Aujourd'hui, c'est Iznogoud qui s'y colle et vous propose un excellent (et quand j'écris excellent, en réalité, je pense excellentissime) message sur une vente aux enchères hors du commun, la vente Béraldi.
Je laisse donc la parole à Bertrand :
Henri Beraldi, un nom qui résonne fort aux oreilles des bibliophiles les plus férus, un nom qui ne dira sans doute pas grand-chose aux autres.
Il est « l’acteur » principal d’une extraordinaire vente de livres qui s’est déroulée à Paris en 5 vaccations de 1934 à 1935.Situons tout d’abord le personnage.
Henri Beraldi nait à Paris en 1849. Tout à la fois écrivain et collectionneur d’estampes et de livres, c’est en 1880-1882 qu’il donne en collaboration avec le Baron Roger de Portalis, Les graveurs du dix-huitième siècle, publication qui fait date dans le domaine de la connaissance des arts graphiques du XVIIIè siècle. On a également de lui dans le même domaine, Estampes et Livres, 1872-1892, publié en 1892 chez Conquet. Plus tôt, en 1885, il donnait un opuscule devenu rare, la Bibliothèque d’un Bibliophile, 1865-1885. Beraldi entre en bibliophilie comme en religion dès l’âge de 16 ans !
Pour des générations passées et futures de bibliophiles il restera l’auteur d’un monument dans l’histoire de la reliure d’art : La reliure du XIXè siècle, publié entre 1895 et 1897. Ouvrage richement illustré et aujourd’hui très recherché des amateurs tant pour la qualité des reproductions que pour les connaissances que l’auteur y avaient réunies.
Parallèllement à ces écrits relatifs au livre, à l’estampe et à la reliure, Henri Béraldi était un amoureux des Pyrénées. Il a laissé ce qui reste encore aujourd’hui un ouvrage de référence sur le sujet : Cent ans aux Pyrénées, publié de 1898-1904. Imposant ensemble de 7 volumes. On lui doit l’invention du terme « pyrénéisme » sur le modèle de l’alpinisme.Henri Beraldi meurt à Paris en 1931. Il laisse une des plus magnifiques bibliothèques de son temps. Une partie de sa bibliothèque consacrée aux Pyrénées est léguée à la bibliothèque de la ville de Toulouse.
L’immensité que réprésente le « reste » de sa bibliothèque sera dispersé à l’hôtel Drouot entre juin 1934 et octobre 1935 suivant l’ordre de 5 gros catalogues richement illustrés. C’est ce qui nous occupe ici.Ce ne sont pourtant que 1.499 livres qui seront proposés lors de ces ventes.
Mais pour Henri Beraldi, l’immensité, la magnificence n’est pas dans le nombre : « Le titre de bibliophile, disait-il, ne devient intéressant que s'il désigne un homme qui dans la mesure de ses forces, soit un des facteurs actifs du maintien et du renouvellement des 4 arts : la Typographie, l'Illustration, la Gravure et la Reliure. »
La Bibliothèque Henri Beraldi n’est que le reflet de cette devise. Esthétisme, Exemplarité, Perfection ; ici tout n’est que luxe dans les reliures, unicité des exemplaires par l’ajout de dessins originaux, peintures, autographes ; et pour couronner le tout, tous les exemplaires proposés sans exception aucune sont tout simplement parfaitement conservés, à l’état de neuf.Une telle concentration de beauté, je dois l’avouer, donne le tournis ! On lit, on mange des yeux ces catalogues de la vente de la bibliothèque Béraldi comme on mangerait la plus délicieuse des friandises… La bibliophagie n’est pas loin !
Que nous réserve cette vente ?
Des livres anciens du XVIè et XVIIè siècles pour la première partie (la plus petite partie de la bibliothèque composée uniquement de 78 pièces choisies). Mais quelles pièces ! Des reliures mosaïques, à entrelacs, des velins dorés, …Les livres illustrés du XVIIIè siècle pour la seconde partie (277 numéros) avec les plus belles éditions et reliures possibles.
L’époque romantique et des livres illustrés de 1801 à 1875 pour la troisième partie (511 numéros – ce qui représente la plus grande partie de la bibliothèque).
