.

L’ouvrage est intéressant à plus d’un titre et est d’ailleurs noté comme très estimé par les bibliographes (encore eux, je sais…), mais son plus grand atout est de proposer au lecteur une série de plus d’une centaine de bois gravés (certains répétés plusieurs fois), presque tous de la même taille (vignettes d’environ 5 x 4 cm), représentant presque à chaque fois le supplice et martyr du saint en question.

Nous avons ainsi sous les yeux, gravés d’une manière à la fois forte mais naïve, le plus complet des tableaux des suppliciés de la religion chrétienne.

Je vous laisse les découvrir en images.

La traditionnelle et classique décollation pratiquée à l’épée, méthode rapide et efficace…

Saint-Vincent martyr. Suspendu à une corde pieds et poings liés, les bras tendus vers le ciel…

La crucifixion de Saint-Simon.

Original et propre. L’ensevelissement vivant ! Pieds et poings liés évidemment. Plus drôle.

Supplice de la Marmite bouillante etc.

Encore une originalité dont seuls les païens avaient le secret (enfin presque…) : Allongé et lié sur un cadre de fer et placé au dessus d’un brasier et savamment maintenu au col par une longue pic !

Traîné au sol !

Dépecé vivant au vil couteau ! Douloureux à n’en pas douter.

Classique : le lion…

Le brasier.

Un classique encore usité : la lapidation.

Il y a évidemment bien d’autres supplices, divers et variés, mais je n’ai pas voulu trop alourdir la lecture de cet article en en ajoutant plus. Comme vous le voyez, l’homme ne manque pas d’imagination lorsqu’il s’agit de martyriser son prochain. Pas très catholique tout ça ! Enfin, ici l’honneur est sauf, ce sont les payens les bourreaux. Il faudra attendre quelques siècles pour que les rôles s’inversent.

Venons-en maintenant à la question liée à ce petit diaporama sanglant : D’après vous, et selon ce que vous pouvez voir (les bois gravés), pourriez-vous dire avec assez de précision la date d’impression de l’exemplaire dont je me suis servi pour illustrer cet article? Evidemment, je donnerai des précisions et des compléments d’information dans un ou plusieurs commentaires liés à cet article."

H

P.S. : j'avas initialement de comparer l'ouvrage de Bertrand avec mon Van Luyken, Théatre des martyrs, mais je me suis dit que c'était peut-être trop pour ce soir.

jeudi 13 mars 2008

Librairie éclectique

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J'ajoute une petite image en passant. J'ai pris cette photographie aujourd'hui dans les rues de Paris.
Il s'agît en fait d'un libraire "classique" qui au fond de son magasin, a installé une bibliothèque de livres anciens à vendre. Il annonce la couleur avec cette grand banderole sur la vitrine.

Eclectique et sympa!

H

Une énigme biblio-historique

Amis Bibliophiles bonsoir,

Après notre débat sur les relations entre les bibliophiles et les bibliothèques, je me suis un peu penché sur le sujet.

C'est un bon prétexte à une nouvelle énigme biblio-historique, qui n'est pas réservée aux Italiens.

Saurez-vous identifier le personnage aux cheveux gris platine qui est à genoux sur ce tableau?

Un indice : "Je suis le premier d'une longue lignée. C'est le quatrième qui m'a désigné, même s'il ne fût pas le fondateur de l'institution. Qui suis-je?". Facile, non? J'ai toujours l'impression d'en dire trop avec mes indices!

Solution de l'énigme:

Le personnage aux cheveux gros du tableau est l'humaniste Bartolomeo Sacchi, dit "il Platina" premier Conservateur de la Bibliothèque Vaticane.

Sur ce tableau de Melozzo da Forli, on le voît Platina recevor l'investiture des mains du pape Sixte IV en 1475. Platina est au centre, à genoux, pointant son index gauche vers une inscription qu'il a composé lui-même et qui exalte les entreprises du pape Sixte IV dans la ville de Rome. Le pape Sixte IV siège à droite sur sa chaire, entre ses neveux cardinaux et laïcs : le protonotaire apostolique Raffaele Riario à sa droite, Giuliano della Rovere, le futur pape Jules II (pontificat de 1503 à 1513) debout devant lui, Girolamo Riario et Giovanni della Rovere derrière lui. H

H

mercredi 12 mars 2008

La Grande Chartreuse de Pierre, et le déménagement du libraire

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Du monde chez moi, soyez discrets, je me suis éclipsé 3 minutes le temps de poster ce message. Pierre a besoin d'aide, que pouvez-vous faire pour lui, je lui laisser la parole...

