« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

frise2

jeudi 23 mars 2017

Le bibliophile est-il un collectionneur comme les autres?

Amis Bibliophiles bonjour,

Le bibliophile est-il un collectionneur?

Dans son ouvrage  "Le Collectionneur : anatomie d'une passion", le psychanalyste américain Werner Muensterberger a longuement exploré l'état d'esprit du collectionneur, en illustrant ses thèses de nombreux exemples concrets.


Selon lui, la collection, cette quête perpétuelle d'objets nouveaux, que rien ne peur rassasier, provient « d'un souvenir sensoriel – qui n'est pas immédiatement identifié – de privation, de perte ou de vulnérabilité, et d'un désir consécutif de substitution, étroitement associé à la morosité et à des tendances dépressives ».

En quelque sorte, la collection est à l’adulte, ce que le doudou serait à l’enfant, une façon inconsciente de faire face aux angoisses, à l’appréhension, à la vulnérabilité ou à la solitude. L’objet devient un talisman, une protection magique, un réconfort, qui vient remplacer la consolation ou l’attention qui ne seraient pas prodiguées…

Selon Muensterberger encore, l’acquisition et l’accumulation, caractéristiques du collectionneur, seraient une conséquence d’une phase d’individuation mal vécue. (pour Carl Jung, L'individuation est caractéristique de la seconde moitié de la vie : quand l'homme a établi sa place dans le monde une nouvelle exigence peut se faire valoir à lui : celle d'être vraiment lui-même, être ce qu'il est, tout ce qu'il est, et seulement ce qu'il est. Merci wiki pour cette définition claire). Si l’individuation se fait mal, ou incomplètement, alors l’être humain lui trouve des substituts symboliques, la collection par exemple.


Ainsi, la « collectionnite », "propre de l'homme", est présente dans toutes les sociétés et à toutes les époques (Muensterberger donne des exemples remontant à la Rome antique). Chaque enfant notamment passerait par cette phase, de façon plus ou moins prolongée, pour faire face au premier dilemme, celui de la substitution (de la mère), mais idéalement, c’est seulement une étape qui doit être transitoire.

Un autre aspect intéressant, auquel je suis confronté en direct avec ce blog (plusieurs d’entre vous m’ont fait part de leur réserve naturelle quant à échanger sur leur passion) est le suivant : si les collectionneurs aiment parfois rencontrer d’autres amateurs, ils ont beaucoup de mal à se départir d’une attitude qui consiste à considérer ces relations soit comme des « contacts », susceptibles d’être d’éventuels rabatteurs ou nouvelle source d’approvisionnement, soit comme des rivaux, soit comme des personnes devant lesquelles se mettre en valeur… et dans ces deux derniers cas, le besoin de reconnaissance fait surface…

Enfin, et comment ne pas s’y reconnaître, le psychanalyste américain détaille l’un des ressorts essentiels de la collection : le «besoin fondamental de refaire le plein, pour se sentir bien, est temporairement suspendu à une trouvaille ou une acquisition nouvelle. L'euphorie provoquée par un achat heureux se dissipe obligatoirement tôt ou tard. Une fois que l'objet a été incorporé à la collection et que la sensation affective initiale, la joie, la fierté, la nouveauté se sont émoussées, le souvenir inconscient de désirs anciens refait surface, selon le processus mental du retour du refoulé. La réalité est sans cesse mise à l'épreuve, et le sujet retrouve son impatience caractéristique jusqu'à ce qu'il découvre un nouvel objet ». Aie!

Comment, ne pas s’y reconnaître parfois…

Bien sûr, la psychanalyse n’est pas une science exacte, mais cette approche de Muensterberger présente malgré tout l’avantage de susciter la réflexion en chacun de nous… en attendant d’y trouver une réponse… Non?

Hugues

6 commentaires:

calamar a dit…

tous des névrosés ! sauf moi bien sûr. D'ailleurs, où est mon doudou ? ah, voilà ce Didot Artois en maroquin de Derôme. Ouf, tout va bien !

Anonyme a dit…

Nous sommes au moins deux Calamar.

D'ailleurs je ne me considère pas comme un collectionneur mais comme un conservateur, n'est-ce pas plus noble et plus gratifiant ?

Si névrose il y a, il en est d'autrement plus pernicieuses.

René

Anonyme a dit…

... si en plus mon épouse découvre que je suis névrosé... elle me coupe définitivement les vivres ! Xavier

gepobe a dit…

Bonjour, Décidément, je dis non, le bibliophile n'est pas un collectionneur comme les autres. Je pense aux philatélistes que comptent les dents des timbres...pour moi, qui suis un amateur débutant, et qui ai acheté mon premier livre en 1997, porte de Vanves, pour moi, donc, chaque livre est une porte ouverte sur les recherches et l'histoire, il est complice de l'enrichissement qu'il a suscité. Si je retouche un de mes précieux locataire, je retrouve le bonheur d'avoir pu lire Michelet et Montaigne(si,si) et puisque je parle de ces deux là, pourquoi Michelet a si sévèrement critiqué Montaigne...chacun des ouvrages est un tremplin vers une aventure...on est loin des dents des timbres et de la qualité de la colle.on pourrait en parler longuement. bonne soirée.gepobe

BASKUP TONY PARQUER a dit…

Assez d'accord avec Gepobe, oui le bibliophile est un collectionneur, mais pas toujours comme les autres, l'échange que j'ai eu avec un client ayant fait 1400 km pour venir voir un livre me l'a encore agréablement prouvé. A titre perso afin d'éviter les multiples tentations, j'ai recentré ma collection sur musique et "harmonie" au sens large, et bien ce sujet ayant des points très communs avec les préoccupations de cette personne très attaché aux textes, nous avons parlé livres, mais pas elzéviriomètre, maroquin ou collation, non ce qu'il y a dedans, accomplissement de soi, équilibre, énergie, genèse, harmonia mundi, transformation du monde, et presque transmutation, ce conférencier m'a gratifié de quelques petites explications de texte sur des gravures ésotériques, je me sentais d’ailleurs bien ignorant, heureusement que j'avais quand même une ou deux petites reliures aux chiffres à brandir comme armes de diversion massive pour masquer cet inculture...normalement, ce devrait être le libraire qui flatte le client, mais quand il m'a dit que je devais impérativement continuer de regrouper ces livres sur l'harmonie, qu'il n'avait pas vu encore de tel ensemble homogène autour de ce thème... le libraire a failli faire tomber son fromage, mais non, je n'ai pas fait une remise de 50 % et nous avons trouvés à nos échanges commerciaux un harmonieux équilibre.

Daniel B.

Anonyme a dit…

Mince j'étais sur le compte de ma fille de 11 ans !

Daniel B.

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...