La quatrième partie est consacrée aux illustrés modernes avec 209 numéros et enfin la cinquième et dernière partie est un mélange des différentes périodes allant du XVIè au XXè siècle.
Etourdissant !
Résultats ?
Le total général de l’ensemble des 5 ventes s’élève à 9.831.160 francs de l’époque, ce qui réprésenterait aujourd’hui en francs et euros constants (source tableau INSEE), la bagatelle de 6.794.118 euros.
Vous voulez des détails ?- Les Mémoires de Commines, 1581, dans une riche reliure à la fanfare exécutée par les Eve. Adjugé 19.000 francs ou 13 000 euros.
- Les Fables de La Fontaine illustrées par Oudry, 1755-1759, 4 volumes in folio, reliure en veau ancien avec les fers spéciaux et décor à la dentelle du Louvre sur les plats. Adjugé 10.600 francs soit plus de 7 300 euros.
- Les Odes et Ballades de Victor Hugo. Avec les Orientales. 1828-1829, ensemble 3 volumes reliés par Thouvenin. Adjugé 2.080 francs soit près de 1 450 euros.
- Madame Bovary de Flaubert, édition Lemerre 1874, reliure de Marius-Michel. Avec des dessins originaux. Adjugé 7.100 francs soit plus de 4 900 euros.
Il me faut vous dire maintenant tout l’intérêt de l’exemplaire que j’ai en mains des catalogues de cette vente. Il s’agit d’un exemplaire ayant appartenu à un des plus grands collectionneurs français du XXè siècle d’argenterie et de porcelaines anciennes. On l’appellera Monsieur T. (parce que je sais que ses enfants sont encore vivants et que je ne souhaite pas d’ennuis pour divulgation de documents privés même si je pense qu’il doit y avoir prescription maintenant…), il était visiblement à ses heures perdues également bibliophile ! Tous les vices ne s’excluant jamais vraiment mutuellement… ce qui serait trop beau…
J’ai la chance d’avoir retrouvé dans ces catalogues, trois lettres autographes signées du libraire et expert de la vente, Léopold Carteret, bien connu également des bibliophiles. Il s’agit de trois courriers relatifs à des ordres donnés par Monsieur T. sur quelques numéros de la vente. Mais lisez plutôt :
Lettre n°1 :
« 23 décembre 1934 – 5 Rue Drouot, Paris 9è.Cher Monsieur,
Fiasco.
224. Feuilles d’automne 2000
mais par erreur daté de 1838 au lieu de 1830
Comme dit votre frère j’ai laissé tomber les Feuilles –
469. – Offre 6 à 8000 – adjugé 15.500.
Voulez-vous être assez aimable de téléphoner à Monsieur H. que le 236. Janin offre 1000 à été adjugé 2000 f.
Votre dévoué. LCarteret. »
Lettre n°2 :
« 31 mai 1935 etc.Cher Monsieur,
Voici mon sentiment sur les livres qui vous intéressent chez Beraldi.
53.54. cuirs intéressants ouvrages documentaires
ça n’est pas du grand art 3 à 3500 chaque 4000 maximum
55. riche et belle reliure
dessins importants – même observation
50 dessins à 125 f. – 6000 env. 3000 reliure
Total 8 à 10.000
116. Lepère 3000 environ 3200
Tout à votre disposition, votre dévoué.
LCarteret. »
Lettre n°3 :
« 4 juin 1935 etc.Cher Monsieur,
Je me permets de vous signaler le n°9. Personnages de comédie. C’est un bel artiste et ce recueil sort de l’ordinaire. 7 à 8500 environ.
Votre dévoué. LCarteret. »
Diantre !! que ne me contenterais-je de l’ « ordinaire » dénoncé par Monsieur Carteret !! Cet ouvrage aura fait finalement 6.400 francs, moins que prévu malgré tout ! Je ne sais pas si Monsieur T. en aura été l’heureux acquéreur puisque je n’ai malheureusement pas les courriers suivants…
Par contre, ce que Monsieur T. a fait par ailleurs, c’est de noter dans la marge de l’ensemble des catalogues en plus du prix d’adjudication pour chaque, le nom de l’adjudicataire, certainement à chaque fois que Monsieur T. le repérait vainqueur dans la salle. Et là nous avons des informations précieuses sur qui achetait quoi et combien. Je ne vous en citerai que quelques uns pour le plaisir de la découverte.