Venons-en au livre question. Voici la notice qu'en donne J. Perret (Guide des livres sur la montagne et l'alpinisme, Grenoble, éd. de Belledonne, 1997) :

AUDIFFRET (L.D.L.) : "La Grande Chartreuse, le Mont-Blanc et l'Hospice du Grand Saint Bernard". Paris, éd. Waille, 1845. 1vol. in-12. III+250pp. 1ère édition. L'ouvrage a également paru à la Librairie Catholique de Périsse Frères, à Paris et à Lyon (1845, 1vol. in-12. III+250pp, illustré d'une gravure en frontispice sans rapport avec l'ouvrage).

Mon exemplaire est édité chez Périsse Frères, mais sans mention de date (et sans la gravure...). D'où ma question : de quand date mon exemplaire ? Une note au crayon vraisemblablement due à un libraire ou un précédent propriétaire indique qu'il s'agit d'une réédition fin 19ème. Je suis tout prêt à le croire mais aimerais en avoir un début de confirmation.

Les exemplaires que j'ai pu trouvés sur le net (par exemple en consultant le ccfr) sont tous édités chez Waille en 1845. Je n'ai trouvé aucune trace de ceux parus chez Périsse, et aucune mention de réédition. A l'exception bien sûr de la page de titre, mon exemplaire semble identique en tout point à celui visible sur Gallica ( http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k350672/f3.table ), y compris la mention "Imprimé par Olivier-Fulgence et Cie, à Poissy" (recto de la page de faux titre). Sur Gallica manque le recto de la page de titre, que je ne peux donc pas comparer avec le mien, portant la mention "Corbeil, imprimerie de Crété".

De l'auteur je n'ai pas appris grand-chose, sinon qu'il s'appelait Louis-Dominique-Laurent, qu'il n'est vraisemblablement pas apparenté avec la célèbre famille Audiffret-Pasquier, et qu'il était avocat à Marseille ( http://www.criminocorpus.cnrs.fr/biblio/v3/b4.php?rech=avan&parpage=10&retourq=Audiffret%20(Louis-Dominique)&ch=data_nom )

Pour finir par une note amusante, on trouve sur un catalogue de la librairie suisse Harteveld l'opinion suivante : "Selon Perret il y a, à la même date, une édition paru à la librairie catholique de Périsse frères à Paris et à Lyon, qui selon moi ont tous été envoyer dans les missions et ne sont jamais revenues " (sic)( http://www.harteveld.ch/Stuttgart06cat.pdf ).

Qu'en pensez-vous?

Pierre et Hugues

mardi 11 mars 2008

Reliure, Bergeron, Sickles, un véritable livre de bibliophile

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Après m'être débattu avec des problèmes techniques, je vous propose un message sur un ouvrage de ma bibliothèque. Lui-même ne sait pas pourquoi il a atterri chez moi, ni moi d'ailleurs, mais il est bien là... alors autant en parler.
L'ouvrage est le suivant : Jules LAFORGUE, Les Complaintes, avec le Lithographies originales de Gabriel Dauchot. Edité par la Société Normande des Amis du Livre, en 1957. Format très grand in-4.
La reliure est une reliure de maroquin rouge, qu'on pourrait qualifier d'irradiante, avec des jeux de filets concentriques (centrifuges pour être exact) dorés et à froid sur les plats. A l'intérieur on trouve un large encadrement intérieur du même maroquin, les gardes et les contregardes sont en daim gris. Elle est signée Bergeron.
Il s'agît en fait d'un ouvrage qui me semble assez typique des ouvrages réalisés par/pour les Sociétés de Bibliophiles. Celui-ci est un tirage unique à 130 exemplaires sur Rives. Il est enrichi de l'aquarelle originale signée ayant servi au frontispice, de deux suites, l'une sur Chine, l'autre sur Auvergne, et du menu du repas de la Société Normande des Amis du Livre du 2 février 1957. C'est l'exemplaire n°60, imprimé pour Emmanuel Costil.
Autre point intéressant, c'est le colonel Daniel Sickles, l'un des plus grands bibliophiles du 20ème siècle, qui était je l'imagine membre de cette société, qui fût le commissaire du Livre. Né en 1900 d'un père américain et d'une mère française, Daniel Sickles fût élu en 1956 à la Société des Bibliophiles Français. Il demeurait dans un hôtel particulier bordant le Champ de Mars. Il était connu pour avoir bâti une bibliothèque avec le Clouzot en mains, mais pour être assez pingre dans tous les autres aspects de sa vie, en dehors des livres... Dans son Manuel de Bibliophilie, Christian Galantaris raconte qu'il a vu Sickles "se bourrer de bonbons pour se couper l'appétit et sauter un repas, ..., et se laisser couper l'électricité pour avoir tarder à payer les factures". Mais je reparlerai de Sickles plus en détails prochainement.
Bergeron, le relieur, est pour ce que j'en sais l'un des grands relieurs québécois, mais il a également vécu en France. Je n'en sais pas beaucoup plus. Pour le clin d'oeil, je viens de découvrir que l'un des autres grands relieurs québécois portait le patronyme de votre serviteur.
Enfin, voici ce livre... Il est là, mais pourquoi? Sourire.

H

lundi 10 mars 2008

Annonces - Contacts - Agenda

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Comme toutes les deux semaines, je vous propose quelques annonces.

En préambule, je me permets de vous rappeler la vente sur ebay du Tome 1er du Manuel de Bibliophilie de Christian Galantaris. Le volume est vendu sans le Tome 2, mais le Tome 2 est un dictionnaire. Des deux, c'est de loin le premier qui est le meilleur. Si vous aimez le blog, vous allez adorer le Manuel de Bibliophilie et vénérer Christian Galantaris. Ca se lit comme un roman, très simplement. Je précise que je ne suis pas le vendeur, et que je ne le connais pas non plus.

Manuel de Bibliophilie de Galantaris

Ils recherchent :

- Jean-Luc recherche trois volumes de l'Histoire Générale des Voyages de l'Abbé Prévost, plus particulièrement les volumes 1, 2 et 3 (1749, Didot, format in-12). Contact : jeanluc.millet@cg58.fr

- Jean-Pierre prépare l'édition de la correspondance générale d'Eugène Sue et recherche donc en permanence de nouveaux documents, souvent reliés avec les
éditions bibliophiliques de ses principaux romans. Si vous pouvez faire quelque chose pour lui...
Contact : jpgalvan1@free.fr

- Je cherche des informations sur le Colonel Sickles!!
Contact : blog.bibliophile@gmail.com

Agenda :

- Pour nos nombreux amis italiens qui suivent le blog :
La Foire Internationale du Livre de Turin se tiendra du 8 au 11 mai 2008.
site internet : http://www.fieralibro.it/pages/antiquMain08.jsp

- Par nos amis du Slam :
Salon International du Livre Ancien au Grand Palais du 17 au 20 Avril 2008 à Paris.
site internet : http://www.slam-livre.fr/spip.php?article65

H

dimanche 9 mars 2008

Un grand bibliophile du XIXe siècle : Joaquim Gomez de La Cortina

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Excellente nouvelle, c'est un nouveau contributeur qui rejoint le blog en la personne de Guillaume, qui nous propose ce soir un portrait de Joaquim Gomez de La Cortina. Je lui laisse la parole.

"Je me propose de vous présenter à grands traits la figure d'un des plus illustres bibliophiles du XIXe siècle, mort tragiquement sous les coups de ses propres livres, qui récompensèrent là bien mal le culte qu'il leur voua sa vie durant.
Né en 1808 au Mexique, le jeune Joachim Gomez de la Cortina, futur marquis de Morante, est rapidement envoyé en Espagne par son père au moment où les troubles pour l'indépendance de la colonie se déclarent. Il y réalise des études brillantes, puique après avoir obtenu deux doctorats successifs - en droit canon puis en droit civil -, il devient recteur de la prestigieuse Universitas Complutensis de Madrid, avant d'exercer différentes fonctions politiques et juridiques. Il se dégage bientôt de toutes ces charges pour se consacrer à la réelle passion qui l'anima jusqu'à son dernier souffle : les livres, comme le montre sa devise hora fallitur legendo, aposée sur les nombreux ouvrages qu'il donnait à relier aux ateliers parisiens les plus réputés.

Doté d'une aisance matérielle certaine après la liquidation des biens reçus en héritage, il a dès son plus jeune âge consacré une part non négligeable de sa fortune à ses livres, puisque d'après ses registres de comptes, certaines années, les deux tiers de ses revenus étaient consacrés à l'achat de nouveaux ouvrages, à leur reliure ou à leur restauration. Aussi sa bibliothèque est-elle remarquable par trois aspects au moins :

* le nombre d'abord, puisqu'il réunit près de 120.000 volumes, total presque inédit pour un particulier.