Ainsi, un certain M. Gibour, une Mme Pratt, le Baron Henri de Rotschild, M. de Marinis, Mme Founès, le Général Wilhems, une Mlle a…, Mme J. Charpentier, M. Maurice Vignes, Marquise de Mardrallat, W. d’Eichtal, colonel du Tillet, Madame la Princesse de Broglie, Princesse d’Arenberg, etc.
M. Gibour se voit adjuger plus d’une trentaine de lots pour l’ensemble des ventes… hallucinant !
Je m’arrête là pour ne pas devenir ennuyeux. Le luxe écoeure lorsqu’il va jusqu’à l’excès…
Je pense mon exemplaire précieux à plus d’un titre, car il contient certains commentaires personnels sur cette vente, des noms, des chiffres, des dates, qui en font un outil unique pour étudier le marché de la bibliophilie dans ces années 1934-1935.
De la haute bibliophilie ! me direz-vous. Et vous aurez raison.
La vente Beraldi a été une vente comme n’y en a que quelques unes par siècle. Au XVIIIè siècle il y a eu la vente De Bure et quelques autres plus discrètes, au XIXè siècle les ventes Solar, Yemeniz, Lebeuf de Montgermont, au XXè siècle il y aura eu Beraldi, Rahir, Esmerian et biensur Bérès, à cheval sur deux siècles, l’ancien et le nôtre désormais.
Berès qui ne s’annonce pas moins exceptionnelle d’ailleurs puisque nous en sommes déjà à la sixième vente du fonds de sa librairie (17 et 18 décembre prochain pour ceux qui l’auraient oublié…). Question chiffre ? Bérès arrivait à près de 30 millions d’euros à l’issue de la cinquième vente en décembre 2006.
Ne vous effrayez pas. Je vous ai montré ici un « Monstre » au sens littéral et essayé de faire le compte rendu post-mortem d’une vente monstrueusement sublime.
Si vous n’aviez qu’une seule chose à retenir de ce vain persiflage comme dirait le vénérable Jorge… Retenez celle-ci qui je pense ne pourra que vous bien servir dans votre passion bibliophilique, naissante pour les uns, bien enracinée pour les autres ou vacillante pour quelques uns ; retenez la phrase de Beraldi lorsqu’il disait en faisant visiter sa bibliothèque à un néophyte :
« Le nombre est peu, le choix est tout. »
Et surtout, si vous croisez sur votre route de bibliophile un exemplaire portant cette marque:
Ne le négligez pas. Apportez lui toute votre attention, videz votre bourse si cela vous dit ou ne la videz pas, mais au moins ne dites pas « Henri Beraldi je ne le connais pas ! »Amitiés bibliophiliques, Bertrand
Merci Bertrand,
H






Géographie de Strabon, 1523
La Mer des Hystoires se présente en deux volumes in-folio, dont le texte est en caractères gothiques, et disposé sur deux colonnes. Les deux volumes débutent par une très belle et très grande lettrine.
Un exemplaire complet de cette édition a été vendu à Paris en 2001 pour 84 000 euros! Une folie!
Pour le grand public contemporain, l'Enfer de la Bibliothèque s'entend comme une légende, un fantasme, le territoire majeur de l'interdit qui alimente en retour toutes les curiosités. Mais l'écart est grand entre ce mythe et la réalité. Aussi l'ambition de l'exposition que la BnF consacre à cette part obscure de ses collections consiste-t-elle à lever le voile sur la vérité de l'Enfer. Il convient d'abord de retracer l'histoire, pleine de surprises, de la constitution de ce lieu abstrait, mental – une « cote », un numéro de classement qui le désigne à la consultation « réservée » – où sont rassemblés textes et images réputés contraires aux bonnes mœurs. L'exposition propose un double parcours.
Le Livre : Horizons, de 
Ses créations les plus célèbres sont le "
Voilà, c'était une petite parenthèse contemporaine.