* la qualité ensuite, puisqu'on compte de très nombreux ouvrages uniques, et que tous sont en excellente condition ; on peut signaler qu'il redore là le blason national, l'Espagne passant à l'époque pour n'abriter pratiquement aucun bibliophile, tout au plus quelques érudits qui s'accommodaient de livres délabrés et mangés par les vers.

* l'élégance enfin puisque, outre les belles reliures anciennes (sortant des bibliothèques de Thou ou de Grolier, quand elles n'ont pas été pas réalisées par Clovis Ève), il fait relier de nombreuses acquisitions en plein maroquin ou en veau fauve (ce qui n'exclut pas du demi-chagrin, voire de la demi-basane pour des ouvrages de pure consultation) par de grands artisans, Duru étant, d'après une anecdote ayant circulé dans Paris, son favori.

Passionné par l'Antiquité classique, il avait construit sa bibliothèque, sublimement logée dans de vastes salles dallées de marbre, autour de trois grands domaines :

-- les classiques latins, avec des éditions de Virgile, Horace ou Cicéron par dizaines ; esthète raffiné, il pouvait posséder plusieurs exemplaires de la même édition. Il détenait aussi quelques manuscrits anciens de ces auteurs.

-- les poètes latins modernes, prolongement logique de son premier centre d'intérêt.

-- les ouvrages hétérodoxes, traitant de la Réforme ou d'hérésies plus confidentielles et plus exotiques…

Il publia lui-même un catalogue en 8 volumes de ses livres, limité à 500 exemplaires, preuve qu'il n'était ni bibliomane ni simple amateur de reliures (que Bergamotte et autres bibliopégomanes m'excusent) ; il fut d'ailleurs l'auteur d'un Dictionnaire étymologique latin et espagnol, Leipzig, 1867.

Malgré l'indication qu'il faisait frapper sur les plats de ses ouvrages (J. Gomez de la Cortina et amicorum, c'est-à-dire, « appartenant à J. Gomez de La Cortina et à ses amis »), jamais il ne prêtait ses ouvrages : mais n'est-ce pas à cela qu'on reconnaît le vrai bibliophile (cf. le Ite ad vendentes ! de Scaliger et toutes les anecdotes que répètent à l'envi les manuels de bibliophilie).
En dehors de ses livres, le loisir essentiel de ce célibataire endurci consistait en des discussions philologiques, tous les soirs, avec ses amis ; il détestait ne pas avoir le dernier mot, et son caractère passait, en vérité, pour difficile (serait-ce une autre caractéristique des bibliophiles ? Brunet, Quérard - certes bibliographes avant tout - avaient un caractère insupportable. Ce n'est pourtant pas l'impression que donne ce site !).

Malgré tous ces mérites, c'est pour sa mort, frappante il est vrai, et survenue en 1868, que l'on connaît surtout le marquis de Morante : il est en effet décédé en tombant du haut de l'échelle de sa bibliothèque (et non sous le poids de ses livres, comme on le dit trop souvent, et comme je l'ai moi-même honteusement prétendu au début de cet article, pour appâter le lecteur !), rejoignant en cela d'autres amateurs de livres.

L'essentiel de sa bibliothèque fut acquise et reliée en France ; c'est là aussi qu'elle fut dispersée, le catalogue ayant été réalisée par Paul Lacroix, alias le Bibliophile Jacob. Étant donné la masse de cette bibliothèque - dont une petite partie est maintenant entreposée à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm - il n'est pas difficile de trouver aujourd'hui quelques exemplaires dans le commerce, à condition de ne pas viser, bien sûr, une édition aldine reliée en plein maroquin bleu par Lortic, revêtue de la griffe d'Alde Manucce et agrémentée de quelques annotations d'Érasme…

Pour conclure, voici trois exemplaires qui m'ont fait particulièrement rêver quand j'ai parcouru les pages du seul premier volume du catalogue de vente réalisé par le Bibliophile Jacob - même si ce ne sont sans doute pas, objectivement, les plus précieux :

N° 774 : Horace Poemata - Paris, ex. off. Rob. Stephani, 1544 - in-8, mar. r., dent. int., tr. dor., avec notes manuscrites originales de Robert Estienne (Lortic)

N° 1488 : Scaliger (Joseph) Opus de emendatione temporum - Leyde, Plantin, 1598 - in-fol., mar. r., fil. tr. dor., aux armes de J.-A. de Thou, avec deux lignes autographes de J. Scaliger

N° 1616 : Tacite Opera omnia quæ extant. Iust. Lipsius denuo castigavit et recensuit - Lyon, Ant. Gryphe, 1584 - in-12, mar. r., comp. doré en plein lis, et marguerites sur les plats, tr. dor., aux armes de Marguerite de Valois, dite la Reine Margot (Clovis Ève)

Merci beaucoup Guillaume,

H

Bibliographie sommaire (plus de références dans l'ouvrage de P. Hummel) :

Fr.-A. Barbieri, « Notice biographique sur D. Joach. Gomez de La Cortina, marquis de Morante », dans Catalogue de la bibliothèque de feu M. le marquis de Morante, ancien recteur de l'Université de Madrid, sénateur du Royaume d'Espagne - Paris, Bachelin-Deflorenne, 1872 - vol. I, p. III-XVII

J. Gomez de la Cortina, Catalogus librorum doctoris D., Joach. Gomez de la Cortina, marquis de Morante, qui in ædibus suis extant - Madrid, Dusebius Aguado, 1845-1870 - 8 vol. in-4 + 1 vol. de suppléments

J. Guigard, Nouvel armorial du bibliophile. Guide de l'amateur des livres armoriés - Paris, E. Rondeau, 1890 - t. II, p. 372-375

P. Hummel, Regards sur les études classiques au XIXe siècle : le fonds Morante de l'É.N.S. - Paris, Presses de l'École Normale Supérieure, 1990 - 259 p.

Photographie : Quicherat (Louis, Marie) Vocabulaire des noms géographiques, mythologiques et historiques de la langue latine - Paris, Hachette, 1846 - Gr. in-8, pl. v. fauve glacé, double fil. droit sur les pl., dos lisse à fil. dor., aux armes sur les deux pl. de J. Gomez de la Cortina et amicorum, avec sa devise Fallitur hora legendo, VIII-176 p.

Description des armes de J. Gomez de La Cortina, empruntée à Guigard : « Coupé d'un et parti de 3, ce qui fait 8 quartiers : au premier, d'argent, à 3 fasces de gueules, à la bordure de sinople, chargée de 8 sautoirs d'argent, 3 en chef, 2 aux flancs et 3 en pointe ; au second, de sinople, à une cotice et un filet d'argent en bordure, accompagné de 2 croix vergetées du même, 1 en chef et 1 en pointe ; au trois, de gueules, au pélican de sinople en sa piété, à la bordure componée de sinople et d'azur ; au quatre, de même que le 2 ; au cinq, de gueules, à 3 fleurs de lis en fasce, une tour d'argent maçonnée de sable et donjonnée du même, en chef une cannette d'or repose sur une placette du même ; au six, de sinople à 5 étoiles d'argent, 2, 1 et 2 ; au sept, de même qu'au 1 ; au huit et dernier, coupé : au 1, d'azur à 1 tour d'argent surmontée de 3 étoiles du même mise en fasces ; au 2, de sinople, au taureau d'argent »

samedi 8 mars 2008

Citations

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ci-dessous, quelques citations glanées au cours de lectures, et que j'ai notées dans un petit cahier :

« Le seul plaisir qu'un livre me procure encore, c'est le frisson du couteau d'ivoire dans ses pages non coupées : c'est une virginité comme une autre et cela est toujours bon à prendre ». Théophile Gautier, Les jeunes France.

"La Bibliothèque, c'est l'homme". Bibliophile Jacob.

"Un amour vrai, le goût de la curiosité, l'instinct de la chasse, un peu de vanité. Et voilà comment la bibliophilie s'est implantée en nous".
Jacques de Lacretelle

"Une bibliothèque de luxe est le harem des vieillards". Charles Nodier

La "réponse" de Victor Hugo, en parlant des bibliomanes : "il y a des gens qui ont une bibliothèque comme les eunuques ont un harem".

"... des toutes ces poursuites passionnées, il n'en est pas une qui soit plus troublante, plus angoissante de déceptions et d'espoirs, plus intellectuellement absorbante, plus obstinée dans l'insuccès, plus insatiable dans le triomphe, plus riche en joies nobles, saines et pures, que la chasse aux livres". Octave Uzanne, les Quais de Paris. Etudes physiologiques sur les bouquinistes et bouquineurs.

J'ai moins d'expérience que son auteur, mais celle-ci illustre bien ce que je ressens en prenant un livre en mains :
"si vous avez passé trente-cinq ou quarante ans à chercher des livres rares ou des manuscrits à travers la moitié du monde civilisé, quand vous prenez l'un d'eux dans vos mains, que vous le feuilletez, le palpez, le caressez, il y a un moment où des vibrations passent du livre ou du manuscrit à vos doigts et vos mains, remontent vos bras jusqu'à votre cerveau et puis soudain, très clairement, le message vous parvient : raisonnable ou pas, bon ou pas..." Carlton Lake

"Avoir des livres sans les lire, c'est avoir des fruits en peinture". Diogène

H

Magazine du Bibliophile n° 71 - Mars 2008

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J'ai reçu aujourd'hui le numéro 71 du Magazine du Bibliophile, pour mars 2008.
Côtés négatifs (je garde le meilleur pour la fin):

- Toujours pas de courrier des lecteurs, contrairement à ce qui avait été annoncé.
- Catalogues de libraires : sans intérêt.
- Pleine page sur la photographie (une expo à Paris) : hors-sujet.
- Art Dico : ouf, bientôt la fin, on en est à la lettre "T".
- Un article sur une société de type bibliophilique : les abonnés et les acheteurs du magazine regretteront que cet article ait été diffusé gratuitement sur un blog sur internet, il y a une dizaine de jours. On attend plus du Magazine du Bibliophile, qui est payant, que la republication (à la virgule prêt) de textes disponibles ailleurs.

Côtés positifs :

Je trouve ce numéro de bien meilleure qualité que les derniers, probablement parce que je suis sensible aux livres de voyages. Ainsi on trouvera un assez intéressant article sur La Pérouse et Rochegude, dont on pourra regretter qu'il ne contienne aucune référence livresque ou bibliographique (un article qui serait mieux dans Historia par exemple).

Deux très bons articles, le premier de Bertrand Galimard-Flavigny sur les livres de voyage, avec deux apartés utiles (l'un sur la projection de Mercator, l'autre sur les ports de France, Ozanne, etc.). C'est ce qu'on attend du Magazine, les références foisonnent, on dépasse la simple relation historique pour aller vraiment vers le livre.

Le second bon article est celui de Jean-Paul sur les origines de la bibliophilie en Amérique du Nord, et en particulier sur les premiers imprimeurs et bibliophiles de l'époque. Il n'y a que le titre qui m'ait un peu déconcerté "des collectionneurs de livres au pays de Pocahontas...". Très bon article au demeurant. Sur un sujet rare et peu exploré.

Mention spéciale pour la chronique que l'on trouve en fin de magazine, par Nicolas Malais, et qui s'intitule "de la curiosité" : une plongée dans la psychologie du bibliophile qui m'a particulièrement parlé, dont le point de départ est "la curiosité est sans doute ce qui sauve le bibliophile de l'ordre établi et des bons livres pour lesquels il suffit de signer un chèque"... Excellent.

Un numéro meilleur au final, plutôt bon même, ça fait plaisir, comme cela fait plaisir de voir le retour des plumes les plus appréciées.

H

vendredi 7 mars 2008

Le Cauchemar... et autres

Amis Bibliophiles Bonjour,

Court message, je vous laisse le temps d'assimiler tranquillement le contenu du message d'hier sur les papier décorés.

Deux mots malgré tout :

J'ai fait mon premier cauchemar de bibliophile, véridique : je me suis débattu une partie de la nuit contre un démon qui avait le pouvoir de changer les reliures de mes ouvrages! Réveil en sursaut alors que le vilain avait transformé mes Contes et Nouvelles en vers de La Fontaine : d'un beau maroquin bleu nuit de Vermorel, il avait fait des cartonnages éditeur de chez Mame. Je ne vous dis pas le stress!

Je vais relancer un message de petites-annonces dès demain, si vous avez quelque chose à dire, à crier, si vous recherchez quelque chose, si vous avez quelque chose à offrir, si vous avez besoin d'informations, ou une manifestation à annoncer, vous pouvez me contacter.

Enfin, si vous souhaitez entrer en contact par email avec un autre membre du blog, autrement que via les commentaires, contactez moi également, je vous communiquerais ses coordonnées avec son accord. L'idée est vraiment de créer une communauté.

H

jeudi 6 mars 2008

Les papiers décorés

Amis Bibliophiles Bonjour,
J'espère que vous avez l'adsl! Je vous propose ci-dessous un superbe article de référence, écrit par Xavier pour le blog. Magnifique. Ce message compte pour vendredi! Il m'a donné un travail de mise en page important.

Les papiers décorés :

Les Chinois ont inventé le papier au début de notre ère, en 105 après J.-C. Il a d’abord été employé comme support pour l’écriture, puis il fut teinté en surface. Chaque couleur avait alors sa signification particulière : le jaune contenait une substance épicée censé éloigner les insectes (conservation). Ces premières expériences décoratives encouragèrent le développement de techniques de plus en plus sophistiquées. Et le raffinement de la société chinoise était tel qu’il n’aurait pas permis l’utilisation d’un matériau sans qualité décorative ni esthétique. Sont donc apparus les premiers motifs décoratifs imprimés, ces techniques deviendront par la suite de plus en plus raffinées ; on saupoudrait d’or ou d’argent les papiers. Vers le Xe siècle, d’autres procédés apparaissent : papier à la colle et papiers « tigrés » (les couleurs sont jetées et forment un semis de petites tâches)

C’est vers le VIIIe siècle que les Japonais apprirent des Chinois la technique de fabrication du papier. Très vite il devint un objet de culte et de tradition. Dans ce contexte, la décoration du papier a connu un essor vertigineux. Les tous premiers papiers marbrés se font au Japon, en appliquant et en agitant une couleur unique sur de l’eau pure ; le « suminagashi « était né et devenait l’apanage de la famille impériale. Les techniques de décorations se multiplièrent : les papiers pliés et teintés, les papiers « batik ».


L’art des nuages :
Au IXe siècle, le papier fut connu du monde islamique où il devint l’objet de soins très particuliers pour la décoration. La religion interdisant les représentations humaines et figuratives, les artistes, pour mettre en valeur les textes sacrés, devaient faire appel à leur imagination. Il y avait une recherche systématique d’harmonie entre le texte, la calligraphie, la mise en page et le papier décoré ; celui-ci était utilisé, soit comme support soit comme encadrement.

Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’apparut la marbrure telle qu’on la pratique encore aujourd’hui. Les papiers marbrés étaient utilisés, soit comme support de calligraphie, soit comme encadrement de miniatures. Les motifs traditionnels étaient alors les cailloutés et les peignés ; certains marbreurs turcs du XIXe siècle ont développé un art très particulier avec des motifs figuratifs floraux.
Manuscrit persan avec encadrement de papier marbré

Ce n’est qu’au XVe et XVIe siècle que ces techniques de décoration du papier sont apparues en Europe. Il s’agissait principalement de techniques d’impressions pour les papiers peints muraux. Les papiers à la colle étaient aussi très utilisés en France, en Italie et surtout en Allemagne où il existait des ateliers spécialisés dès le XVIe siècle. Au XVIIe et XVIIIe siècle la marbrure connut son apogée, elle est principalement utilisée dans les reliures et les cartonnages ; les principaux motifs étaient alors : les peignés, les coquilles et les cailloutés. En Allemagne, certains papiers étaient imprimés et dorés par gaufrage à chaud, de feuilles de cuivre ou d’argent sur un papier à la colle uni ou multicolore.
Miniature indienne marbrée représentant une scène de chasse (musée national de New Dehli)

Au XIXe siècle, l’industrialisation et la mécanisation supprimèrent l’aspect artisanal de la décoration du papier. En marbrure, on remet au goût du jour les motifs traditionnels tout en développant les papiers à la colle.
Au XXe siècle, l’art de la marbrure subit un certain déclin ; il y a très peu d’artisans capables de reproduire les motifs traditionnels. Peu à peu, la marbrure fut délaissée par certains au profit de réalisations beaucoup plus modernes et originales. L’apparition de nouveaux produits, l’adaptation de certaines techniques du papier, permettent aujourd’hui une plus grande liberté de création et une plus large utilisation des papiers décorés.

Les papiers à la colle :


D’origine ancienne, ce procédé, permet des réalisations particulièrement originales. Les couleurs (en tube ou en poudre) ne se fixent pas au papier tant que la colle d’amidon n’est pas sèche.

La technique de la décoration « à la colle » est certainement antérieure à toutes les autres, du fait de sa préparation très simple : il s’agit en effet de mélanger des couleurs à une colle de farine, puis d’étendre directement ce mélange sur la feuille de papier, à l’aide d’une grosse brosse

Pour la réalisation des motifs, on se sert de peignes, de spatules, de grilles, de morceaux de bois…

Deux exemples de papiers à la colle

Les papiers tirés :


Même technique que pour le papier à la colle, mais on utilise de la colle de farine (plus ferme), les deux feuilles se détachent dans un mouvement régulier.

Ci dessous, un papier tiré, réalisation du papier tiré

La marbrure :


Le motif n’est pas exécuté directement sur un papier absorbant (oriental, chinois ou japonais de 130/150 g.) ; il est d’abord réalisé à la surface d’un liquide, puis transféré sur le papier. Il y a plusieurs techniques : sur eau, avec des peintures grasses (encres de typographie ou peinture à l’huile) ; sur gomme, avec des peintures grasses ou des encres de Chine.

La marbrure sur gomme


Née en Turquie au XVIe siècle, elle a pour base la gomme adragante, suc gommeux issu de l’incision de l’écorce de certains arbustes du genre astralagus. Ces végétaux poussent au Proche-Orient ou en Grèce. Au XIXe siècle, la gomme adragante a été souvent remplacée par le lichen carragheen, algue gommeuse qui donne en marbrure plus d’éclat aux couleurs et plus de précision au dessin.
Aujourd’hui comme hier, les couleurs traditionnelles sont des pigments minéraux (ocres, oxydes naturels, etc.) ou végétaux (indigo, bois de Brésil, etc.)

La pose des couleurs, les peignes, le peigné

La feuille, le séchage des feuilles

Il y a trois grandes familles : les marbrés, peignés et les cailloutés

Les marbrés : Le marbré, très employé par les romantiques, est un caillouté dont la particularité principale est que chaque goutte est bordée par un anneau plus clair. L’Empire voit naitre un nouveau modèle qui annonce les marbrés romantiques, le fond est souvent bleu, noir ou rouge, et sur ces couleurs qui deviennent de fines veines, sont jetées des taches bleues parsemées de minuscules bulles blanches comme un bouillonnement et qui donnent un aspect poudreux.

Deux différents peignés droits, dits « non pareils » Le sens d’un papier peigné :

Jusqu’au XVIIIe siècle, ils étaient généralement disposés dans le sens de la largeur, pointes des motifs orientés vers la gouttière ; aujourd’hui certains papiers continuent à être marbrés ou imprimés de manière à respecter cet usage. Tel est le cas de la plupart des petits peignés aux motifs très serrés. Dans un souci de conformité avec les critères décoratifs des reliures couvrant cette période, de tels papiers sont tout à fait indiqués.
Avec les peignés larges on innove en employant le dessin dans le sens de la hauteur, c'est-à-dire, la pointe du motif dirigé vers la tête du livre.

Les cailloutés :
Motif caillouté sur un ouvrage de 1840
Les scrotels, ou schroetel :

le scrotel romantique est un papier caillouté à une seule couleur, ils sont souvent utilisés comme gardes, alors que les plats étaient en œil de chat. La plupart des scrotels seront polis à la pierre d’agate.

La Révolution donne un coup d’arrêt au papier marbré, on se sert d’un papier à la colle marron, ocre rouge ou plus souvent bleu vif. Sous le Premier Empire, on emploie encore le papier à la colle, surtout pour les travaux courant.

Identification de quelques types de papiers marbrés

Motif à chevrons

Autre type de motif peigné, bouquet ou feuillage

Les tourniquets, qui sont une évolution des peignés
Motif coquille, milieu XVIIIe
Deux types de papiers flammés
Feuille de chêne, Peigné ondulé à quatre couleurs, dans le genre XVIIIe genre XVIIIe
Papier ombré, XIXe (1825-30), marbré sur eau

Les papiers dominotés :

Il s’agit d’une technique particulière de décoration du papier qui est imprimé au moyen d’une planche de bois. La surface du bois qui crée l’impression est en relief, alors que le fond est creusé ; le dessin en relief est encré et imprimé sur le papier par une pression du bois tout entier.


Tampons de bois pour la réalisation de papiers dominotés




Voilà! Merci Xavier pour ce superbe message, vraiment.

H

Sources consultées :
- Bertrand, pour les trois premiers papiers dominotés
- Z1k, pour le dominoté de 1740 (sur l’histoire des Celtes)
Merci de votre aide.
- Google Books, qui numérise les pages de gardes en couleur
- Stéphane Ipert, Florent Rousseau-Le papier décoré, Dessain et Tolra, P., 1988
- Marie-Ange Doizy-De la dominoterie à la marbrure. Histoire des techniques traditionnelles de la décoration du papier, Arts et Métiers du livre, P., 1996, il existe une édition de tête, tirée à 200 ex. avec son portfolio contenant les échantillons de papiers décorés anciens et modernes d'une trentaine de marbreurs.
-Papier(s), Seuil, 2000
Métiers d’art, septembre 1991, n°44, La Reliure

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